Homélie de l'Epiphanie, 4 janvier 2026 (Mt 2, 1-12)
Abbé Etienne Catzeflis – Café du Col de Torrent, Villaz/Evolène, VS
L’Epiphanie : Reprenons donc les lectures pour entrer dans ce mystère.
C’est d’abord un climat sombre qui force une promesse : « Debout Jérusalem, voici Ta lumière », écrivait le prophète Isaïe.
En réalité, c’est à cause de la morosité ambiante que le prophète est chargé de redonner courage. Toutes les expressions de lumière qui figurent dans cet extrait ne relèvent pas de l’euphorie d’un peuple mais au contraire, d’un découragement !
Impression d’être dans un tunnel, « mais au bout, il y a la lumière »
Malgré leur libération de l’exil à Babylone, les voici de retour au pays, dans le marasme et dans diverses difficultés avec la population qui s’y est installée pendant leurs 50 années d’absence. On a l’impression d’être dans un tunnel. Ne vivons-nous pas aussi cela, non seulement avec le drame de Crans-Montana, mais avec tout l’horizon sombre de paix menacée, de changement climatique, etc ?
« Mais au bout, il y a la lumière », affirme Isaïe : « Les nations marcheront vers ta lumière, apportant leurs offrandes d’or et d’encens. Lève les yeux. Regarde autour de toi. »
L’univers entier sera un jour réuni en Christ
Avec le psaume la promesse précise quelle est cette lumière. Depuis toujours, on rêve d’un roi qui apporte richesse et prospérité pour tous., d’un bout de la terre à l’autre. Promesse d’un roi, qui sera à l’image de Dieu
Que dit Paul dans sa lettre aux chrétiens d’Ephèse ? Il a justement la charge d’annoncer que l’univers entier est réuni sous un seul chef, le Christ, ce roi de justice et de paix. Il écrit : « Les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus. Par l’annonce de l’Évangile ».
Quand nous disons que ta volonté soit faite, dans le Notre-Père, c’est de ce projet de Dieu que nous parlons.
Cela ne concerne donc pas seulement les Juifs, mais l’humanité tout entière. L’univers entier sera un jour réuni en lui, le Christ.
Le père Domergue, Jésuite explique :
« S’il y a un peuple élu, c’est entre autres pour nous faire comprendre que l’amour n’est pas global mais s’adresse à chacun comme s’il était seul au monde. Israël n’est pas choisi pour lui-même. « Si Israël a été choisi en premier, c’est pour que nous comprenions qu’il s’agit ici d’amour. Or l’amour à moins de devenir totalement abstrait, ne s’adresse pas à des masses prises en bloc, mais à un être choisi. C’est bien ce qui arrive à Israël.
Mais voici qu’avec le Christ, cet amour s’adresse à tous les hommes. Comme il s’est adressé au peuple élu. Chacun est connu et appelé par son nom, ce qui revient pour lui à sortir de l’anonymat. » C’est grâce à l’INCARNATION : Dieu, en son Fils, rejoint tout homme.
Ainsi, chacun des mages garde sa particularité, et offre un cadeau différent. Mais ils sont unis dans la même démarche, l’adoration de l’enfant.
C’est une mystérieuse étoile qui conduit les mages.
A ce propos, Philippe Lefebvre, bibliste dominicain, rappelle un verset du livre de la Genèse : « Au beau milieu de la semaine de la création, Dieu crée le soleil et la lune et les étoiles, pour qu’ils « servent de signes pour les rencontres ». (Gn 1,14)
Ces astres n’ont pas à être adorés, mais ils servent de signes pour les rencontres. Signe, désigne souvent dans la Bible un lieu et un temps où Dieu se manifeste
Quant au terme traduit par rencontre, il renvoie d’habitude aux fêtes du calendrier, où le peuple est appelé à rencontrer son Dieu plus intimement. Ce que vont vivre nos mages aujourd’hui.
Il est vrai que les mages n’ont pas bonne presse en Israël. Dans la Bible, mage est souvent associé à devin. Les mages ont des pratiques que la loi de Dieu réprouve. Ils consultent en effet le soleil, les étoiles, comme si c’étaient des divinités. Ces mages d’Orient sont inquiétants au premier abord.
Les mages sont incapables de trouver, seuls, la clé de leur recherche
Or, l’aventure des Mages participe à nous ouvrir les yeux.
D’abord, même si des vérités qui nous concernent intimement peuvent nous venir d’ailleurs, par des chemins inattendus comme par ces mages – le roi des Juifs, qui vient de naître ; nous sommes venus nous prosterner devant lui – , il n’en reste pas moins que ceux-ci, ces mages, sont des personnes incapables de trouver, seules, par elles-mêmes la clé de leur recherche. Ils ont besoin des indications des chefs des prêtres et des scribes d’Israël.
C’est un paradoxe récurrent, qui survient encore souvent aujourd’hui, comme l’avait annoncé le Christ : beaucoup des membres du peuple élu, « disent et ne font pas » (Mt 23, 1-3) ; ils « connaissent », mais n’agissent pas en conséquence. A notre tour, puissions-nous être bien conscients, en tant que chrétiens, que nous sommes porteurs d’un Trésor qui nous dépasse, car Dieu veut nourrir la soif du monde, et que ce Trésor est à livrer au monde humblement, même si bien souvent nous ne sommes pas à la hauteur du cadeau de Dieu.
Mais revenons aux mages : Ils viennent adorer le Christ. En réalité, là, c’est le Christ qui les rejoint, roi de l’univers. Les mages gardent leurs particularités. A la fin, ils rentrent chez eux, probablement, pour retourner à leur occupation habituelle. Mais par un autre chemin : tout demeure semblable et pourtant, tout est différent.
EN CONCLUSION :
il est bon de se rappeler que Dieu emprunte les chemins mêmes de l’homme, qui sont parfois bien tortueux, pour arriver à le conduire à bonne destination.
– Par exemple, les Israélites se sont donnés un roi, contre la volonté de Dieu (1Samuel 8,4-9). Or Dieu s’est servi de cela pour annoncer la promesse du Messie (de la descendance de David).
– Ou encore, Salomon, fruit de l’adultère de David, devient ancêtre de Jésus. Même le mal est asservi par l’amour, en fin de compte pour procurer le bien. (Marcel Domergue). N’est-ce pas dire que « l’univers entier est réuni sous le Christ » ?
L’Esprit de Dieu va d’une extrémité à l’autre pour investir celui qui est le plus contraire. Si donc c’est par leur pratique divinatoire, que ces mages viennent en fin de compte adorer le Christ, cela nous amène à notre tour à garder beaucoup de retenue dans nos jugements hâtifs à l’encontre de pratiques qui ne nous sont pas habituelles dans notre monde occidental.
Avant de peindre trop vite le diable sur la muraille, savons-nous d’abord relever l’effort
– de tous les hommes « en recherche » (comme les mages) pour comprendre « ce que signifie le fait d’être là (exister) ?
– de tous les scientifiques, philosophes, artistes,
– de tant d’hommes et de femmes doués d’un don de guérison (pour stopper une hémorragie, lutter contre une brûlure) ou de connaissance, cherchant à soulager leurs frères et sœurs. Peut-être sans même savoir qu’ils peuvent être le jeu de forces occulte.
Pour ces hommes de bonne volonté, il y a cette lueur, cette étoile qui conduit au Christ.
Epiphanie du Seigneur
Lectures bibliques : Isaïe 60, 1-6; Psaume 71; Ephésiens 3, 2-6; Matthieu 2, 1-12
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