Homélie du 10 mars 2019 (Lc 4, 1-13)

Chanoine José Mittaz – Église Saint-Martin, Vollèges

A l’écoute de la Parole de Dieu de ce dimanche, comment ne pas écouter douloureusement et essayer de mettre des mots sur les scandales que traverse notre Église. Tout ce que les médias nous donnent de découvrir de dramatique, d’horrible, de terrible dans la révélation d’abus innombrables commis au sein de l’Église.

Le Pape François nous dit que les abus qu’ils soient des abus sexuels, des abus spirituels sont des abus de pouvoir qui prennent leur origine dans une attitude de cléricalisme.  Le cléricalisme c’est une forme de toute puissance où nous croyons que nous pouvons tout, nous savons tout, que nous pouvons prendre toute la place.

Le chemin vers Pâques : une traversée de crise

Le temps du Carême de cette année est appelé à nous ouvrir à l’autre ; à l’autre qui est appelé à rester autre. Le temps du Carême est appelé à nous conduire au désert pour oser écouter notre dramatique histoire. La crise que nous traversons, le chemin vers Pâques est toujours une traversée de crise.

Creuser un espace en soi

Quitter la toute-puissance c’est adopter l’attitude de Jésus.  On nous dit qu’il est rempli de l’Esprit-Saint et qu’il se rend au désert.  « Rempli de l’Esprit-Saint », on peut lui dire mais tout lui réussit, il peut y aller. Que fait-il ? Il se met en situation de fragilité, en jeûnant pendant 40 jours.  Pour demeurer rempli de l’Esprit-Saint mais sans sombrer dans la tentation de la toute-puissance et de l’autosuffisance. Comment je sais que je ne me suffis pas à moi-même ? C’est quand je découvre que j’ai besoin de l’autre, que j’ai besoin de l’autre, dans le respect de l’autre. Le temps du Carême est un temps pour creuser en soi un espace ; à la fois, pour découvrir que seul, je ne suis pas grand chose et à la fois, pour découvrir que ma présence peut être mise au service de l’autre.

 

Les 3 tentations que traverse Jésus au désert nous disent les troubles qui agitent l’humain, qui agitent l’Église. Ces troubles, ces tentations, l’Évangile nous dit que le diable a épuisé toute forme de tentation et que Jésus y a résisté.  C’est notre espérance. Mais, osons reconnaître que l’Église y a succombé et il nous faut le reconnaître courageusement.

Refus de la toute-puissance

Quand Jésus a faim, la voix de la tentation en lui, c’est de dire que ces pierres deviennent du pain. Le non respect de l’autre. Une pierre est appelée à être regardée comme une pierre, comme un élément de la création et non pas comme quelque chose dont je peux m’en nourrir pour ne plus avoir faim. Il en est de même dans nos relations, l’autre est appelé à rester autre et ne peut devenir l’objet de ma faim. Au contraire, l’autre, en restant autre, va pouvoir tisser ce lien de communion, ce pont de l’amitié qui respecte la distance entre deux êtres pour que la vie puisse régénérer telle une source au cœur du désert, chacun des êtres.  Jésus refuse la transformation de pierre en pain ; il refuse la toute puissance car aucun de nous n’est capable de transformer un caillou en un morceau de pain. Jésus n’entre pas dans cette toute-puissance.

La Parole fait rempart à la tentation

Lorsqu’une tentation est vaincue ne croyons pas que le chemin s’arrête là. Le tentateur va conduire Jésus plus haut. Vous pouvez entendre derrière que la chute risque d’être plus lourde. Il va le conduire au sommet d’une montagne et là, nous sommes dans le deuxième abus, qui est l’abus de pouvoir en lui disant : «je te donnerai tous les biens de la terre si tu te prosternes devant moi». Jésus était rempli de l’Esprit-Saint, le tentateur lui fait miroiter qu’il est vide de tout et que s’il veut avoir un pouvoir sur la vie, il faut qu’il se soumette à lui. La recherche du pouvoir nous donne non pas de nous prosterner mais de nous vautrer. Et, une manière de se vautrer, ça ne fait jamais exister ni l’autre, ni soi-même. La soif de pouvoir est la perte d’autorité en sa vie. Chacun est appelé en s’appuyant sur le Seigneur à trouver une source d’autorité en lui. L’autorité c’est ce qui fait grandir ; ce n’est pas ce qui nous fait nous aplatir, nous avilir, nous vautrer. Et Jésus va répondre par une Parole de Dieu à nouveau. Vous voyez, Jésus, il a besoin de faire alliance. Par une Parole de Dieu, il fait un rempart à la tentation.

Alors, le tentateur va conduire le Seigneur encore plus haut, au sommet du temple. Temple de Jérusalem, sommet de la religion. Là, vous avez l’évocation de tous les abus spirituels. Rien ne peut m’arriver. Je peux sauter du pinacle du temple, je ne risque rien puisqu’il y aura des anges qui feront en sorte que mon pied ne heurte une pierre, je n’aurai pas même une entorse. La dramatique de cette approche, c’est que le tentateur utilise la Parole de Dieu pour justifier une toute-puissance écrasante, mortifère. Jésus va également mettre un « stop » à cette troisième tentation.

Désamorcer la tentation de la toute-puissance

Comment vivre ce récit de l’Évangile aujourd’hui ? D’abord pour nous comme communauté chrétienne par rapport aux scandales qui aujourd’hui nous sont connus, c’est de ne pas dire « l’Église », « les évêques » mais c’est d’oser dire « nous ». Pas pour nous culpabiliser mais pour nous responsabiliser parce que la tentation de la toute-puissance elle est appelée à être désamorcée en chacune et en chacun d’entre nous. Dans la première Parole de Dieu que nous avons entendu, le peuple, pour rester à la fois un peuple béni et vulnérable, est appelé à faire mémoire de son histoire. « Mon père était un araméen errant », voilà la fragilité.  « Et nous avons été en esclavage sous le joug de pharaon. » Pharaon qui est un des visages de la cléricalité aveugle et sourde.

J’aimerais que nous prions dans cette célébration. Évidemment, que nous portions en nous toutes les victimes. Mais aussi que nous disions « merci » à tous ceux qui ont entendu le cri de ceux qui ont eu besoin de pousser un cri de vie pour être entendu, pour libérer une parole et ouvrir un chemin. Merci aux médias qui nous donnent de pouvoir nous remettre en question. Merci à tous ceux qui par leurs compétences humaines, médicales, judiciaires nous donnent d’entrer sur un chemin d’humilité. Merci à l’humanité d’apprendre à l’Église qu’elle n’est pas autosuffisante et qu’elle aussi a besoin de l’autre pour vivre équilibrée.


1er DIMANCHE DE CARÊME

Lectures bibliques : Deutéronome 26, 4-10; Psaume 90; Romains 10, 8-13; Luc 4, 1-13


 

 

 

Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu/Photo:evangile-et-peinture.org
10 mars 2019 | 17:29
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