Homélie du 17 septembre 2023 (Lc 10, 25-37)
Abbé Giovanni Fognini – Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) – Célébration œcuménique
Spontanément, en accueillant cette page d’évangile, je suis touché et interpelé par deux attitudes qui crèvent l’écran :
- Celle représentée par le prêtre et le lévite. Cette capacité que l’humain a – et j’en fais partie – de voir un humain à terre, blessé, frappé, violenté – et me détourner de lui, comme s’il n’existait pas !
- Celle représentée par le bon samaritain. Une autre capacité – et elle existe aussi en moi ! – de voir une situation de détresse et de m’arrêter, de prendre soin, d’ouvrir un avenir.
Il y a un personnage dont on ne dit pas grand’chose : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. » Il n’a pas choisi ce qui lui arrive …
Des événements qui nous tombent dessus…
Cet homme, c’est aussi vous et moi, à certains moments de ma vie ! Combien d’événements nous tombent dessus, sans les avoir choisis … Parfois c’est une maladie imprévue, parfois la perte d’un poste de travail ; pour d’autres c’est prendre la route de l’exil ; et l’actualité nous parle abondamment et constamment d’abus sexuels sur des enfants, de guerres, d’incendies, d’inondations, de tremblement de terres.
Il y a aussi toutes nos expériences personnelles, nos fragilités, nos vulnérabilités … cela fait partie du chemin normal de ma vie, sans les rechercher ! Cela s’accompagne de sentiments de solitude, d’abandon.
Dans ces moments-là, il suffit d’un regard posé sur nous, d’une attention, d’un mouvement de compassion pour continuer autrement le rude chemin de la vie !
Une attention remplie de compassion
Nous avons tous besoin de cette attention remplie de compassion qui sait s’arrêter, s’approcher, soigner et soulager.
Marion Muller-Colard fait ce commentaire : « Une fois à terre, ce qui importe par-dessus tout, c’est de trouver penchés vers soi des visages qui relèvent en nous notre dignité.
Non pas cette dignité postmoderne qui consisterait à ne plus être marqué d’aucun stigmate de fragilité, mais la dignité qui me réintègre à la communauté humaine lorsque je crains d’en être exclu.
La dignité qui signifie que je suis né humain et que je le demeurerai vêtu ou dévêtu, debout ou à terre, en santé ou en maladie, tant que d’autres me reconnaîtront comme tel »
Prenons le temps de nous préciser dans le silence de notre cœur : qui est concrètement mon bon samaritain, nos bons samaritains ? Laissons des visages, des prénoms nous habiter et nous réchauffer le cœur !
Car « nous avons été créés pour une plénitude qui n’est atteinte que dans l’amour. Vivre dans l’indifférence face à la douleur n’est pas une option possible »
Un «mode d’emploi» pour se faire prochain
Le bon samaritain de la parabole nous montre concrètement comme se faire prochain d’une personne fragilisée par la vie. Elle nous donne même un « mode d’emploi »
- D’abord « voir » et ce n’est pas si simple. Nous avons tous de multiples capacités à détourner notre regard ou de changer de trottoir !
- Voir, oui, mais surtout s’arrêter. C’est-à-dire se faire proche, devenir le prochain de l’autre. C’est simple, mais exigeant, car il y a plein de résistances en nous qui soi-disant n’avons jamais le temps !
- Et le bon samaritain met en pratique toute une panoplie de gestes de « premier secours » qui sentent bon l’amour, l’attention à l’autre, le prendre soin
- Et surtout, il prend de son temps et de son argent pour inscrire la personne fragilisée dans tout un réseau à qui il délègue la mission de continuer ce qu’il a commencé. Il sait qu’il ne peut pas faire tout seul ! C’est vrai : je ne peux pas être bon samaritain tout seul ! Nous en faisons quotidiennement l’expérience dans cet hôpital : c’est en additionnant les compétences de chacun-e – à tous les niveaux : médical, humain, spirituel – que nous essayons d’offrir un chemin de guérison aux personnes malades !
Cette parabole vient nous redire avec les mots de Marion Muller-Colard :
- « Ne pas être un prochain, c’est passer outre. Etre pour l’autre un prochain, c’est intégrer la réalité de sa présence »
Cela passe par le fait d’être « ému aux entrailles » vis-à-vis de quelqu’un. Avec des mots d’aujourd’hui, c’est être pris aux tripes … C’est faire nôtre l’attitude même du Christ envers chacun-e de nous.
C’est traduire dans le concret de notre quotidien le « style de Dieu » qui – toujours – est proximité, compassion et tendresse.
Oui, « Va et toi aussi fais de même »
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