Homélie

Homélie du 20 octobre 2019 (Lc 18, 1-8)

Abbé François-Xavier Amherdt – Ecole des Missions, Le Bouveret, VS

Baisser les bras [tactique diabolique]

” Les abus de pouvoir, de conscience, les abus sexuels sont là, massifs, écrasants, pour nous le rappeler. Dans la société, dans les familles, comme en Église catholique. Tant de raisons de baisser les bras, affirment les uns… Tant de motifs de tourner le dos à une telle institution et à l’espérance, clament les autres. Comment parler de mission dans un tel contexte, alors même que nos communautés paroissiales s’effritent ?
Dans l’Ancien Testament, Israël, le peuple élu, a baissé les bras. Lui que Dieu a sans cesse relancé par une multitude d’Alliances, il a constamment raidi la nuque et rompu la relation avec son Seigneur. Il s’est tourné vers toutes sortes d’idoles. Encore aujourd’hui, la nation d’Israël est en guerre, le peuple juif attend toujours le Messie…
Prier, supplier, intercéder : à quoi bon ? Les guerres succèdent aux guerres ; un certain islam se fait conquérant. Le climat change, la planète se réchauffe, les espèces disparaissent. C’est bientôt la fin du monde ? ”

Que répliquer à ces oracles de malheur ?

” Casser les pieds ” à Dieu

Main-tenant (Ex 17, 8-13)

D’abord, que c’est ” maintenant ” le moment favorable de la prière et de la mission. Mais au sens étymologique de ” main-tenant «, c’est-à-dire ” tenant la main «. C’est maintenant qu’il faut prendre la main de Dieu, comme un enfant celle de sa mère ou de son père.
Ainsi que le chante le cantique : ” Tenons la main que Dieu nous tend. Voici le temps, le temps où Dieu fait grâce à notre terre. Jésus est mort un jour du temps. Voici le temps, le temps de rendre grâce à notre terre. L’unique Esprit bénit ce temps. Prenons le temps, le temps de vivre en grâce avec nos frères. ”

Faisons comme Moïse. Il aurait eu de quoi baisser les bras, au sens propre de l’expression, devant les ” rouspétances ” intempestives et les réclamations constantes de son peuple à la tête dure. À peine le prophète l’avait-il fait sortir d’Égypte (aux chapitres 13-15 de l’Exode) qu’Israël s’est mis à regretter les oignons et les concombres de la captivité. Au moins là, réclamait-il, il avait de quoi manger (au chapitre 16). Et il exige du pain – ce fut la manne dans le désert –, de la viande – ce furent les cailles –, et de l’eau – jaillie du rocher.

Devant l’attaque des Amalécites dans le désert, le chef Moïse se fait aider par ses deux acolytes, Aaron et Hour. Il s’assied et tient bon. Il tient les mains et la tête hautes. Et Israël avec lui. Main-tenant ! Moïse se tourne vers le Seigneur, le gardien d’Israël, qui ne sommeille pas, qui protège du soleil le jour et des assauts des cauchemars la nuit, comme le dit le Psaume 120.

Insister jusqu’au bout (Lc 18,1-8)

Ensuite, nous en faisons l’expérience, c’est en tenant et continuant dans l’intercession que nous nous préparons à recevoir les dons que Dieu nous prépare. Parfois différemment de ce à quoi nous aspirions. Et heureusement. Car le Seigneur voit plus loin que nous, et il sait ce qui est bon pour nous.

Ce qui nous est demandé, c’est de demander encore et toujours. C’est de ” casser les pieds ” au Seigneur, si j’ose m’exprimer ainsi. Comme cette veuve que Luc, le troisième évangéliste, celui de cette année liturgique C qui va bientôt s’achever, nous offre en modèle. Si un mauvais juge finit par céder aux réclamations justifiées de cette femme, à combien plus forte raison Dieu, le juste juge, entendra-t-il nos désirs profonds et nous ” ajustera-t-il ” à sa volonté. Quand bien même il paraît parfois absent et sourd.

La mission est donc une question de prière et d’intercession. D’une part, prier nous permet de maintenir vivace la foi indispensable pour rester en lien avec le Fils de l’homme, Jésus le Christ, qui ne cesse de venir. D’autre part, l’intercession est comme un levain qui nous situe au coeur de la Trinité (dit l’exhortation du pape François La joie de l’Évangile, Evangelii gaudium, n. 283). Elle est capable de faire lever toute la pâte de l’humanité.

La mission, c’est se faire porte-parole des sans-voix, c’est œuvrer pour que la justice sociale, planétaire et locale, s’instaure un peu, ainsi que le dit l’une des paroles du décalogue proposé par Missio en ce mois (vous pouvez le consulter sur le site et dans les documents suggérés pour le Mois missionnaire extraordinaire). C’est demander à Dieu que vienne enfin son Règne, que son nom soit enfin respecté et sanctifié, que sa volonté soit enfin faite.

” À temps et contretemps ” (2 Tm 3,14-4,2)

Tous les saints l’ont pratiquée, pour la conversion et le salut de leurs contemporains : la prière d’intercession intervient ” à temps et à contretemps ” pour dénoncer le mal, encourager, enseigner, toucher le coeur des êtres.

La petite Thérèse, patronne des missions, passe son ciel à faire du bien sur la terre. C’est parce qu’elle avait déjà commencé à semer l’amour de son vivant, dans son Carmel, envers et contre tout, en atteignant paradoxalement le bout du monde.

Conclusion – synthèse : renvois au décalogue

Tous, malades, handicapés, pleinement actifs en pastorale, nous nous portons par la prière (c’est ainsi que je termine les dix paroles). Nous nous tenons la main en une immense chaîne d’intercession, dans une unité globale, plus forte que les tensions et les divisions (c’est la 7e parole du même décalogue) ; avec Moïse, Paul, Thérèse de Lisieux, le pape François.

Sûrs que sans tarder, Dieu fera paraître son jour et le temps de sa grâce.

C’est là notre joie. Gaudete et exsultate, réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, car le Sauveur est parmi nous. Il nous envoie, nous baptisés, sur nos chemins de sainteté missionnaire.


29e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
Lectures bibliques :
Exode 17, 8-13; Psaume 120, 1-2, 3-4, 5-6, 7-8; 2 Timothée 3, 14 – 4, 2; Luc 18, 1-8

" Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? «/evangile-et-peinture.org
20 octobre 2019 | 09:45
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