Homélie

Homélie du 27 décembre 2020 ( Lc 2, 22-40)

Mgr Charles Morerod – Basilique Notre-Dame, Lausanne

J’ai été frappé par ce que disait Madame Mo Costabella dans l’introduction de cette messe à la radio : la liturgie d’aujourd’hui parle beaucoup des personnes âgées : Abram (qui devient Abraham), puis Syméon et Anne. Il y a là quelque chose de significatif à plusieurs égards. Non seulement, comme nous le savons bien, il y a en ce moment une part de solitude, de souffrance, qui touche particulièrement les personnes âgées, atteintes dans leur lien avec leurs proches. D’une manière plus générale, ces personnes âgées mettent en évidence une méditation et une attente qui peut grandir en nous. On l’a dit pendant tout l’Avent, mais c’est encore vrai après Noël. Les lectures de ce jour montrent bien l’attente du Seigneur, et cette attente peut même croître en ce moment. Ici même à Lausanne, le soir du 24 décembre, l’abbé Aimé (nom programmatique) me disait qu’il est impressionnant de voir le nombre de personnes qui arrivent maintenant avec un nouveau questionnement spirituel : où allons-nous, avons-nous une espérance ?

La foi met en relation avec Dieu qui appelle


L’histoire d’Abraham, que nous avons entendue dans la première lecture, éclaire notre question. Abraham que nous appelons notre père dans la foi se trouve au point de départ dans une situation problématique. Dieu lui promet un pays pour une descendance improbable. Il demande donc comment cela va se faire : « Mon Seigneur Dieu, que pourrais-tu donc me donner ? Je m’en vais sans enfant » (Genèse 15,2). Dieu lui répond de ne pas s’inquiéter, car il lui donnera une descendance, à savoir nous-mêmes, ses descendants dans la foi. Il y a donc un lien entre la foi d’Abraham et sa descendance : c’est parce qu’il croit qu’il reçoit une descendance et un pays, et c’est dans la foi que nous sommes sa descendance.
La lettre aux Hébreux insiste sur la foi d’Abraham, modèle de la nôtre : « Abraham (…) partit sans savoir où il allait » (Hébreux 11,8), en obéissant à l’appel de Dieu. La foi nous met en relation avec Dieu qui nous appelle. C’est pour cela qu’Abraham se met en mouvement, après avoir posé des questions, comme le fera aussi la Vierge Marie à l’annonciation. Marie se demande comment elle pourra avoir un fils alors qu’elle ne connaît pas d’homme, et elle croit que ce qui est impossible pour les hommes ne l’est pas pour Dieu.

Syméon met en lien passé et nouveauté radicale


Toute notre vie chrétienne est un dialogue avec Dieu, dans le but de nous permettre de répondre à son amour. Dieu prend l’initiative, il nous demande ce qui dépasse nos forces, et nous sommes invités à accepter dans la foi. Les personnes qui entrent dans cette démarche (et cette marche) sont la famille de Dieu. L’évangile nous montre Syméon et Anne, qui sont au temple avec une attente qui a déjà des raisons d’espérance. Leur foi n’est pas au même stade que celle d’Abraham, parce qu’ils voient comment Dieu a déjà répondu aux promesses faites à Abraham. Ils voient Abraham, mais aussi Isaac, Jacob, puis Moïse ou David, la libération d’Égypte puis de Babylone… Syméon attend la consolation d’Israël en raison de consolations antérieures. Il reconnaît l’enfant que l’on vient présenter au temple parce que « l’Esprit Saint était sur lui » (Luc 2,25). La foi lui permet de mettre en lien le passé avec cette nouveauté radicale qu’est la venue en notre chair du Fils de Dieu. Se trouvant ainsi face au centre de l’histoire, il peut dire dans sa foi ce que l’Église nous invite à dire chaque soir (le bréviaire étant proposé à tout le Peuple de Dieu) : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël » (Luc 2,29-32). Syméon voit de ses yeux où va sa vie : ce sens que tout être humain cherche plus ou moins consciemment.

Invités à être la famille de Dieu


Nous fêtons la Sainte Famille, de Jésus, Marie et Joseph. Mais cette famille n’est pas fermée sur elle-même. D’ailleurs le Fils de Dieu n’a pas besoin de se faire homme : il le fait pour nous. La descendance d’Abraham aboutit à ce que, par l’union que nous propose le Christ, nous partagions sa vie divine (don reçu au baptême). Nous sommes ainsi invités à être la famille de Dieu, le Peuple de Dieu, le Corps du Christ, l’Épouse du Christ : toutes ces manières de parler de l’Église montrent que Dieu nous unit à lui. C’est ce que nous célébrons dans la communion eucharistique.

DIMANCHE de la SAINTE FAMILLE
Lectures bibliques : Genèse 15, 1-6 ; 21, 1-3; Psaume 104 (105), 1-2, 3-4, 5-6, 8-9; Hébreux 11, 8.11-12.17-19; Luc 2, 22-40

Crèche de l'Abbaye d'Hauterive, la Sainte Famille dans l'atelier de Nazareth
30 décembre 2020 | 20:37
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