Homélie

Homélie du 7 mars 2021 (Jn 2, 13-25)

Abbé Laurent Ndambi – Eglise St-Nicolas de Myre, Hérémence, VS

« Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? ». La réponse est immédiatement donnée : « détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai (…) et le Temple dont il parlait c’était son corps », selon l’interprétation de l’évangéliste saint Jean.

Le récit de la purification du Temple qui annonce en finale la destruction et le remplacement de ce Temple par un autre, les évangélistes situent dans des contextes différents.

En effet, si Marc et Luc placent l’acte posé par Jésus peu avant la passion, soit après l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem, lequel constitue pour eux un des motifs de sa condamnation à mort (cf. Mc 11, 18 ; Lc 19, 47-48), saint Jean par contre le met au début de la vie publique lors de la première montée de Jésus à Jérusalem pour célébrer la Pâque. Pour lui en effet, le motif dernier de la condamnation de Jésus se trouve dans le signe de la résurrection de Lazare précédée par d’autres signes considérés comme étant des provocations, notamment la guérison d’un aveugle né le jour du sabbat (cf. Jn 9, 1-40), ou encore celui de la multiplication des pains, suivie de la déclaration faite lors du discours dans la synagogue de Capharnaüm où le Christ s’est dit être le « pain de vie descendu du ciel » ; et ce pain, déclare-t-il avec force : c’est ma chair donnée pour la vie du monde (cf. Jn 6, 1-66). Ces quelques signes évoqués ont donc eu lieu lors de la célébration de la Pâque juive ou de sa proximité (cf. Jn 6,4 ; 11,55).

Ainsi, après avoir accompli le premier signe du changement de l’eau en vin aux noces de Cana, celui de la purification du Temple est immédiatement accompli lors de la montée à Jérusalem à l’approche de la Pâque juive comme saint Jean en évoque au début de l’évangile de ce troisième dimanche de carême. Il nous en précise ainsi le cadre et le lieu car cette montée du Christ à Jérusalem est la première.

La purification du temple : un geste prophétique

La mise en parallèle de fêtes juives avec les faits marquants de Jésus laisse entendre qu’en sa personne les fêtes prennent une autre signification. Protecteur des droits de Dieu, Jésus considère que l’installation des marchands de bœufs, brebis et colombes au Temple et le commerce qui y est organisé souillent le Temple lui-même, et le profanent. Devant une telle profanation, il proteste dans la ligne de ce qu’avaient fait avant lui des prophètes comme Jérémie (7,14) ou Malachie (3,1) ou encore Isaïe (56,7). Il donne le signe que la purification du Temple prévue pour les derniers temps est déjà en marche. Son intervention s’apparente ainsi aux gestes prophétiques que les prophètes eux-mêmes utilisés pour faire passer leur message. Elle faite d’une action et d’une double parole interprétative.

Cette parole a une forme double, celle où le Christ demande d’abord de mettre un terme à une pratique indigne de Dieu. « Ne faites de la maison de mon Père, déclare-t-il, une maison de trafic ». A ce propos, il lève un voile sur la relation unique avec son Père.

Ensuite, il répond à la demande de signe par une parole mystérieuse sur le Temple en tant que sanctuaire proprement dit et dont la destruction a mis un terme aux offrandes et sacrifices des animaux.

Son zèle pour la maison de Dieu le conduit à une mort annoncée comme un « passage », c’est-à-dire comme une nouvelle « Pâques » manifestée par le corps ressuscité de Jésus devenu un Temple nouveau dans sa personne offerte en sacrifice pour le salut du monde. En effet, lorsque ce corps du Christ fut mis en croix, un sacrifice parfait fut offert pour le pardon des péchés, et Dieu révéla alors combien il aime le monde.

Ressuscité, le Christ est le nouveau Temple


Ressuscité, le Christ est donc désormais ce nouveau Temple du culte et de l’esprit vers lequel se dirigeront tous les peuples appelés et invités eux aussi à la suite des disciples, à « croire aux prophéties de l’Ecriture et à la parole que le Christ lui-même avait dite » et qu’il continue encore à nous dire dans les sacrements donnés et célébrés en l’Eglise en tant que corps dont nous sommes membres quel que soit notre âge, et ce que nous sommes.

A notre tour, nous sommes un Temple où Dieu est présent

Chaque fois que nous nous rassemblons le jour consacré au Seigneur, avons-nous conscience que nous devenons à notre tour un corps et un Temple où le Christ renouvelle son sacrifice et où Dieu est présent ? Notre témoignage de vie est-il un signe de la manifestation de sa présence en nous et de la qualité de notre relation avec lui ?

En route vers Pâques, avons-nous conscience que croire, c’est à la fois comprendre et accepter le signe, fut-ce à travers des signes, c’est-à-dire la personne même de Jésus révélée par l’Ecriture et par ses paroles, à la lumière de la résurrection.

En vivant dans un corps, un corps qui parle, qui vit, un corps qui bouge, un corps qui marche, un corps qui souffre, comment prenons-nous en-t-il soin ?
Réunis en ce dimanche comme des pierres du nouveau Temple de Dieu, dimanche consacré aux malades, offrons au Christ nos maladies et nos souffrances qui ont toujours figuré dans notre existence comme étant parmi les problèmes les plus graves qui se posent dans le cours de notre vie. La maladie qui nous affecte corporellement et spirituellement jusqu’au plus intime de notre être, celle qui nous fait prendre conscience de notre impuissance et de nos limites, celle qui conduit à l’abattement, à l’inquiétude, à l’angoisse, au désespoir, au repli sur nous-mêmes.

Jésus vainqueur de la maladie

A travers toutes ces facettes que la maladie représente pour l’homme, la Sainte Ecriture voit un signe du fait que nous vivons dans un monde qui a été perturbé par le péché et qui n’est pas encore pleinement soumis au Règne de Dieu. Cependant, l’évangile refuse de voir directement dans la maladie d’un individu le châtiment d’une faute personnelle. Il nous dit bien plutôt que Dieu veut la vie. Il nous montre en Jésus le grand adversaire et le grand vainqueur de la maladie (cf. Mt 4, 24 ; Ac 10, 38), et il voit dans les guérisons opérées par lui un signe que le Règne de Dieu a commencé et que sa venue signifie le salut de l’homme dans sa totalité, à la fois corporelle et spirituelle.

En donnant à ses disciples l’ordre de guérir les malades (cf. Mt 10, 8), le Christ leur a communiqués son souci pour les malades. Nous lui confions tous ceux et celles qui sont atteints dans leur santé. Qu’il les réconforte et les relève par notre prière. Rassemblés en ton nom Seigneur, écoute notre prière. Regarde avec bonté tes enfants avec qui nous te prions aujourd’hui, accorde leur la force dans l’épreuve ; donne à tous ceux qui souffrent le soutien dont ils ont besoin. Toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles. Amen.

3e DIMANCHE DU CARÊME
Lectures bibliques : Exode 20, 1-17 ; Psaume : 18B (19), 8, 9, 10, 11; 1 Corinthiens 1, 22-25; Jean 2, 13-25

« Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre: tout sera détruit. » | © Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0
7 mars 2021 | 09:30
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