Baptistère (XIIe, XIIIe), piazza del Duomo, Parme, Italie | © Photo Fickr/Bernard-Blanc/CC BY-NC-SA 2.0
Homélie

Homélie du 9 janvier 2022 (Lc 3, 15-16.21-22)

Chanoine Roland Jaquenoud – Basilique de Saint-Maurice

Le baptême du Christ

Aujourd’hui Jésus se fait baptiser. L’Évangile de Luc met le point focal sur ce qui se passe à la suite du baptême. Jésus prie, le ciel s’ouvre, l’Esprit Saint descend sur Jésus, soulignant ainsi sa qualité de Messie, de Christ, – mots qui signifient « oint » – : Jésus est l’Oint du Seigneur. Il est le Messie tant attendu. Le baptême de Jésus est un moment de révélation – d’Épiphanie. Et la voix venant du ciel ajoute que ce Messie est Fils de Dieu : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé. En toi je trouve ma joie ».

Jésus donne au rite du baptême sa force

            Le baptême de Jésus est à l’origine de notre propre baptême. Les Pères de l’Église, constatant que Jésus lui-même n’aurait pas besoin d’être baptisé – il est sans péché – enseignent unanimement que Jésus se fait baptiser non pour lui-même, mais pour nous. En se faisant baptiser, il donne au rite du baptême sa force. De manière imagée, les Pères nous disent qu’en ce jour, Jésus sanctifie les eaux du Jourdain, et à travers elles toute eau, afin qu’elles transmettent la grâce qui sera issue de la puissance de sa mort et de sa résurrection. « Lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu », disant Jean le Baptiste.

            De fait, ce que la voix révèle de Jésus peut être dit ensuite de tout baptisé. « Toi, tu es mon fils bien-aimé, toi tu es ma fille bien aimée ». Le baptême nous constitue enfants de Dieu. A ces mots, elle rajoute : « En toi, je trouve ma joie ». Le Père trouve sa joie en Jésus, Dieu fait homme, et en lui, il trouve sa joie en chaque être humain, constitué par le baptême enfant de Dieu.

Quelle joie Dieu trouve-t-il en nous ?

            Dieu trouve sa joie en nous. N’est-ce pas étrange ? Quelle joie peut-il trouver en nous ? Cela fait résonance avec une prophétie que nous avons entendue à la Messe le 3e dimanche de l’Avent. Il s’agissait du livre de Sophonie, au chapitre 3 :

« Ne crains pas, Sion !
Ne laisse pas tes mains défaillir !
Le Seigneur ton Dieu est en toi,
c’est lui, le héros qui apporte le salut.
Il aura en toi sa joie et son allégresse,
il te renouvellera par son amour ;

Il y a une joie du salut

            Cette prophétie nous dit que Dieu se réjouit d’être en son peuple, de lui apporter le salut,  de le renouveler par son amour. Or Jésus, Dieu fait homme, c’est tout cela. C’est Dieu au milieu de nous, Dieu en nous, Dieu qui nous sauve, qui nous renouvelle par son amour. Il y a une joie du salut qui se trouve d’abord en Dieu lui-même, et à laquelle nous sommes appelés à participer, d’autant plus que nous en sommes les bénéficiaires. Nous sommes la joie de Dieu, parce que Dieu a la joie de nous apporter le salut, de nous renouveler, d’être en nous par la médiation de son Fils.

            Rappelons-nous que c’est avec action de grâce – eucharistie – que Jésus offrira son Corps et son Sang le soir du jeudi saint. La Messe – l’Eucharistie – c’est d’abord l’action de grâce – l’Eucharistie – de Jésus lui-même qui s’offre à nous. Et c’est cette action de grâce – cette eucharistie – qui devint notre action de grâce – notre eucharistie, puisque nous sommes invités à recevoir un si grand don.

            Tout cela nous aidera à comprendre un petit détail – souligné par saint Luc, – que nous trouvons dans l’Évangile de ce jour. Il nous est dit que l’Esprit Saint descendant sur Jésus en ce jour avait « une apparence corporelle, comme une colombe ». La colombe, c’est un symbole fort. Lors du déluge, symbole du naufrage de notre monde, Noé envoya une colombe, pour savoir s’il y avait quelque part une terre qui commençait à émerger du déluge. Et c’est lorsque la colombe ramena un rameau d’olivier frais que l’on sut que le déluge arrivait à sa fin, malgré la présence de l’eau encore partout autour de l’arche.

Témoins de l’espérance

            Chers frères et sœur, le baptême du Christ est l’annonce de la fin du déluge. Du coup, il en va de même pour notre baptême. Le baptême n’est pas la fin du déluge, mais l’annonce – l’espérance – que le déluge aura un jour une fin. Du coup, nous, les baptisés, nous sommes constitués témoins – non de la fin du déluge – mais de l’espérance : Jésus a vaincu la mal. Cela ne se voit pas encore, mais la foi de notre baptême met en nous cette espérance – et il serait grandement souhaitable que nous en témoignions. Nous ne voyons encore rien – Noé non plus ne voyait encore rien, mais il n’a cessé de guetter, et il a pu se réjouir au premier signe. Combien d’hommes et de femmes, souvent chrétiens, sont des oiseaux de malheur. Alors que le baptême devrait être pour nous le premier rameau d’olivier – le premier signe d’espérance.

            Dans la première lecture de ce jour, la prophétie d’Isaïe nous a constitués « guetteurs d’espérance ». Ecoutons-la une nouvelle fois.

Monte sur une haute montagne,  
toi qui portes la bonne nouvelle à Sion.
Élève la voix avec force,
toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem.
Élève la voix, ne crains pas.
Dis aux villes de Juda :
« Voici votre Dieu ! »
Voici le Seigneur Dieu !

Monte sur la montagne pour guetter la venue de Dieu – la venue de l’Amour – la venue de la joie.

Chers frères et sœurs, si les baptisés devenaient enfin guetteurs d’espérance, quelle joie, quelle consolation pour notre monde. C’est la mission que nous recevons aujourd’hui par les paroles du prophète. Ecoutons-le encore et prenons en de la graine :

Consolez, consolez mon peuple,
– dit votre Dieu –
parlez au cœur de Jérusalem.

Le baptême du Seigneur
Lectures bibliques : Isaïe 40, 1-5.9-11; Psaume 103, 1c-3a, 3bc-4, 24-25, 27-28, 29-30; Tite 2, 11-14 ; 3, 4-7; Luc 3, 15-16.21-22

Baptistère (XIIe, XIIIe), piazza del Duomo, Parme, Italie | © Photo Fickr/Bernard-Blanc/CC BY-NC-SA 2.0
9 janvier 2022 | 09:35
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