1.1.1.9.1 L’élection de Miss Monde déplacée à Londres

1.1.1.9 Nigeria: Déjà plus de 200 morts dans les émeutes interreligieuses de Kaduna

Kaduna/Lagos/Londres, 24 novembre 2002 (APIC) Déjà 215 cadavres, soit plus du double des premières estimations, avaient été recensés dimanche dans les morgues et les rues de Kaduna, à la suite des émeutes interreligieuses déclenchées par le concours de Miss Monde. Les reines de beauté sont entre- temps arrivées à Londres sur un vol charter affrété d’Abuja, la capitale du Nigeria. La compétition devrait se dérouler dans la capitale britannique le 7 décembre prochain.

Le Nigeria a gagné le droit d’organiser le concours de Miss Monde après la victoire l’an dernier de la Nigériane Agbani Darego, la première africaine à être couronnée plus belle femme du monde. Après les émeutes sanglantes provoquées par des fondamentalistes musulmans, les lauréates se sont déclarées choquées et peinées par ces événements qui auraient pu être évités.

Le secrétaire général du Conseil Suprême des Affaires Islamique du Nigeria, Latif Agdebaït a lancé un appel au calme. Il a demandé aux musulmans de Kaduna de «pardonner» l’article du journal «This Day», à l’origine des violences.

Peu avant l’annonce du déplacement de la manifestation à Londres, le président Oluségun Obasanjo avait apporté son soutien à ses organisateurs : Miss World Organization et la société nigériane Silverbird Productions. Bien que chrétien du sud, il a été élu en 1999 pour un mandat de 5 ans, grâce, en partie, au soutien des élites musulmanes du nord. Or, dans 6 mois, une nouvelle élection présidentielle aura lieu dans le pays. Cette perspective place le chef de l’état dans une situation difficile.

Un «complot» de la presse internationale

Le ministre nigérian de l’information, Jerry Gana, a dénoncé un «complot» de la presse internationale, en particulier de la presse britannique, contre son pays. Il a cependant également critiqué le quotidien «This Day», basé à Lagos, qui a publié l’article offensant les musulmans qui a mis le feu aux poudres. Le journal, qui s’est depuis platement excusé, avait estimé que le prophète Mahomet aurait sûrement pris l’un des concurrentes pour épouse s’il avait assisté au concours de Miss Monde.

Selon Emmanuel Ijewere, président de la Croix Rouge nigériane, les troubles dans la ville de Kaduna, au nord du Nigeria, ont fait au moins 215 morts. On compte également de nombreux blessés et 4’000 personnes ont fui Kaduna en proie aux violences. 8 mosquées et 23 églises ont été attaquées et incendiées. Les troubles qui ont éclaté mercredi à Kaduna ont également touché Abuja vendredi. Il y a deux ans, des émeutes intercommunautaires avait déjà fait plus de 3’000 morts à Kaduna après l’introduction de la législation islamique, la charia.

Alors qu’un dignitaire musulman appelait ses coreligionnaires extrémistes à cesser leurs actions de violence, «des exécutions sommaires par des militaires ont eu lieu», a affirmé Shehu Sani, président du Congrès des droits Civils. Les musulmans du nord du Nigeria se sont toujours opposés à la tenue de l’élection de Miss Monde dans le pays, la considérant comme un «étalage de nudité obscène». BBC/JB

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1.1.1.9.1.1.1 L’archevêque d’Abuja: pas un affrontement entre chrétiens et musulmans

Mgr John Olorunfemi Onaiyekan, archevêque d’Abuja, capitale politique du Nigeria, estime que les troubles sanglants ne sont pas un affrontement entre chrétiens et musulmans, «mais quelque chose de peu compréhensible qu’il faut élucider au plus vite». Vendredi, les désordres de Kaduna se sont étendus à Abuja, dans la zone de la mosquée, au terme de la prière du vendredi. «Qu’a-t-il été dit durant l’office religieux?», se demande l’archevêque, également président de la Conférence épiscopale nigériane.

«Cela fait plusieurs mois que le monde islamique exprime son hostilité au concours, mais il convient de préciser que cette initiative n’a pas été lancée par les chrétiens», insiste-t-il. Selon Mgr Onaiyekan, «nos amis musulmans ont eu une réaction exagérée. Je ne crois pas que ces affrontements aient été provoqués par Miss Monde et je ne pense pas non plus qu’un article de journal puisse être à l’origine de la mort de dizaines de personnes».

Dans une interview à l’agence d’information missionnaire MISNA, l’archevêque d’Abuja relève que les déclarations de certains chefs religieux ont été de véritables incitations au désordre. «Le gouvernement devrait les rappeler à l’ordre et les inciter à remédier à leurs propos». Monseigneur Onaiyekan montre également du doigt les autorités civiles, accusées de ne pas savoir sauvegarder la sécurité des citoyens: «Le gouvernement devrait réagir plus fermement, au moins pour assurer l’ordre public».

«Quand les autorités ont décidé d’accueillir le concours de Miss Monde, déclare encore l’archevêque d’Abuja, j’ai immédiatement pensé que le Nigeria avait besoin d’autre chose en ce moment. Mais ce n’est pas pour cela que j’ai invité les fidèles à descendre dans les rues pour protester».

Bien que la Constitution nigériane consacre la laïcité de la Fédération nigériane, 12 des 36 Etats qui la forment ont adopté la loi islamique au cours de ces trois dernières années. L’épiscopat nigérian lutte contre cette mesure: «Nous, évêques du Nigeria, avons protesté il y a trois ans déjà contre le gouvernement à cause de l’introduction de la charia. Permettre son entrée en vigueur signifie encourager un fanatisme et un extrémisme islamique duquel notre pays n’a rien à gagner». Le prélat met en évidence la tendance au radicalisme d’une partie de la communauté islamique: «en vue des élections, certains tentent de tirer un avantage des situations de crise et de désordre. On ne comprend pas bien de qui il s’agit parce que ces personnes ne se font pas voir au grand jour et pour l’instant, elles se limitent à utiliser le langage religieux» JB/MISNA

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1.1.1.10 Emeutes interreligieuses au Nigeria: le point de vue des spécialistes

Dakar, 24 novembre 2002 (APIC) Selon James Dunkan, un consultant britannique, spécialiste des questions du Nigeria, le président Oluségun Obasanjo, candidat à un nouveau mandat présidentiel, doit donner satisfaction aux revendications des musulmans du nord, «sans s’aliéner» les chrétiens du sud. Dans une déclaration a Radio France internationale (RFI), il a indiqué que depuis l’arrivée au pouvoir du président Obasanjo, les violences confessionnelles et tribales ont fait 100’000 morts dans le pays.

Les incidents du mercredi 20 au samedi 23 novembre 2002 au Nigeria, sont les plus graves depuis ceux de mai 2000 à Kaduna. Plus de 3’000 personnes avaient alors été tuées dans des affrontements entre musulmans et chrétiens, à la suite de l’imposition de la charia ou loi islamique.

Depuis, la ville vie dans un état de «tension et d’inquiétude permanentes», a déclaré pour sa part, Marc Antoine de Montclou, chercheur à l’Institut français de recherche pour le Développement (IRD). Spécialisé lui aussi sur le Nigeria, il a rappelé que depuis ces événements, Kaduna est divisée en deux. Les musulmans, habitant la banlieue nord qu’ils ont baptisée «La Mecque». Les chrétiens, au sud qu’ils ont, dénommé «Jérusalem». «C’est un peu comme Belfast, sauf que là ce ne sont pas des catholiques contre des protestants, mais des chrétiens contre des musulmans», a-t-il dit .

A Abuja, un politologue, Jibril Ibrahim, a déclaré dimanche 24 novembre 2002 à la BBC que le problème de l’élection de Miss Monde au Nigeria a rallumé les rivalités religieuses entre les communautés musulmane et chrétienne du nord du pays, à quelques semaines de l’élection présidentielle. «Les violences au Nigeria, et particulièrement à Kaduna, reviennent d’une manière régulière depuis 20 ans», a-t-il fait remarquer. Les deux communautés, a-t-il ajouté, ont été liées par une histoire assez longue de lutte pour le pouvoir. «L’organisation de concours de Miss Monde a été prétexte, même s’il y a eu une provocation assez claire».

Selon lui, dans la plupart des cas, les violences de ce genre au Nigeria, viennent d’une petite bande de la jeunesse désoeuvrée. A quelques mois de l’élection présidentielle de 2003, les tensions intercommunautaires (tribales ou confessionnelles) sont exacerbées par le climat politique. «Cette situation est sans doute vraie, surtout dans un moment où les nordistes sont un peu mécontents du régime Obasanjo», relève enfin le politologue. (apic/ibc/bbc/be)

24 novembre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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