(1) «Dieu en son jardin», Jean-Marie-Pelt. Entretiens avec Rachel et Alphonse Goettmann. Ed. DDB. 21 euros. 233 p.

Israël: Rabbins du mouvement conservateur divisés sur la question du mur de séparation

Dispute sur la légitimité d’une justification religieuse du mur

Jérusalem, 12 février 2004 (Apic) Quelque 300 rabbins américains et israéliens, issus des rangs du mouvement conservateur, se sont opposés sur la légitimité d’une justification religieuse du mur de séparation israélien érigé en territoire palestinien. La conférence de 4 jours était organisée à Jérusalem par l’Assemblée Rabbinique (RA), qui représente près de 2 millions de juifs dans le monde.

Alors que les rabbins américain se déclarent en faveur de ce que d’aucuns en Israël appellent le «mur de la honte», les rabbins conservateurs israéliens ont tendance à s’y opposer, en raison notamment des immenses dommages causés aux Palestiniens par le choix de son emplacement.

Aux Etats-Unis, certains milieux juifs font bloc pour défendre le mur, qui fait l’objet d’une vive dénonciation dans le cadre des campagnes contre la politique d’occupation israélienne. La controverse est née d’un projet proposé par le Conseil halachique mondial, l’organe suprême chargé du respect de la halacha, la loi juive, au sein du mouvement juif conservateur, rapporte le quotidien israélien «Ha’aretz».

Un mur conforme à la halacha, la loi juive ?

Le Conseil halachique a qualifié le mur de séparation «d’instrument légitime d’autodéfense» visant à «protéger le caractère juif et démocratique de l’Etat d’Israël.» Pour cet organe de défense de la loi juive, les Palestiniens n’agissent pas contre la terreur et la barrière qui encercle Gaza a prouvé son efficacité contre les attentats suicide.

Selon Perry Rank, nouveau président de la Conférence rabbinique, les critiques contre ce mur de séparation sont vives aux Etats-Unis au sein du mouvement conservateur, qui regroupe un tiers des juifs américain. C’est la raison pour laquelle, il est à ses yeux absolument nécessaire de donner une légitimité à cette barrière de sécurité. «Les Américains sont habitués aux solutions rapides, déclare-t-il, et nous avons compris que cette barrière apportera des résultats.» Certes, Perry Rank se dit conscient des souffrances que le mur cause aux Palestiniens, «mais pour qu’Israël survive, il y a certaines choses qui sont inévitables.»

«Humilier une personne âgée de 70 ans est évitable»

«Humilier une personne âgée de 70 ans est évitable,» rétorque le rabbin israélien Tzvi Weinberg, qui s’oppose en l’état actuel au projet de résolution halachique. Ce projet affirme qu’Israël a tout fait pour éviter des souffrances inutiles aux Palestiniens innocents, «ce qui est tout simplement faux!.»

Le rabbin Weinberg et son épouse militent dans les mouvements de défense des droits de l’homme. Il préside le mouvement «Shomrei Mishpat – Rabbins pour les droits humains» – tandis que sa femme appartient à l’organisation «Machsom Watch», qui envoie des femmes observer le comportement des soldats israéliens aux points de contrôle.

Aucun respect de l’être humain

Le rabbin Mauricio Balter, de Kiryat Bialik, est encore plus clair: «Nos responsables ne voient pas le côté humain. La seule chose que va causer ce mur est davantage de haine et plus d’attentats suicide.» Il se bat pour que la proposition du Conseil halachique comprenne un appel à Israël afin qu’il ne viole pas les droits humains fondamentaux des Palestiniens.

Jeudi, les rabbins se sont rendus sur le terrain pour voir de leurs propres yeux les effets de la haute muraille qui passe au milieu des propriétés palestiniennes. Tzvi Weinberg n’a cependant pas beaucoup d’espoir que cette visite va changer l’opinion de beaucoup de monde, car le guide qui a été choisi était un soldat israélien, «pas quelqu’un qui s’y connaît et qui appartient à un mouvement de défense des droits de l’homme».

Appel désespéré du Home Notre Dame des Douleurs, à Jérusalem

Dans un appel désespéré parvenu à l’Apic, Soeur Marie Dominique Croyal, directrice de la maison de retraite pour Palestiniens «Home Notre Dame des Douleurs», située tout près du mur d’Abou Dis, à Jérusalem, décrit les effets de l’érection du nouveau mur de séparation d’une hauteur de 9 mètres, en cours de construction depuis le 11 janvier 2004.

La nouvelle muraille infranchissable remplace un mur beaucoup moins haut, placé en août 2002, pour interdire le passage entre Jérusalem et les localités palestiniennes de Béthanie et d’Abou Dis. Ce premier mur dit «de sécurité» a désorganisé et affecté profondément la vie de la population ainsi que celle des religieuses.

Des milliers personnes le franchissaient: des enfants, des collégiens, des mamans avec leur bébé, des personnes âgées.les chutes ont été nombreuses et parfois mortelles. Des malades meurent faute de soins. Ils passaient par- dessus les clôtures pour échapper aux contrôles militaires car beaucoup travaillent à Jérusalem alors qu’ils n’ont pas de permis.

«Une terre de désolation et d’humiliation»

«Les gens autour de nous vivent dans la peur, peur de se faire arrêter, peur de recevoir des gaz lacrymogènes, peur d’être maltraités comme cela arrive fréquemment. La tension est permanente pour toute la population dont les conditions de vie sont de plus en plus difficiles», écrit Soeur Marie Dominique Croyal. «C’est un combat de chaque jour pour tous ces gens qui subissent humiliations et violences. Nous nous sentons vraiment seuls et démunis face à l’inertie générale.»

Dans le Home, les personnes âgées qui sont encore autonomes ne peuvent plus aller faire leurs courses depuis de nombreux mois déjà car toutes les boutiques se trouvent de l’autre côté du mur. Combien de fois n’ont-elles pas appelé les commerçants en se plaçant au pied du mur pour passer leur commande à travers une fente entre deux blocs de béton. Les personnes âgées originaires de Cisjordanie sont très isolées car beaucoup de familles ne peuvent plus venir les visiter.

«Aujourd’hui, nous ne savons vraiment pas ce qui va se passer si la construction de ce mur arrive à son terme car dans notre maison la plupart de nos personnes âgées sont originaires de la Cisjordanie et la majorité de notre personnel aussi», écrit la religieuse d’origine française.

Un «mur de la honte» érigé dans le silence complice des puissants

Sur les 18 employés du Home, trois seulement ont la carte de Jérusalem. Pendant ces deux années, eux aussi ont été obligés de franchir le mur et changer souvent de trajet pour échapper aux contrôles car, même avec un laissez-passer, les militaires ne les laissent pas toujours entrer dans la maison, complètement isolée dans un quartier militarisé. Les autorités israéliennes ajoutent aux difficultés en n’octroyant plus de visas de séjour pour de nouvelles soeurs qui pourraient renforcer, rajeunir les communautés religieuses, et notamment celles venant de pays arabes.

Dans son appel face à l’inertie de l’opinion publique internationale et au silence complice des leaders des grandes puissances, Soeur Marie Dominique Croyal demande que «ce mur de la honte soit détruit», car le quartier où se trouve le Home Notre Dame des Douleurs, à Jérusalem, «est devenu une terre de désolation et d’humiliation.» (apic/haar/com/be)

12 février 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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