10'000 femmes soumises au célibat forcé
Pakistan: La tradition des «épouses du Coran» perdure dans certaines régions du pays
Islamabad, 11 septembre 2013 (Apic) Près de 10’000 femmes pakistanaises seraient encore soumises à la tradition des «épouses du Coran». La pratique impose à certaines filles de la caste des Sayyids «d’épouser» le livre saint de l’islam, leur interdisant à vie de se marier et d’avoir des relations sexuelles. Sous un prétexte religieux, la tradition vise en fait à préserver de la dot les terres appartenant à la famille.
Bien qu’interdite, autant par la loi islamique que par celle de l’Etat pakistanais, la pratique dite du «Haq Bakshish» (littéralement: le renoncement au droit de se marier) est encore très répandue dans la province du Sindh et du Pendjab, au sud du pays. Selon un article paru sur le site internet du «Vatican Insider», bon nombre d’»épouses du Coran» ne peuvent supporter leur condition et deviennent folles ou apathiques. Contraintes à rester pour toute leur vie au sein de leur famille, elles sont le plus souvent traitées comme des esclaves ménagères. Les filles sont forcées d’apprendre le Coran par cœur et doivent garder en permanence le livre attaché à leur taille par une ficelle. Elles vivent dans l’isolement et ne peuvent approcher aucun homme âgé de plus de 14 ans.
Une tradition économique
Le quotidien panarabe basé à Londres «Asharq Al Awsat» a estimé en 2007 qu’il existait environ 10’000 «épouses du Coran» dans la province du Sindh. Les racines de cette tradition sont plus d’ordre économique que religieux. Un rapport de 2011 du Département d’Etat américain explique que la pratique est surtout répandue dans les familles de grands propriétaires fonciers. Lorsque aucun mari adéquat n’est trouvé pour une fille parmi les membres de la famille (cousins, oncles ou autres), les parents décident souvent de la garder à l’intérieur de la famille. Cela lui évite de céder à travers la dot, une partie de sa terre.
La loi du silence
La loi pakistanaise punit le «Haq Bakshish» de sept ans de prison. Mais personne n’ose rapporter les cas aux autorités. Cela tient en partie au fait que les représentants de la caste des Sayyids, qui se prétendent descendants directs du prophète Mahomet, se trouvent souvent à la tête des institutions religieuses locales.
Des témoignages et des dénonciations du phénomène surgissent néanmoins parfois. En 2011, une jeune femme a tenu une conférence de presse à Lahore, dans l’est du Pakistan, pour dénoncer les menaces et intimidations auxquelles elle devait faire face après avoir fui son «mariage» avec le Coran. (apic/vatin/rz)



