Vous avez dit rêve? Sous-jacente dans la démarche des enfants Tapori, l’enfance violée, la misère, l’exclusion et les exploitations dont sont victimes des millions de gosses dans le monde, ne semblent cependant guère émouvoir les décideurs de ce monde. Et les nantis. A l’aube du troisième millénaire, déclarations d’intention ou autres Convention des droits de l’enfant demeurent stériles.
10e anniversaire de la Convention des droits de l’enfant: des chiffres et des horreurs
Aujourd’hui, plusieurs millions d’enfants sont victimes de la prostitution. Il y a deux ans, un rapport de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies admettait plus d’un million de gosses prostitués en Asie. Et près de 300’000 aux Etats-Unis, alors que des chiffres inquiétants démontrent que le phénomène s’accroît dangereusement en Afrique et en Amérique latine.
Un autre rapport, de l’Organisation internationale du travail (OIT), cette fois, indique que le problème de l’exploitation infantile est bien plus important qu’on ne l’imagine. Selon l’OIT, 250 millions d’enfants âgés entre 5 et 14 ans travaillent dans les pays en voie de développement, soit le double des estimations précédentes. Le rapport soutient que 120 millions d’enfants travaillent à plein temps, contre 130 millions à «temps partiel». 61% de ces mômes vivent en Asie, 32% en Afrique et 7% en Amérique latine. Pour l’Amérique latine, ce chiffre ne cesse de grimper. A la vitesse grand V.
Mais la société ne se contente pas de se «familiariser» avec ce fléau de l’enfant prostitué ou de l’enfant travailleur. Un rapport émanant d’ONG, qui regroupe 7 organisations, dont Amnesty International et «Human Rights Watch», indique que 120’000 enfants de moins de 17 ans sont encore et toujours utilisés comme soldats en Afrique. L’Amérique latine n’est pas en reste. Une conférence sur ce problème, récemment réunie à Montevideo, en Uruguay, dénonçait l’intégration de plusieurs milliers d’enfants dans les armées de certains pays, ainsi que dans plusieurs mouvements subversifs. Cela sans parler des enfants victimes des conflits et des guerres dans le monde. Ni des ravages causés sur eux par les mines anti-personnel, dont le traité d’interdiction n’a même pas été ratifié par Washington.
Le tiers monde n’est de loin pas seul à être montré du doigt. Aux Etats-Unis, la justice de l’Etat du Colorado n’hésite pas à enchaîner et à menotter un enfant de 11 ans en pleine nuit afin de l’amener en prison. Selon Amnesty International toujours, plus de 11’000 enfants croupissent actuellement dans les geôles de ce pays, dans des conditions inhumaines. Aux Etats-Unis encore, 70 mineurs, attendent d’être exécutés dans les couloirs de la mort de plusieurs prisons du pays. En Angleterre, deux gosses auteurs de l’assassinat d’un petit enfant, âgés de moins de 10 ans au moment des faits, seront libérés la première fois alors qu’ils auront plus de 40 ans.
Au Soudan, pour ne citer que ce pays, le trafic d’enfants-esclaves continue à sévir. Tout comme travaillent dans l’indifférence des gosses en Inde ou au Pakistan, à tisser des tapis ou à confectionner des produits destinés aux marchés occidentaux. Au Pérou, des bambins de moins de 7 ans confectionnent quotidiennement des centaines de briques. Cela sous un soleil de plomb et pour moins de 1 franc par jour.
Vous avez dit rêve? En été dernier, un footballeur italien a été transféré pour la somme de 70 millions de francs. 70 Millions? En d’autres termes, il faudrait près de 2330 ans à une vendeuse au bénéfice d’un salaire mensuel de 2’500 francs pour gagner cette somme. Et plus 23’300 ans à un ouvrier péruvien au bénéfice d’un salaire mensuel de 300 francs. Une paille, si l’on considère qu’il faudrait au premier 20’000 ans et au second 200’000 ans pour gagner le pactole empoché du jour au lendemain après une fusion par un banquier suisse, artisan de fusions en tous genres. Sur le dos de milliers d’emplois. (apic/pr)



