11 septembre version Nord, version Sud
«L’anniversaire oublié» du coup d’Etat de Pinochet
Rome/Fribourg, 11 septembre 2002 (APIC) 11 septembre, vous avez dit 11 septembre? Le monde se rappelle aujourd’hui du terrible drame qui a frappé il y a un an les Etats-Unis. Se souvient, mais pas de la même manière, en Irak ou en Afrique ou encore au Chili, qui n’oublie pas qu’il y a 29 ans, à cette même date, Pinochet entamait son coup d’Etat, aidé par Washington, assassinait le président Allende démocratiquement élu, et donnait le coup d’envoi à une terrible et sanglante répression.
Le 11 septembre n’est en effet pas perçu de la même manière dans le Nord et dans le Sud. Surtout en Palestine qui pleure quotidiennement ses morts, et en Irak, pour une population qui vit dans l’angoisse des bombes qui pourraient à nouveau pleuvoir sur des milliers d’innocents, impuissants face à la volonté de Bush et Blair d’éliminer un seul homme: Saddam Hussein. Une religieuse de Bagdad témoigne. Même regard du côté de l’Afrique, et du Burundi notamment, où un religieux n’oublie pas que Washington, qui pleure logiquement ses morts, est responsable du massacre de milliers de personnes en fournissant un appui militaire, politique et économique à tel ou tel personnage. Pour les Chiliens enfin, et en particulier les familles de milliers de victimes de la répression de la dictature, le 11 septembre marque le coup d’Etat de Pinochet appuyé par les Etats-Unis et l’assassinat du président Allende.
«Le 11 septembre sera une autre journée vécue avec la peur d’un possible bombardement», commente une religieuse oeuvrant auprès du patriarche des Chaldéens de Bagdad, en Irak, au sujet du premier anniversaire de la tragédie qui a bouleversé les Etats Unis et une bonne partie de la planète.
Les deux tours effondrées ont coupé le souffle au monde entier, mais le Sud du monde commémore ces événements avec un grain de polémique. «Je priais pour la paix quand j’ai appris la nouvelle de l’attentat. Je priais ce jour là et je prie encore aujourd’hui. Je prie pour ces victimes et pour les pauvres gens de ce pays, qui vivent depuis des mois avec la peur d’une action militaire. Je prie également afin que les gens tirent des leçons de la douleur des autres» poursuit cette religieuse de Bagdad, qui a demandé à garder l’anonymat.
«Ici, rien n’a changé»
Le 11 septembre est une date historique. Il a été dit maintes fois au cours de ces derniers mois que ce qui s’est produit dans la ville symbole du monde occidental est un passage qui aurait changé le monde et son destin. «Ici, rien ne me semble changé», déclare à l’agence Misna le Père Ibrahim Faltas, le franciscain qui a passé des jours enfermé dans la Basilique de la Nativité de Bethléem avec près de 200 Palestiniens, soumis au siège de l’armée israélienne.
«J’ai plutôt même l’impression que la situation en Terre Sainte a empiré, déplore-t-il. Ce qui s’est passé l’an dernier devrait aider le monde à comprendre combien la paix est importante et combien la violence n’engendre que la violence. On ne peut agir de manière à faire monter la tension sur la planète, en élargissant les conflits, voire en en programmant de nouveaux. On n’obtient ainsi que de nouvelles peurs et de nouveaux désespoirs. Il faut espérer que l’homme apprendra quelque chose de ces événements mais à en juger par le nombre de peuples qui ont vu leurs souffrances augmenter après le 11 septembre, il me semble que le chemin est encore long» conclut Père Faltas.
«La politique scélérate de Washington cause de milliers de morts»
«Je souffre en pensant aux victimes de ce dramatique attentat et je suis solidaire du peuple des Etats-Unis», commente pour sa part le Père Sergio Marchetto, missionnaire xavérien qui vit à Bujumbura, capitale du Burundi. «Mais, je ne puis m’empêcher de dire que les dirigeants de ce pays, victime il y a un an d’une violence aussi barbare, sont depuis des années les responsables d’autres souffrances. Les politiques scélérates des gouvernants des Etats-Unis sont l’une des causes des problèmes qui touchent toute la région des Grands Lacs africains. En fournissant un appui militaire, politique et économique à tel ou tel personnage, en soutenant une minorité plutôt qu’une autre, les Etats Unis ont contribué à créer le climat dont sont prisonniers des centaines de milliers de civils innocents. Des gens qui ont à faire chaque jour à la violence, la terreur, la douleur et le drame que les Etats-Unis revivent aujourd’hui. Ce qui m’attriste le plus, c’est que je n’ai pas l’impression que les leaders du pays qui gouverne le monde se soient fait un examen de conscience», poursuit le missionnaire. «Je ne pense pas qu’ils se soient suffisamment interrogés sur les raisons qui ont poussé aux événements survenus il y a un an».
«Ici, on s’habitue à la violence et à la peur»
Le Père Tarcisio Pazzaglia oeuvre depuis 35 ans dans le nord de l’Ouganda. Il ne peut lui non plus s’empêcher de noter que des régions entières du monde doivent, depuis des années, vivre d’horribles drames. «Ici, des familles entières vivent depuis des années le drame de parents tués, enlevés, victimes de sévices ou disparus. Un drame auquel, malheureusement, l’homme réussit à s’habituer. Les habitants des districts Acholis du nord de l’Ouganda ne s’étonnent plus face à la violence, quelle qu’elle soit. Désormais, certaines angoisses font partie de leur vie quotidienne».
Ce funeste 11 septembre à Santiago
Le 11 septembre à une autre signification si l’on se rend au Chili. A cette même date, il y a 29 ans, le général Augusto Pinochet guidait le coup d’Etat qui entraîna la mort du président Allende et l’instauration de l’une des dictatures les plus sanglantes de tout le continent sud-américain. «Au Chili, le 11 septembre est une journée très particulière», explique encore à l’agence Misna le Père Luigi Tortella, un stigmatin qui vit depuis 1980 à El Belloto (El Paraiso, à environ 150 kilomètres de Santiago). «Pendant des années, les gens on été obligés de fêter la date à laquelle les militaires ont pris le pouvoir. Puis, les dirigeants des forces armées ont pensé qu’il valait mieux que la population oublie ce jour là et ont cherché à le cacher, comme s’il n’avait jamais existé. Mais les événements du 11 septembre dernier ont fourni un nouveau prétexte. Sauf que l’on ne commémore plus la mémoire des disparus, mais celle des victimes des Tours Jumelles. Ici pourtant, les gens ont la mémoire longue et éprouvent encore toute la douleur de l’»après» 11 septembre 1973. Des milliers de familles chiliennes souffrent encore et les Etats Unis ont eu une part de responsabilité dans ce passé difficile».
Aujourd’hui, alors qu’une partie du monde célébrera les morts du 11 septembre de New York, une autre partie devra tenter, bon gré mal gré, de survivre une journée de plus. Dans l’anonymat et loin des couvertures médiatiques. Vous avez dit 11 septembre? (apic/misna/pierre rottet)



