Egypte: Réunion de crise au lendemain des violences confessionnelles

12 morts dans des affrontements entre chrétiens et musulmans

Le Caire, 8 mai 2011 (Apic) Le Premier ministre égyptien Essam Charaf a convoqué une réunion de crise du cabinet au lendemain des violents affrontements entre musulmans et chrétiens qui ont fait douze morts samedi soir 7 mai au Caire, indique l’agence de presse AFP.

De violents affrontements ont opposé samedi soir musulmans et chrétiens à Imbaba, un quartier populaire du Caire. Selon un bilan de la télévision d’Etat, douze personnes ont été tuées et 186 autres blessées. Les principaux affrontements se sont produits autour d’une église du quartier, attaquée par des musulmans estimant qu’une chrétienne voulant se convertir à l’islam y était enfermée. Selon des journalistes présents sur place, des musulmans auraient lancé des cocktails molotov sur des chrétiens. Un manifestant musulman, cité par l’AFP, affirme que ce sont les chrétiens «qui ont commencé à tirer sur nous». Une autre église a été incendiée dans ce quartier, où de nombreux soldats et de policiers anti-émeutes ont été déployés après les violences.

L’armée égyptienne a annoncé dimanche que 190 personnes arrêtées après les affrontements seraient déférées devant des tribunaux militaires. L’armée, qui assure la direction du pays depuis que la révolte populaire a chassé le président Hosni Moubarak le 11 février, a promis d’agir fermement contres les responsables des violences. Un général, s’exprimant dans la nuit à la télévision, avait assuré que l’armée ne permettrait pas «à quelque courant que ce soit d’imposer son hégémonie en Egypte.»

Depuis des mois, l’Egypte connaît une montée des tensions entre communautés, alimentée par des polémiques autour de femmes coptes désireuses de se convertir à l’islam mais qui seraient retenues cloîtrées par l’Eglise.

Plusieurs manifestations à l’appel de salafistes ont eu lieu ces dernières semaines pour réclamer «la libération» de Camilia Chehata et Wafa Constantine, deux épouses de prêtres selon eux séquestrées par l’Eglise. Les deux femmes auraient chacune quitté leur mari après une dispute conjugale, il y a sept ans pour Mme Constantine, l’an dernier pour Mme Chehata. Toutes deux ont été raccompagnées chez elles par la police, après que les Coptes eurent assuré qu’elles avaient été enlevées par des musulmans. L’Eglise copte a démenti l’éventuelle conversion des deux femmes.

Ne pas jouer avec la sécurité du pays

Le grand mufti Ali Gomaa, une des plus hautes autorités musulmanes d’Egypte, a appelé à «ne pas jouer avec la sécurité du pays» et assuré que les troubles «ne pouvaient pas émaner de gens vraiment religieux, qu’ils soient musulmans ou chrétiens».

Les Coptes, ou chrétiens d’Egypte, représentent entre 6 et 10% des quelque 80 millions d’Egyptiens. Présents dans le pays depuis les premiers temps du christianisme, avant l’ère islamique, ils s’estiment discriminés et de plus en plus marginalisés dans une société en grande majorité musulmane sunnite. Ils ont été visés par plusieurs attentats, en particulier celui de la nuit de la Saint-Sylvestre contre une église copte à Alexandrie qui a fait 21 morts. (apic/mp)

8 mai 2011 | 15:23
par webmaster@kath.ch
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