15e rencontre mondiale des «Femmes en Noir»

Colombie: Les femmes invitent à lutter contre la guerre et la violence machiste

Bogota, 17 août 2011 (Apic) En 50 ans de conflit armé, la Colombie a vu naître de nombreux mouvements sociaux, y compris ceux des femmes, qui préconisent une solution politique négociée. Du 15 au 20 août à Bogota, la «Route pacifique des femmes» (Ruta Pacifica de las Mujeres) organise la 15e rencontre mondiale des «Femmes en Noir», réseau mondial d’organisations qui s’opposent à la guerre. C’est la première fois que ce réseau tient son assemblée en Amérique latine. «Un événement historique», estime l’avocate colombienne Marina Gallego Zapata, coordinatrice nationale de la «Route pacifique» et cheville ouvrière de cette rencontre. Interview.

Apic: Quelle est l’origine des «Femmes en noir»?

Marina Gallego Zapata (MGZ): Le réseau des «Femmes en noir» est né en 1988, lorsque les femmes israéliennes protestaient contre leur gouvernement, en s’opposant à la politique d’occupation des territoires palestiniens. Par la suite, les femmes de l’ex-Yougoslavie ont rejoint le mouvement, ainsi que les Italiennes et les Espagnoles. Plusieurs organisations dans le monde se sont ainsi identifiées à ces idéaux, à ces positions que partagent aujourd’hui toutes les organisations féminines qui appartiennent à ce réseau.

Apic: Comment la «Route» s’est-elle intégrée à ce réseau international?

MGZ: En 2011, la «Route» a reçu le prix «Millenium de la paix pour les femmes», conjointement avec les «Femmes en Noir» et avec trois femmes à titre individuel. Cette récompense a permis une reconnaissance mutuelle de nos positions par rapport au féminisme, à l’antimilitarisme, au pacifisme, et a entraîné l’adhésion de la «Route» au réseau international des «Femmes en Noir contre la guerre».

Apic: Pourquoi la rencontre va-t-elle se tenir à Bogota?

MGZ: Régulièrement, les «Femmes en Noir» se réunissent pour partager leurs opinions, discuter des nouvelles formes de violence contre les femmes, pour se solidariser les unes avec les autres et s’exprimer contre les guerres. A cette occasion, nous avons décidé de nous rencontrer en Colombie, c’est-à-dire pour la première fois en Amérique du Sud. Cela nous remplit de joie, non seulement parce que nous accueillons cette rencontre, mais parce que celle-ci se tient à un moment de grande tension politique et sociale dans mon pays. Et cette présence nous permettra de rendre visible et de dénoncer devant l’opinion publique nationale et internationale les différentes formes de violences contre les femmes. Des violence qui sont engendrées par la guerre et la militarisation de la société. Nous allons en plus élaborer des agendas de travail pour le mouvement international des femmes, pour l’avènement de la paix et le respect des droits des femmes au niveau mondial. Voilà l’objectif de la rencontre et je suis sûre que nous allons y parvenir.

Apic: Qui y participera?

MGZ: Des déléguées du monde entier, ainsi que plusieurs dizaines de représentantes de la «Route» et d’autres organisations colombiennes. Nous attendons aussi des représentants d’organismes internationaux qui soutiennent cette initiative, comme SUIPCCOL et E-CHANGER (Suisse), Cooperaccio et Intermon-Oxfam (Espagne), la GIZ (Allemagne), l’ONU femmes, le Global Found for women, le ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas, la Consejeria en proyectos (PCS) et Diakonia.

Apic: Quelle répercussion peut avoir une telle rencontre sur la «Route»?

MGZ: Une rénovation de ses engagements et une reconnaissance mutuelle avec les «Femmes en Noir» des autres pays. Cela permettra de développer une solidarité entre femmes, mais aussi d’échanger avec des autres femmes venant de pays souffrant directement ou indirectement des atrocités de la guerre. Nous pourrons faire front ensemble contre la guerre. Cette rencontre est très importante, parce que nous allons pouvoir insister sur l’urgente nécessité d’une solution politique négociée au conflit armé en Colombie. La reconnaissance nationale et internationale dont nous bénéficions offre une certaine sécurité, tant pour la rencontre de Bogota que pour la «Route». Cela est particulièrement appréciable à un moment où notre organisation a reçu des menaces.

Apic: La «Marche mondiale des femmes» sera-t-elle représentée? Quelle est aujourd’hui la relation entre cette organisation et la «Route»?

MGZ: La «Route» ne fait pas partie de la «Marche», mais nous connaissons son travail visant à éliminer les causes de la pauvreté des femmes et des violences exercées contre elles. Nous sommes toutes des lutteuses, des femmes qui veulent un monde meilleur. Pour nous, il serait donc intéressant de pouvoir partager nos opinions avec la «Marche», sur ce point ou sur d’autres.

ENCADRE

Marina Gallegos et la «Route»

Avocate diplômée de l’Université d’Antioquia, Marina Gallego termine actuellement une maîtrise intitulée «Défense des droits humains et droit international humanitaire devant les organismes, cours et tribunaux internationaux». Elle se définit comme «féministe active et travailleuse inlassable, dans la promotion et la défense des droits humains des femmes et du droit international humanitaire».

Dans un pays qui connaît un conflit armé depuis 50 ans, elle se dit convaincue que la seule manière d’obtenir la paix passe par la négociation politique. «Ni la guerre, ni les armes ne sont une option. Nous travaillons et nous plaidons pour cette négociation», souligne-t-elle.

5’000 participantes à la première grande mobilisation

En 1996, avec d’autres femmes représentant diverses organisations, Marina Gallego a fondé le mouvement «Ruta Pacifica de las Mujeres». «Notre rite d’initiation s’est déroulé à Mutatá, Urabá-Antioqueno, où s’est terminée la première grande mobilisation de la ’Ruta’. Plus de 5’000 femmes y ont participé. Depuis ses débuts, la ’Ruta’ s’est distinguée des mouvements traditionnels féministes. Les femmes qui y prennent part le font de manière autonome et consciente. Elles ont une position claire sur le féminisme et le pacifisme», rappelle Marina Gallego.

Et de conclure: «Nous œuvrons pour que les femmes ne soient pas seulement vues, ni ne s’expriment seulement comme survivantes de la guerre. Elles sont aussi des actrices sociales et politiques du processus de négociations et de construction de la paix».

D’où les marches, les rencontres, les mobilisations et les piquets pour montrer à la société colombienne et à la communauté internationale que de nouvelles formes de résistances et de langages de paix existent. (apic/sf/nd)

17 août 2011 | 17:44
par webmaster@kath.ch
Partagez!