Suisse: Marie-Laure Krafft Golay quitte la paroisse réformée francophone de Bienne

16 années au service de l’Evangile

Bienne, 22 août 2014 (Apic) «Ils m’ont acceptée telle que je suis. Je me suis sentie libre d’être femme avant d’être pasteure.» A quelques encablures du terme d’un ministère de 16 ans au sein de la paroisse réformée française de Bienne, le chapitre final interviendra le 31 août avant son départ pour la paroisse de Nods, Marie-Laure Krafft Golay, 46 ans, respire la sérénité. Retour sur le riche parcours d’une personnalité bien connue dans la région.

Cette Biennoise d’adoption née à Lausanne – elle a débarqué «par accident» en 1994 dans la capitale seelandaise avec la ferme idée de n’y rester qu’une année après avoir été engagée par la Société biblique suisse – égrène les souvenirs d’une communauté ouverte, vivante, joyeuse, truffée de personnalités passionnantes.

Nager à contre-courant

A ses yeux, toutefois, revêtir la robe pastorale, c’est nager à contre-courant. «Je suis effarée des clichés sur l’Eglise, les chrétiens, la foi, des réactions agressives que suscite parfois la religion. L’institution s’est souvent fourvoyée, certes, mais dans mon rôle de pasteure, je porte d’abord le message de l’Evangile, vie, amour, espérance, respect, qui dépasse le cadre de l’institution.» Contre les sceptiques de tout poil, Marie-Laure Krafft Golay insiste sur l’immensité des réseaux sociaux de solidarité tissés par les Eglises, une réalité que la population ignore la plupart du temps. «Elles œuvrent dans les homes, les prisons, les hôpitaux, les foyers pour personnes handicapées, elles financent la cuisine populaire ou le travail de rue à Bienne. Tout cela est méconnu, peut-être aussi parce que les Eglises peinent à se vendre.»

Les moments les plus forts, elle les a savourés, entre autres, lors des camps annuels de catéchisme à Berlin avec les jeunes, dont elle était coresponsable dès 1999. «Quel immense cadeau, quelle richesse que ce travail avec les adolescents!». Très active dans l’accompagnement des familles et des enfants en deuil, la pasteure évoque sans fard l’autre versant, rude, bouleversant, de son ministère: «J’ai traversé des périodes où je me suis usée sur le plan psychologique. Je compare volontiers l’être humain à un puits rempli d’eau. Le problème, c’est quand on l’assèche pour finir par gratter le sable. Or, à maintes reprises, j’en suis arrivée à cette extrémité.»

Un bilan plutôt positif

De son immersion dans le bain multiculturel et pluriconfessionnel de Bienne, Marie-Laure Krafft Golay dresse un bilan plutôt positif. «Il y a un bel œcuménisme dans cette ville, notamment entre catholiques et réformés et entre Eglise réformée et Eglise évangélique des Ecluses, mais il y a fort à faire pour extirper l’idée que les musulmans sont des islamistes.» Dans la foulée, la pasteure avoue une grande admiration pour François, qu’elle considère comme une bénédiction pour l’Eglise catholique et, par ricochet, pour les réformés. «Ce qu’a déclaré le pape à ce jour va tellement dans le sens de l’Evangile auquel je crois – notamment son «qui suis-je pour juger les homosexuels?» – que j’en ai eu les larmes aux yeux.».

Dans le parcours de la Biennoise émerge la passion pour le chant, elle donne d’ailleurs des récitals et des concerts dans la cité seelandaise. Marie-Laure Krafft Golay a suivi, entre 2000 et 2013, une formation auprès de deux professeurs parisiens de renom dans le cadre de cours privés master class : «Ces derniers m’ont infiniment apporté dans mon ministère. Si mon stage a fait de moi une pasteure, les cours de chant m’ont fourni des outils vocaux de présence devant les autres, ils m’ont appris à transmettre un message pour ce qu’il est, sans verser dans la pédanterie.» Et de poursuivre: «Le duo français enseigne en fait une méthode de travail sur soi qui passe par la voix et qui permet d’être authentique, de faire en sorte que le langage soit en adéquation avec la personne tout entière.» Quand on écoute Marie-Laure Krafft Golay, avec ce fascinant maillage de naturel et de spontanéité dans la voix, cette simplicité dans le langage, ce sens de l’écoute, on ne peut que se rendre à l’évidence. (apic/eda/pp)

22 août 2014 | 16:09
par webmaster@kath.ch
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