Congo : Un défenseur des droits humains enlevé et soumis à des mauvais traitements
36 organisations humanitaires demandent au gouvernement d’enquêter et de réagir
Goma, 9 septembre 2010(Apic) Suite à l’enlèvement d’un défenseur des droits de l’homme et aux mauvais traitements auxquels il a été soumis dans la province du Nord-Kivu à la fin du mois d’août, 36 organisations de défense des droits de l’homme demandent aux autorités congolaises de «condamner publiquement cet acte et d’identifier les responsables en vue de les traduire en justice.»
Sylvestre Bwira Kyahi, président de la société civile dans le territoire de Masisi, a été enlevé le 24 août par des hommes armés vêtus d’uniformes des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) roulant à bord d’une Jeep privée dans le quartier Ndosho de la ville de Goma, dans la province du Nord-Kivu, selon les informations recueillies par les 36 ONG. Il a été retrouvé le mardi 30 août près de Sake, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Goma. Présenté au lendemain de sa réapparition par les autorités provinciales de Goma à la presse et à ses collègues, Bwira était visiblement faible, le visage tuméfié, les bras portant des traces de cordes avec lesquelles il a dit avoir été ligoté pendant sa détention.
Critique à l’égard du gouvernement
«Le climat d’impunité en République démocratique du Congo ne fait que favoriser la commission de nouveaux crimes », a déclaré Ilaria Allegrozzi de Protection International. « L’enlèvement de Sylvestre Bwira et les mauvais traitements qui lui ont été infligés ne représentent que la tentative la plus récente visant à intimider des défenseurs congolais des droits humains.»
Au cours des derniers mois, Bwira avait fait l’objet d’actes d’intimidation et de menaces liés à son activité de défenseur des droits humains. Depuis fin juillet, il vivait dans la clandestinité, suite à la rédaction et à la signature d’une lettre ouverte adressée au Président congolais Joseph Kabila, le 30 juillet, sollicitant le retrait du territoire de Masisi de toutes les unités de l’armée et de la police constituées d’anciens membres de groupes armés récemment intégrés dans l’armée et la police congolaises.
Le général Bosco Ntaganda également dans le collimateur des ONG
Cette lettre ouverte avait également dénoncé les exactions commises récemment par les troupes du Général Bosco Ntaganda, qui est visé par un mandat d’arrêt international émis par la Cour pénale internationale (CPI). Ntaganda, un ex-commandant du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un groupe rebelle, est actuellement un général dans l’armée congolaise.
Les groupes de défense des droits humains soussignés ont exprimé leur inquiétude quant à la situation des défenseurs des droits humains au Congo qui ne cesse de se détériorer. Plusieurs meurtres de journalistes et de responsables d’associations de défense des droits humains – dont Bruno Koko Cirambiza, Didace Namujimbo, Serge Maheshe et Pascal Kabungulu Kibembi – restent impunis, essentiellement en raison du fait que les procureurs civils et militaires se sont abstenus à ce jour d’ordonner l’ouverture d’enquêtes vigoureuses et impartiales, et du manque évident de volonté politique à ce sujet.
Signataires de la lettre
Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT) – France ; Amnesty International ; Avocats Sans Frontières; Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme ; Front Line – fondation internationale pour la protection des défenseurs des droits humains; Global Witness ; Human Rights Watch ; Fédération internationale de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la Torture (FIACAT); Protection International ; l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme et l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT), ainsi que différentes ONG congolaises. (apic/com/js)



