Devant le clergé de Rome, Benoît XVI confie ses souvenirs du Concile Vatican II
45 minutes de discours sans notes
Rome, 14 février 2013 (Apic) Rencontrant au Vatican quelque 2000 curés et membres du clergé du diocèse de Rome, le 14 février 2013, Benoît XVI a improvisé un long et brillant discours sur ses impressions personnelles du Concile Vatican de 1962 à 1965.
Pêle-mêle, sans notes, pendant 45 minutes, le pape a opposé le concile réel au concile des médias, fait de luttes politiques, le premier l’emportant sur le second avec le temps. Parfois avec humour, souvent avec gravité, il a aussi évoqué l’enthousiasme des débuts, la responsabilité des chrétiens dans la Shoah, ou encore la grande attente des épiscopats français, belges ou allemands.
Voici quelques extraits de ce discours saisis par I Media :
Caché mais proche : «Je vous suis très reconnaissant pour votre prière que j’ai sentie presque physiquement. Même si je me retire maintenant en prière, je suis toujours près de vous tous et je suis sûr que vous serez aussi près de moi, même si je reste caché aux yeux du monde».
Réel/Virtuel : «Nous savons à quel point ce concile des médias a été accessible à tous (…) et a créé de nombreux problèmes : (…) des séminaires et des couvents fermés, une liturgie banalisée, et le vrai concile a eu du mal à se concrétiser, à se réaliser. Le concile virtuel était plus fort que le concile réel. (…) 50 ans après le concile, il me semble que nous voyons que ce concile virtuel se perd et que le vrai concile apparaît avec toute sa force spirituelle».
Médias : «Le concile qui est parvenu directement au peuple est le concile des médias et non celui des pères». (…) Naturellement, le concile des journalistes ne s’est pas réalisé par la foi mais par les catégories des médias d’aujourd’hui, (…) selon une herméneutique politique : le concile était une lutte de pouvoir entre différents courants dans l’Eglise».
Juifs : «Dès le début, nos amis juifs étaient présents et ils ont dit, surtout à nous autres Allemands, mais pas seulement, que l’Eglise devait dire quelque chose sur l’Ancien Testament, sur le peuple juif, après les événements tristes du nazisme. Ils ont dit que même s’il est clair que l’Eglise n’est pas responsable de la Shoah, c’était en grande partie des chrétiens qui avaient perpétré ces crimes. (…) Il faut renouveler la conscience chrétienne, même si on sait bien que les vrais croyants étaient toujours résistants» contre le nazisme.
Les débuts : «Nous sommes allés au concile avec joie et avec enthousiasme. Il y avait une attente incroyable, on espérait que tout serait renouvelé (…). A l’époque, l’Eglise était encore assez robuste, il y avait une bonne affluence à la messe, des vocations au sacerdoce et à la vie religieuse avaient un peu baissé mais était suffisantes. Cependant, on sentait que l’Eglise n’avançait plus et diminuait, qu’elle semblait être du passé».
Collégialité : «Aux côtés de la succession de Pierre (il fallait aussi) mieux définir la fonction des évêques, du corps épiscopal. Pour ce faire, on a trouvé le mot collégialité, très discuté, qui a fait l’objet de discussions acharnées, je dirais un peu exagérées. Mais ce terme servait à exprimer que les évêques, ensemble, sont la continuation des douze apôtres».
Protestants : «Le problème de la Révélation était encore plus conflictuel. (…) Nous sentions une situation négative à l’égard des protestants qui faisaient des grandes découvertes alors que les catholiques se sentaient un peu handicapés de se soumettre au Magistère».
France : «Les épiscopats français, allemand, belge et hollandais étaient les plus préparés, avec des intentions bien précises. Dans la première phase du concile, c’était eux qui indiquaient la route à suivre».
Etchegaray : «Je me souviens bien de la figure élancée de Mgr Etchegaray, qui était secrétaire de la Conférence épiscopale française». (apic/imedia/cp/mp)



