Importance de l’autocritique religieuse
8e rencontre du Comité mixte de dialogue entre le Saint-Siège et les musulmans du Caire
Rome, 25 février 2004 (Apic) La 8e rencontre du Comité mixte de dialogue entre le Saint-Siège et les musulmans de l’université d’Al Azhar du Caire, en Egypte, s’est tenue à Rome le 24 février 2004. Les discussions ont porté sur l’importance de lutter contre les stéréotypes religieux et la généralisation des principes religieux par les pouvoirs politiques, ainsi que sur la nécessité du regard autocritique de chacune des religions.
«L’autocritique est importante car elle efface les stéréotypes qui existent entre les catholiques et les musulmans», a affirmé Youssef El Hage, un maronite libanais, se faisant porte-parole des discussions à huis clos du matin. Il s’adressait dans l’après-midi du 24 février à un auditoire disparate de diplomates, journalistes et étudiants de la religion islamique rassemblés au PISAI, l’Institut pontifical des études arabes et islamiques à Rome.
«Le manque d’autocritique est un obstacle réel à la construction de relations durables», a poursuivi le Libanais, précisant ainsi que «l’autocritique est un signe de maturité». Il a longuement insisté sur la Journée de demande de pardon, faite par le pape et l¹Eglise catholique le 12 mars 2000 à l¹occasion du Jubilé, qualifiée de «fait sans précédent».
«Que les chefs religieux et les hommes politiques restent chacun dans leur domaine et soient indépendants», a de son côté demandé Mgr Michael Fitzgerald, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, en présence de son homologue musulman, le cheikh Fauzi Al Zafzaf, président du comité de Al Azhar. «Les religions ont quelque chose à apporter au pouvoir politique, mais doivent en être indépendantes», a-t-il ajouté.
Lors de cette rencontre, il a par ailleurs été rappelé qu’il était fondamental de ne pas juger les personnes selon leur appartenance ethnique ou religieuse, mais par leurs actes, leurs attitudes et leur comportement. «Il faut distinguer les fondements des religions et la pratique de ses membres qui sont des personnes avec des défauts», a ainsi résumé le cheikh Al Zafzaf.
A date fixe
Un communiqué final des discussions a huit clos devrait être publié dans les prochains jours.
Chaque année depuis 1998, une session de dialogue entre le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et le Comité permanent de dialogue avec les religions monothéistes – structure de l’Université islamique Al Azhar du Caire spécialement créée pour ce dialogue avec le Saint-Siège – a lieu en alternance au Caire et à Rome, la date du 24 février ayant été dorénavant choisie par les deux parties en commémoration de la visite de Jean Paul II au grand cheikh Mohamed Sayed Tantawi le 24 février 2000.
Ces conversations bilatérales annuelles font suite à l’accord du 28 mai 1998 qui engage les deux parties à «promouvoir la compréhension et le respect mutuel entre catholiques et musulmans grâce à un échange d¹informations».
La première rencontre, assez technique, du Comité mixte de dialogue de mai 1998 portait sur la méthodologie de travail. La seconde, tenue au Caire le 13 avril 1999, avait pour objet, outre l’application de l’accord et la planification des travaux, l’organisation d’un colloque à l’Université islamique du Caire pour mai 2000, sur le thème du «rôle de l¹enseignement religieux dans la promotion des valeurs spirituelles d’une culture». A cette occasion, les deux parties avaient fortement condamné les atrocités de la région des Balkans et en particulier au Kosovo.
Dialogue étendu
La troisième rencontre du Comité, en mars 2000, quelques jours après le voyage du pape au Caire, avait trois objectifs: l’évaluation de la rencontre entre le chef de l’Eglise catholique et le grand cheikh, l’importance de l’assemblée interreligieuse d’octobre 1999, et une réflexion sur la journée du pardon du 12 mars 2000 demandée par Jean Paul II pour le Jubilé de l’An 2000. Ce dernier thème avait également été repris en juillet 2000 au Caire, dans les nouveaux locaux du Comité musulman.
L’objet de la quatrième rencontre du 24 février 2001 au Caire, fut l’analyse de la situation palestinienne. Le Comité mixte avait publié une déclaration commune sur le conflit au Proche-Orient. L’année suivante à Rome, les discussions ont porté sur l’extrémisme religieux. Enfin, en 2003, le Comité s’était exprimé sur le terrorisme et la responsabilité des religions dans la promotion de la paix.
L’institution Al Azhar – datant des années 970 – reconnue et fréquentée par le monde islamique, est un lieu de formation pour les imams sunnites du monde entier, et un centre renommé des sciences religieuses islamiques.
Outre ces conversations bilatérales avec les musulmans d’Al Azhar, le Saint-Siège entretient également des liens interreligieux avec les musulmans d’Iran par le biais de colloques organisés par les deux parties. Le quatrième et dernier colloque a eu lieu en décembre 2003 au Vatican, le précédent ayant eu lieu à Téhéran en septembre 2001.
Le Saint-Siège, qui entend renforcer le dialogue avec d’autres pays musulmans, a également instauré un canal de discussion avec la Turquie, par une «déclaration d’intention » signée le 25 avril 2002 entre le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et la présidence des affaires religieuses turques. (apic/imedia/pr)



