Rome: Le Conseil indigéniste Missionnaire dénonce au pape la situation des indiens du Brésil

90 tribus isolées sont menacées par des grands travaux

Salvador de bahia, 8 avril 2014 (Apic) Le pape François a discuté, le 4 avril dernier, avec Mgr Erwin Kräutler, évêque d’Altamira, au Brésil, et président du Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI) des nombreuses violations des droits des peuples indigènes dans le pays. Lors de cette audience, les situations des Guarani et Kaiowà, dans l’Etat du Mato Grosso du Sud, ont en particulier été évoquées. 45’000 indiens y sont réduits à vivre sur d’étroites réserves, dans des conditions extrêmement difficiles et sous la menace de grands propriétaires qui refusent de reconnaître leurs droits à la terre.

Les débats ont également abordé la situation du peuple Tupinambà de Olivença, qui vit dans l’Etat de Bahia, au nord-est du pays, et, qui, aujourd’hui, abrite sur une partie de ces terres une base militaire. Outre la réduction de son territoire, ce peuple est soumis aux pressions des grandes entreprises de construction civile qui lorgnent sur ces terres pour le développement de sites touristiques de luxe.

Les menaces de l’Armée et du pétrole

Autre région pointée du doigt par Mgr Kräutler, l’Etat de l’Amazonas, au nord-ouest du Brésil, près de la frontière péruvienne. Les indigènes de la région Vale do Javari souffrent depuis des décennies d’hépatite sans bénéficier d’aucune assistance médicale. Pire, le président du CIMI a alerté le Saint-Père sur l’intention du gouvernement d’exploiter les ressources pétrolières locales, à l’image de ce que fait le gouvernement du Pérou, de l’autre côté de la frontière. Avec des conséquences terribles pour les populations indigènes entretenant ou pas des contacts avec les cultures extérieures.

Plus de 200 peuples indigènes menacés

A propos des conséquences des grands travaux sur les peuples indigènes, l’évêque d’Altamira a rappelé que, selon une étude menée par le CIMI, 519 entreprises étaient présentes sur le territoire brésilien et que leurs activités avaient aujourd’hui des conséquences négatives pour l’environnement sur 437 territoires appartenant à 204 peuples indigènes. L’exemple le plus symbolique étant évidement le barrage du Belo Monte, dans l’Etat du Para, dont la construction se poursuit en dépit du non respect de plusieurs lois nationales et de traités internationaux.

Plus de 90 tribus ont choisi l’isolement volontaire

Parmi les peuples affectés par tous ces projets, figurent notamment des tribus qui ont fait le choix de l’isolement volontaire. «Bon nombre d’entre elles courent le risque majeur de disparaître, a rappelé Mgr Kräutler au Pontife. Tout cela à cause de projets hydroélectriques, d’exploitation minière et de déforestation causée par l’élevage extensif ou la culture du soja.» le président du CIMI a d’ailleurs estimé qu’au sein de l’Amazonie brésilienne, vivraient près de 90 groupes d’indiens en situation s’isolement volontaires, libres. Un record au niveau mondial.

La Constitution du Brésil ignorée

Mgr Kraütler et Paulo Suess, un théologien qui est l’un des responsables du CIMI, ont par ailleurs indiqué au Saint-Père que le gouvernement de Dilma Rousseff, la présidente du Brésil, a gelé le processus de démarcation des terres indigènes, alors même qu’il est inscrit dans la Constitution de 1988. Cela a créé un climat propice à la violence et au non respect des droits des peuples traditionnels. Un plaidoyer pour lequel, selon Mgr Kraütler, le Saint-Père a montré beaucoup d’attention, de préoccupation et de sensibilité. (apic/jcg/rz)

8 avril 2014 | 18:06
par webmaster@kath.ch
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