Jean Paul II célèbre la messe pour la communauté catholique d’Azerbaïdjan
96ème voyage de Jean-Paul II hors d’Italie
Présence de nombreux musulmans
De notre envoyé spécial, Antoine Soubrier
Bakou, 23 mai 2002 (APIC) Près de 1500 personnes, parmi lesquels les 120 catholiques d’Azerbaïdjan, ont participé jeudi 23 mai à la messe célébrée par Jean Paul II au deuxième jour de son voyage, dans le palais des sports de Bakou. De nombreux musulmans, mais aussi des protestants et des orthodoxes étaient présents à la cérémonie. Avant de quitter l’Azerbaïdjan pour la Bulgarie, le pape s’est par ailleurs rendu dans l’unique paroisse du pays, située dans un quartier pauvre de la capitale.
Comme la veille, la venue du pape au coeur de la capitale de l’ancienne république soviétique, située au bord de la mer Caspienne, n’a pas suscité de grands mouvements de foules. Toutefois, outre les membres de la communauté catholique, venus au complet et auxquels se sont ajoutés des catholiques des pays voisins dont la Géorgie -, près de 500 musulmans et autant de chrétiens orthodoxes ou protestants sont venus assister à la messe pontificale dans le palais des sports transformé pour l’occasion en lieu de culte. Quelques curieux ont pu suivre la cérémonie de l’extérieur, sur un écran installé à la dernière minute.
Des tapis pendus aux murs décoraient sobrement l’intérieur de l’édifice. D’autres avaient été superposés sur le podium où était installé l’autel, donnant une couleur orientale à la scène. Le manque de moyens de la communauté catholique locale a conduit les responsables de l’organisation à réduire la rencontre au strict minimum. Quelques fleurs seulement ornaient l’ensemble.
Les catholiques étaient assis aux dix premiers rangs, devant l’autel, alors que les autres s’étaient dispersés derrière eux, ou encore dans les gradins, de part et d’autre du podium. Au cours de la messe, seuls les catholiques répondaient aux prières prononcées en russe.
Ambassadeurs enfants de messe
La procession d’entrée était composée d’une vingtaine de prêtres venus des pays voisins, par quatre évêques, ainsi que par les cardinaux Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican, et Crescenzio Sepe, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples de qui dépend directement la mission «sui iuris» d’Azerbaïdjan. Fait nouveau, les ambassadeurs et les consuls présents à Bakou ont servi la messe.
A l’arrivée du pape, venu à pied sur les quelque cinquante mètres séparant la «sacristie» de l’autel, les applaudissements sont partis timidement, de devant l’autel, repris en quelques instants par tous les autres participants, musulmans pour la plupart. Ils semblaient participer ainsi à la joie des catholiques de se sentir encouragés par leur chef spirituel.
Pour Sabina et Gusenyuova, deux cousines azéries vivant à Bakou, «nous avons enfin l’impression qu’on s’occupe de nous». De pères musulmans et de mères catholiques, les deux jeunes filles qui participent régulièrement aux activités de l’unique paroisse de la capitale azerbaïdjanaise, ont choisi la confession catholique «après avoir vu le courage de notre grand-mère qui a vécu sous le régime soviétique».
Fraîchement maquillée et vêtue de ses habits de fête, Nayla, musulmane étudiante à l’université de Bakou, a pour sa part fait le déplacement jusqu’au palais des sports avec de nombreuses amies «pour demander que justice soit faite dans l’enclave de Nagorno-Karabakh», occupée depuis une dizaine d’années par l’Arménie. «Jean Paul II est pour moi et mes amies la personne juste qui pourra nous aider à retrouver la paix». C’est la première fois qu’elle participait à une messe.
Moment de panique vite dissipé
Même si tous les Azéris n’étaient pas au courant de la venue du pape dans leur pays, le père Joseph-Daniel Pravda, responsable de la mission «sui iuris» de l’Azerbaïdjan et unique curé de la seule paroisse de tout le territoire, a qualifié cet événement de «fête nationale». «Les Azéris ont ainsi la confirmation qu’ils ont du prix aux yeux non seulement de Dieu, mais aussi du monde», a-t-il déclaré à I’APIC. «Cet événement est vraiment exceptionnel et je suis sûr qu’il permettra à notre pays de trouver la voie juste pour son renouvellement moral».
«Le pape est avec vous !», a lancé quelques instants plus tard Jean Paul II, au cours de son homélie, confirmant ainsi la pensée du père Pravda. Soulignant que lui aussi, a subi les souffrances du régime communiste, le pape a en outre affirmé n’avoir jamais oublié le peuple azéri durant «ces années de désert de la persécution».
Un groupe de réfugiés du Nagorno-Karabakh, vivant dans divers camps de réfugiés de la capitale azérie, était présent dans le palais des sports. L’un d’entre eux, âgé d’environ 60 ans et amputé des deux jambes, s’est «jeté» vers le pape, au cours de la messe, désirant lui porter une lettre. Il a aussitôt été arrêté par des gardes du corps, créant un léger moment de panique aux premiers rangs. La sécurité du lieu avait été quelque peu relâchée, en raison de la faible quantité de personnes présentes. Jean Paul II a toutefois demandé à le voir, à l’issue de la cérémonie, avec tous les autres réfugiés. Il leur a remis un chèque de 100’000 dollars.
Malgré une voix plus claire que la veille, le pape n’a lu que le premier et le dernier paragraphes de son discours, laissant à un prêtre le soin de lire le reste du texte. Il est par ailleurs resté assis une bonne partie de la messe, se levant pour la consécration et la bénédiction.
Gestes du pape
Avant de quitter l’Azerbaïdjan pour la Bulgarie, Jean Paul II s’est en outre rendu dans l’unique paroisse de Bakou en voiture. Là, dans ce petit bâtiment de deux étages situé en plein coeur d’un quartier extrêmement pauvre de Bakou, il a reçu les représentants des principales communautés religieuses du pays juifs, orthodoxes et musulmans parmi lesquels l’évêque orthodoxe de Bakou, Aleksander Iscein. A cette occasion, le pape lui a remis un chèque de 20’000 dollars, qui pourrait servir, selon la rumeur locale, à payer une partie de la rançon réclamée par les rebelles tchétchènes pour la libération d’un prêtre orthodoxe récemment enlevé. Aleksander Iscein, membre du patriarcat de Moscou et chef des quelque 300’000 orthodoxes du pays, est connu pour être proche de la communauté catholique de Bakou. Cette rencontre avec le pape est considérée par le Vatican comme un pas «positif» dans le dialogue entre Rome et Moscou.
Jean Paul II a par ailleurs béni la première pierre qui servira à construire une nouvelle église pour l’Azerbaïdjan. Ce sera la seule du pays. Une basilique avait été construite en 1888, alors que le pays connaissait une grande expansion grâce à la découverte de son potentiel pétrolier qui fournissait à la fin du 19ème siècle, près de 50% de la production mondiale. Elle a été détruite dans les années 30, sur l’ordre de Staline.
Après un déjeuner en compagnie du Père Pravda et des deux autres prêtres salésiens de Bakou, Jean Paul II devait laisser l’Azerbaïdjan pour retourner en Europe, à Sofia. Un voyage aérien qui devait durer trois heures. (apic/imed/pr)



