Suisse

A.-Catherine Reymond: Les trois P de Sant'Egidio: prière, pauvre, paix

Le pape François, accompagné d’autres responsables religieux a participé le 20 octobre 2020 à la rencontre de prière pour la paix dans l’esprit d’Assise intitulée «Personne ne se sauve tout seul – Paix et Fraternité«. Il s’agit de la 34e édition de l’événement interreligieux mis en place par la Communauté de Sant’Egidio. Rencontre avec sa responsable pour la Suisse, la vaudoise Anne-Catherine Reymond.

Raphaël Rauch, kath.ch / Adaptation Maurice Page

Lorsqu’on évoque les initiatives pour le dialogue interreligieux, la paix ou l’accueil des réfugiés, le nom de la Communauté de Sant’Egidio apparaît très vite. Présent à Lausanne depuis 1990, le groupe a développé une activité multiple. Sa présidente Anne-Catherine Reymond évoque son charisme et ses engagements.

Comment êtes-vous arrivée à Sant’Egidio?
Anne-Catherine Reymond
: J’ai fait la connaissance de la Communauté de Sant’Egidio durant l’été 1986 lors d’un congrès sur la diaconie. Une amitié personnelle s’est ensuite développée avec quelques membres qui m’a amenée à vivre une année à Rome au siège de Sant’ Egidio. À mon retour en Suisse en 1989, j’ai fait le choix de poursuivre cet engagement spirituel et humain à Lausanne.

«La Parole de Dieu permet d’ouvrir son cœur à l’amour pour les pauvres»

La communauté Sant’Egidio résume son charisme avec les trois P pour Prière, Pauvre, Paix.
Ces éléments rythment la vie de notre communauté. La prière est le premier acte d’amour dont découlent les autres. La Parole de Dieu permet d’ouvrir son cœur à l’amour pour les pauvres. Elle nous rend persévérants dans la charité, plus à même d’accueillir les autres. Elle nous met en tension vers la communion universelle «tous vous êtes des frères»(Mt 23,8). La prière est personnelle et collective. Chaque samedi soir, les membres se retrouvent pour prier ensemble au Cénacle de la basilique Notre-Dame. Le dimanche, nous animons la célébration dominicale auprès de personnes âgées vivant en institution.

Le deuxième P est celui de pauvre…
À Lausanne depuis 30 ans, nous sommes présents auprès des personnes âgées isolées, nous rendons visite à des personnes issues de la migration frappées de non-entrée en matière et vivant dans des centres. Nous accompagnons des enfants roms dans le cadre du programme «droit à l’école, droit à un avenir», un cours de français est proposé hebdomadairement. Certains membres écrivent à des condamnés à mort aux USA, d’autres se rendent en Afrique pour soutenir des projets de Sant’Egidio, comme DREAM en Tanzanie. Des temps de fête, comme le repas de Noël, réunissent jeunes et âgés de tous les continents… Pendant la pandémie, un réseau de personnes sympathisantes ont écrit des cartes postales aux personnes âgées vivant en institution. 

Sant’Egidio s’active pour la paix dans le monde (Photo:Leonardo/Flickr/CC BY-NC-ND 2.0)

La paix est le troisième P. Comment la vivez-vous?
La paix est un bien précieux qu’il faut chérir tous les jours. Ce n’est pas seulement l’absence de la guerre, c’est un mode de vie et de communication non-violente. Le dialogue avec tous est fondamental. Il aide discrètement le monde à mieux vivre.
En Suisse, nous tissons des liens d’amitié avec de nombreuses personnes d’autres religions ou athées. Nous portons ensemble des préoccupations communes, comme le scandale des morts en mer des milliers migrants qui tentent de rejoindre l’Europe dans l’espoir d’un avenir meilleur. Au mois de juin, nous nous retrouvons avec nos amis musulmans, juifs et chrétiens pour faire mémoire et prier.

La Suisse est un pays riche où les pauvres sont souvent invisibles. Qui a besoin de votre aide?
Cette question m’était déjà posée il y a 30 ans. «En Suisse, nous n’aurions pas de pauvres et les personnes en difficulté trouvent de l’aide grâce à notre système social». Nous avons découvert avec la pandémie une toute autre image de la Suisse. Le Covid a rendu visible une réalité que nous connaissons bien à Sant’Egidio.

«La rencontre est l’antidote à nos peurs et à nos préjugés.»

Des non-catholiques, des non-chrétiens, des musulmans ou des athées peuvent-ils trouver une place à Sant’Egidio?
La prière de Sant’Egidio est oecuménique et regroupe catholiques et protestants. Des personnes sans confession ou d’autres religions s’engagent concrètement dans le service aux pauvres.

Sant’Egidio lutte contre les préjugés touchant les Roms (Photo d’illustration: Luciano/Flickr/CC BY 2.0)

Dans son encyclique Fratelli tutti, le pape François relève que «le commandement de la paix est profondément inscrit dans les traditions religieuses que nous représentons. […] Les chefs religieux sont appelés à être de véritables «personnes de dialogue», à œuvrer à la construction de la paix non comme des intermédiaires mais comme d’authentiques médiateurs».(no 284)
Je suis convaincue que le commandement de la paix est inscrit profondément dans toutes les religions et qu’en cela nous sommes responsables de faire croître notre connaissance réciproque par l’accueil et le dialogue confiant. C’est une mission en particulier pour nous les chrétiens qui avons reçu du Christ le commandement de l’amour du prochain.
Les couloirs humanitaires sont un très bel exemple d’hospitalité et de travail pour la paix. Promus par la communauté de Sant’Egidio ils ont déjà permis d’accueillir plus de 2’800 réfugiés (60 personnes du camp de Moria à Lesbos viennent d’arriver à Rome) en Italie, en France, à Andorre et en Belgique. Chacun de nous est appelé à être artisan de paix qui s’ouvre à l’autre et non pas  qui élève des murs. C’est notre rêve aussi pour la Suisse, c’est le remède à la culture de la peur, du repli sur soi et à l’individualisme. (cath.ch/kath.ch/rr/mp)

Anne-Catherine Reymond, fondatrice et présidente de la communauté Sant’Egidio à Lausanne | © Jacques Berset
20 octobre 2020 | 17:00
par redaction
Couloirs humanitaires (3), Paix (137), pauvres (62), Prière (122), Réfugiés (320), Sant'Egidio (39)
Partagez!