Lourdes, Paray-le-Monial, Einsiedeln ou Taizé sont connus de chacun. Il est d’autres lieux, en Suisse romande, où les chercheurs de sens peuvent vivre des jours de silence, de paix et de contemplation. Aujourd’hui, notre collaborateur Paul Jubin se rend au bord de la Sarine, auprès des cisterciens de l’Abbaye d’Hauterive, en amont de Fribourg.
A la découverte des lieux de prière et de ressourcement en Suisse romande (XV)
Paix et silence à l’Abbaye d’Hauterive
L’Abbaye cistercienne d’Hauterive, fondée au temps de Saint Benoît en 1138, a été placée dans un lieu encastré entre les falaises de la Sarine, au milieu des champs et des forêts. Ce monastère est un des derniers à tenir un train de campagne: 17 hectares et 40 têtes de bétail. Les moines apprécient ce cadre de vie, cette nature protégée, et les bovins, ces animaux si apaisants, car tout cela favorise la prière. Les cisterciens ont toujours cherché à harmoniser le travail et la contemplation, le corps et l’esprit. Autant dire à réaliser l’unité de la personne dans l’union avec Dieu. Leur prière pénètre le travail et le quotidien de la vie.
Prier dans le silence est une tradition cistercienne. Les moines souhaitent que leurs hôtes entrent aussi dans cette démarche. Les touristes et pique- niqueurs s’avèrent de plus en plus nombreux à proximité de l’Abbaye. Aussi les moines essaient-ils de sensibiliser les promeneurs par des panneaux, pour que leur vie soit respectée et pour que le silence profite à tout le monde. Certains jours, les touristes font autant de saleté que de bruit !
L’hôtellerie du couvent, présente depuis le 12e siècle, accueille constamment des visiteurs. Le monastère fournit les repas. Certes, des pointes sont enregistrées lors des grandes fêtes religieuses et des périodes de vacances. Le nombre des hôtes grandit régulièrement ces dernières années. Ils disposent de 30 chambres à 1 ou 2 lits et de deux petits dortoirs pour les jeunes. Ils viennent de toute la Suisse et même de l’étranger. Fait réjouissant en vue de l’unité des chrétiens: environ 40% des retraitants sont réformés. Le fait que le Père Abbé et deux autres moines soient tessinois attire aussi nombre de leurs concitoyens ! Tous les âges et toutes les classes sociales sont représentés. La plupart sont affamés de sens dans une société secrétant le mal-vivre. «Ce qu’ils cherchent dans notre monastère, intervient le Père Abbé, Mauro Lepori ? Un lieu de paix et de silence, un endroit sacré où ils peuvent chercher autre chose de plus grand, parfois une vie spirituelle mieux définie. Beaucoup découvrent finalement que l’Absolu a un visage, celui du Christ.»
Parmi les 21 cisterciens, dont 16 sont Suisses, quelques-uns sont chargés de l’accueil, de l’accompagnement des hôtes ou des groupes de jeunes. L’expérience leur a permis de développer un charisme particulier. En effet, les visiteurs attendent beaucoup des moines: à Hauterive, ils trouvent quelqu’un pour les recevoir. Comme dans la plupart des couvents de contemplatifs, des forces nouvelles assurent la relève. A Hauterive, le moine le plus jeune a 28 ans et un novice et deux profès se forment en vue de leur engagement définitif dans la communauté.
«Les jeunes d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, constituent toujours une grande promesse, souligne le Père Abbé. La société actuelle ne les ménage pas. Aussi ne suis-je pas surpris par leurs élans et leurs dérives. J’ai beaucoup de compassion pour eux. Ils semblent ne plus être initiés aux grandes valeurs de la vie et à leur respect. Ils courent vers l’Absolu, mais comme des brebis sans berger qui se sentent abandonnés et déroutés dans la quête du sens de la vie. Pas étonnant qu’ils s’intéressent à notre vie de communion fraternelle, de prière, de conversion et de joie.» Paul Jubin
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