A la recherche de l’unité de mesure de la liberté religieuse
Tessin: Colloque intitulé «Liberté religieuse et société multiculturelle» à Bellinzone
Bellinzone, 7 février 2011 (Apic) La communauté adventiste de Bellinzone a organisé un colloque sur le thème «Liberté religieuse et société muticulturelle», le 4 février 2011, en l’église évangélique réformée de Bellinzone. Les experts se sont interrogés sur quel modèle de laïcité garantit en Occident les droits, devoirs et libertés de peuples de traditions différentes, a-t-on lu dans le «Giornale del Popolo» du 5 février.
L’arrivée en Europe et en Suisse de populations de religions et de cultures différentes oblige à revoir nos modèles sociaux. Le cœur du problème est de comprendre comment décliner la liberté religieuse, en lien avec les différents modèles de laïcité présents en Europe et en Suisse. Car si, jusqu’à il y a une décennie, la religion a connu un déclin en Occident, les religions sont aujourd’hui au centre de la vie des peuples, aussi dans la société occidentale. Pour les conférenciers, les raisons en sont certainement la migration en Europe de peuples religieux, mais également une recherche de significations, alimentée par une raison technique incapable d’apporter des réponses sur le sens de la vie, a rapporté le quotidien tessinois.
Quelle religion pour la laïcité?
Le retour du religieux interroge la laïcité. Si la Suisse connaît 26 modèles différents de rapports entre l’Etat et l’Eglise (le nombre des cantons), on peut distinguer, au contraire, trois modèles et tendances en Europe.
D’abord, le modèle des pays à grande majorité catholique ou orthodoxe. Les religions traditionnelles sont reconnues et encouragées, car l’Etat y voit un ferment de cohésion sociale nécessaire au bien du pays. La tendance en Europe est alors celle d’une alliance entre pays fortement catholiques ou orthodoxes. Nous l’avons récemment constaté au sujet de la défense des crucifix en Italie.
Ensuite, il y a le modèle des pays où la religion de la majorité est faible. La laïcité est reine, avec ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. C’est le cas de la France, où l’Etat éduque et dit «non», par exemple, aux symboles religieux dans les écoles.
Enfin, le dernier modèle est celui de la politique multiculturelle, développée en Grande-Bretagne. Les droits de l’Homme sont mis en avant, en rapport avec les religions qui doivent les reconnaître et s’y soumettre. Parfois, les droits de l’Homme risquent de prendre le dessus sur les droits des religions individuelles.
En fait, la situation en Europe, et aussi en Suisse, oscille constamment entre ces trois modèles, a-t-on relevé lors du colloque. On recherche donc une sorte de terrain commun, où l’équilibre se ferait entre droits des religions, liberté religieuse, droits de l’Homme, majorité et minorité.
Personnes présentes
Des personnes de renom ont participé au colloque: le professeur Paolo Becchi (professeur de philosophie du droit à l’Université de Lucerne), le professeur Francesco Margiotta Broglio (professeur à la faculté de Sciences politiques de l’Université de Florence et président du Comité juridique de l’UNESCO), le professeur Silvio Ferrari (professeur de droit ecclésiastique à l’Université de Milan et à la Faculté de théologie de Lugano), le professeur Libero Gerosa (professeur de droit canonique à la Faculté de théologie de Lugano), le pasteur Paolo Tognina (théologien et journaliste), le professeur Vincenzo Pacillo (professeur associé de droit ecclésiastique à l’Université de Modène et à la Faculté de théologie de Lugano) et le Dr Gianfranco Rossi (représentant de l’International Religious Liberty Association (IRLA) auprès de l’ONU). Le Conseiller d’Etat Luigi Pedrazzini et le syndic de Bellinzone, Brenno Martignoni, étaient également présents. (apic/GdP/cv/ggc)



