Irak: La faillite de l'éducation dans le monde musulman, terreau de l'islamisme
Abdou Filali-Ansary plaide pour une prise en compte du contexte des écrits islamiques
Casablanca/Mossoul, 25 août 2014 (Apic) Abdou Filali-Ansary, écrivain et philosophe marocain, estime que la faillite du système éducatif dans le monde musulman a grandement contribué à la montée en puissance de l’islam radical, notamment en Irak. Interrogé par le quotidien français «La Croix», il plaide pour une lecture des textes islamiques qui tienne compte du contexte dans lequel ils ont été écrits et de l’apport des sciences humaines.
Le penseur musulman explique premièrement l’apparition de l’Etat islamique (EI) par l’effondrement de l’Etat en Irak, qui a ouvert la voie à «toutes sortes d’aventuriers». Mais pour l’ancien directeur de la Fondation du roi Abdul Aziz Al Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines à Casablanca, au Maroc, c’est la faillite de l’éducation, notamment religieuse, dans le monde musulman qui a servi de terreau à l’émergence de groupes jihadistes tels que l’EI. Le spécialiste des rapports entre démocratie et islam considère qu’une transmission fondamentaliste de l’héritage islamique, datant d’avant les Lumières et la modernité, est reproduite mécaniquement à travers les systèmes éducatifs. La plupart des jeunes apprennent ainsi à voir le monde en noir et blanc, à travers le prisme d’une vérité religieuse absolue.
«L’approche littéraliste n’est pas la plus fidèle»
Abdou Filali-Ansary rappelle que tous les grands textes anciens parlent le même langage de violence. Mais, pour le philosophe marocain, ce qui peut être changé c’est le rapport à ces textes. Il souligne que d’autres traditions religieuses y sont parvenues «comme l’Eglise catholique». Il relève la nécessité de relire ces écrits avec l’apport des sciences humaines, rappelant également que «ce n’est pas l’approche littéraliste qui leur est la plus fidèle mais celle qui tient compte du contexte».
Pour Abdou Filali-Ansary le mode de lecture fondamentaliste du Coran s’explique par le fait que, dans la majorité des pays du monde musulman, il existe un système «d’échange de bons procédés» entre pouvoir politique et pouvoir religieux. «Le pouvoir politique a tout intérêt à ce que ceux qui ont le magistère religieux perpétuent leur discours qui, de leur côté, lui renvoient l’ascenseur», souligne l’écrivain marocain.
Il assure finalement que tous les pays, y compris occidentaux, portent une responsabilité à l’égard des jeunes générations de musulmans. Les Etats ne doivent, selon lui, pas régler le problème sous le seul angle sécuritaire mais enseigner aux jeunes générations comment respecter leur tradition, leur foi, en même temps que celle des autres. (apic/cx/rz)
Pour lire l’article sur le site de «La Croix»:
http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/La-faillite-de-l-education-dans-le-monde-musulman-est-le-terreau-de-ce-pretendu-Etat-islamique-2014-08-22-1195180



