«Aborder nos conflits au moyen d’une justice compatissante»

Genève: Chrétiens et musulmans s’engagent mutuellement en faveur de la justice

Genève, 5 novembre 2010 (Apic) Deux tables rondes ont marqué la matinée du 2 novembre du colloque international «Transformer les communautés», portant sur les relations islamo-chrétiennes. Les débats, organisés à Genève au Conseil œcuménique des Eglises (COE), ont abordé les thèmes suivants: «Au-delà de la minorité et de la majorité» et «Du conflit à la justice compatissante».

Des musulmans et des chrétiens participaient, du 1er au 4 novembre, à un colloque dans le cadre d’une conférence internationale intitulée: «Transformer les communautés: chrétiens et musulmans construisent un avenir commun».

Une «dualité stérile»

Selon le ministre libanais de l’Information, Tarek Mitri, les discussions sur les minorités et majorités religieuses ont, dans le discours politique, pris l’aspect d’une «dualité stérile», rapporte le communiqué du COE. «Il est plus important de reconnaître que toutes ces personnes sont des citoyens partageant la responsabilité de la vie de la nation et une obligation mutuelle d’assurer la justice pour tous», estime-t-il. Ces propos font écho à l’appel, lancé par le secrétaire général du COE lors de la séance d’ouverture du colloque, en faveur d’une utilisation adéquate du mot «nous» dans nos sociétés.

Le professeur Mahmoud Ayoub, de la Hartford Seminary Foundation aux Etats-Unis et membre du Conseil mondial de l’Association mondiale de l’appel islamique, a appelé les fidèles des différentes religions à «aborder nos conflits au moyen d’une justice compatissante». Il a évoqué le «dilemme» des communautés musulmanes vivant en Occident. Comment élever des enfants en maintenant leur identité religieuse et culturelle traditionnelle, tout en les encourageant à «s’épanouir» dans leur pays d’accueil?

Dialoguer pour édifier des sociétés partagées

Trois intervenants ont participé à la deuxième table ronde sur le cheminement «du conflit à la justice compatissante». Aref Ali Nayed – directeur du Centre de recherche et médias Kalam à Dubaï – a recommandé l’usage du dialogue pour «maintenir l’honnêteté de son interlocuteur» dans la quête de la justice et de la paix. Grâce au dialogue, a-t-il ajouté, il est possible de «cultiver des écologies de paix et de pardon».

Pour Kjell Mange Bondevik – ancien premier ministre de Norvège, président du Centre d’Oslo pour la paix et les droits de la personne et président de la Commission du COE pour les affaires internationales –, «le dialogue n’est pas seulement un outil utile; c’est peut-être le seul outil permettant d’édifier de meilleures relations. C’est un outil permettant d’édifier des sociétés partagées».

Reconnaissant que «les réponses ne sont en fin de compte pas du ressort de l’humanité», pour Farid Esack – professeur d’études islamiques à l’Université de Johannesbourg en Afrique du Sud – on va dans la bonne direction dès qu’on admet sa propre culpabilité dans les systèmes d’injustice et dès qu’on se reconnaît dans celles et ceux qui souffrent de cette injustice. «L’idée de justice sans compassion est d’une certaine manière une sorte de trahison de la justice», affirme-t-il.

Les tables rondes, organisées mardi 2 novembre, étaient présidées par Mohammed al-Sammak, secrétaire général du Comité national pour le dialogue au Liban et du Sommet islamique, et par Bernice Powell Jackson, présidente du COE pour l’Amérique du Nord et pasteure de l’Eglise unie du Christ aux Etats-Unis.

Le métropolite Emmanuel de France, président de la Conférence des Eglises européennes (KEK), a salué les participants au nom de la KEK et du Patriarcat œcuménique de Constantinople. Selon lui, la conférence contribue à la constitution d’un ensemble de valeurs, pouvant renforcer l’exercice de la liberté religieuse et des droits de la personne.

Le Conseil œcuménique des Eglises promeut l’unité des chrétiens dans la foi, le témoignage et le service, en vue d’un monde de justice et de paix. Communauté œcuménique d’Eglises fondée en 1948, le COE réunit aujourd’hui 349 Eglises protestantes, orthodoxes, anglicanes et autres, représentant plus de 560 millions de chrétiens. Il travaille en coopération avec l’Eglise catholique romaine. Son secrétaire général est le pasteur Dr Olav Fykse Tveit, de l’Eglise (luthérienne) de Norvège. Son siège est à Genève, en Suisse. (apic/coe/ggc)

5 novembre 2010 | 09:34
par webmaster@kath.ch
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