Father Ed a été nommé dans la paroisse de Mount Pleasant en Pennsylvanie, malgré ses aveux | © Wikimedia commons
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Father Ed a été nommé dans la paroisse de Mount Pleasant en Pennsylvanie, malgré ses aveux | © Wikimedia commons

Abus sexuels en Pennsylvanie: "Father Ed", un cas emblématique

15.08.2018 par Pierre Pistoletti

Parmi les 300 prêtres dénoncés par le procureur général de Pennsylvanie, le cas du Père Edmond Parrakow est emblématique. Il montre les dysfonctionnements des diocèses incriminés et atteste de la précision du rapport.

Le Père Edmond Parrakow a été ordonné le 1er juin 1968 à la cathédrale Saint-Patrick de New-York. Il avait 28 ans. Durant 17 ans, il sert différentes paroisses de l’archidiocèse jusqu’à ce que les premières allégations d’abus sexuels émergent, en 1985. Un homme en particulier dénonce celui que beaucoup d’enfants appellent “Father Ed”.

Le cas remonte aux oreilles des autorités diocésaines qui envoient le prêtre suivre une thérapie à la clinique catholique St. Bernardine de Suitland (Maryland), spécialisée dans l’accompagnement de prêtres. Durant la thérapie, Father Ed reconnaît avoir abusé d’au moins 35 jeunes garçons depuis qu’il a été ordonné. “Un rapport sexuel avec une femme est un péché, affirme-t-il durant sa thérapie, mais pas avec des enfants. C’est quelque chose qui leur est extérieur”.

“Le Père Parrakow est pédophile”

“Il n’y a absolument pas de doute dans mon esprit, le Père Edmond Parrakow est pédophile, note le docteur chargé de sa supervision. Je ne suis pas certain de sa volonté de s’en sortir. S’il ne s’était pas fait dénoncer, il continuerait à agir sans avoir conscience que les actes qu’il commet sont nuisibles”.

En marge de son hospitalisation, des lettres sont échangées entre l’archidiocèse de New-York et Mgr William Connare, évêque de Greensburg en Pennsylvanie (1960-1987). Le vice-chancelier pour le personnel sacerdotal new-yorkais, Henry Mansell, demande à l’évêque d’ accueillir “pour trois ou quatre mois” le Père Parrakow. Cette première demande est accompagnée d’une mise en garde: le prêtre suit une thérapie, “bien qu’il n’ait pas de problèmes psychologiques singuliers. Le Père Parrakow a besoin de temps pour régler ses problèmes”. L’archidiocèse de New-York avait pourtant reçu de la clinique St. Bernardine un rapport complet contenant les aveux du prêtre pédophile.

Le message envoyé par le directeur de la clinique à l’évêque de Greensburg, tiré du rapport du procureur général de Pennsylvanie.

“Toutes nos paroisses ont une école”

Officiellement, on annonce à Mgr Connare que Father Ed a suivi une thérapie suite à un “épuisement” lié à “sa charge d’enseignement”. Mais le directeur de la clinique laisse entrevoir une autre réalité. “Nous recommandons que le Père Parrakow soit assigné avec au moins un autre prêtre dans une paroisse qui n’a pas d’école, écrit-il le 4 novembre 1985 à l’évêque de Greensburg. De plus, nous recommandons que le Père Parrakow poursuive sa thérapie auprès d’un thérapeute, psychologue ou psychiatre compétent”.

Le 20 novembre suivant, la réponse du diocèse tombe: “Le diocèse ne pourra suivre vos recommandations”. En cause: “Toutes les paroisses ont une école”. Father Ed se retrouve donc dans le diocèse de Greensburg. Dans un premier temps, il “donne des coups de mains” à droite et à gauche. Le 14 mai 1986, il écrit à l’évêque pour lui faire part de sa satisfaction de se voir engagé dans différentes paroisses. Deux mois plus tard, il reçoit sa nomination officielle: vicaire dans la paroisse Saint Pie X à Mount Pleasant. Il y restera jusqu’à ce qu’une plainte soit déposée au diocèse, trois ans plus tard.

Absolution jamais refusée

L’enquête du grand jury contient le témoignage de trois victimes abusées durant cette période et du Père Parrakow lui-même. Les victimes, enfants de chœur au moment des faits, racontent que Father Ed leur demandait de ne pas porter de vêtement sous leurs aubes. Et il arrivait fréquemment que le prêtre les “examinait” pour s’assurait qu’ils ne subissaient pas de mauvais traitement à l’école.

De son côté, Edmond Parrakow, réduit à l’état laïc en 2004, a admis avoir abusé de nombreux enfants. “Je ne les ai pas comptés”, a-t-il affirmé au grand jury le 11 décembre 2017. Il a également assuré qu’il n’avait jamais été empêché d’accéder aux écoles par les autorités du diocèse. Il avoue s’être confessé de ces actes commis contre des enfants sans jamais se voir refuser l’absolution. Il doute de sa capacité à voir ses désirs sexuels évoluer, mais n’a pas vraiment pris conscience des “graves effets” de ses crimes.

Les faits reprochés à Edmond Parrakow sont prescrits. Il est aujourd’hui employé dans un centre commercial de Pennsylvanie. Mgr Connare est décédé en 1995. Un centre de conférence a été baptisé Centre Bishop Connare en son honneur, explique en conclusion du “cas Parrakow” les auteurs du rapport. (cath.ch/pp)


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