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Abus sexuels: onze résolutions des évêques contre la pédo-criminalité

À l’issue de leur assemblée plénière, les évêques de France ont adopté, le 25 mars 2021, onze mesures pour lutter contre la pédocriminalité. Une contribution financière personnalisée pourra être versée aux victimes et une journée annuelle de prière pour les victimes a été instituée.

Lors de l’Assemblée plénière de printemps, qui se tenait en partie en ligne du 23 au 26 mars, les évêques de France ont pris onze résolutions dans la lutte contre la pédocriminalité dans l’Église. Ces décisions ont pour objectif de mettre en œuvre un dispositif pérenne pour connaître les faits, accompagner les victimes et assurer la prévention, rapporte le journal La Croix.

Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF) a confié combien sa rencontre des victimes l’avait touché et engagé dans ce lourd chantier de la lutte contre les abus. Il a expliqué l’importance d’interlocuteurs tels qu’une ‘instance nationale indépendante d’assistance’ qui sera à l’écoute des victimes parfois réticentes à s’adresser à l’Église et à leur évêque.

Onze résolutions

Les onze résolutions des évêques s’attachent aux divers aspects du problème. La première est un acte de repentance et de reconnaissance envers les victimes qui ont permis de mettre à jour les abus. Saluant le courage des victimes, les évêques confessent les manquements de l’Église, reconnaissant non seulement les agressions commises par des prêtres, mais aussi le défaut des autorités ecclésiales qui n’ont pas su voir ni entendre. Cette responsabilité assumée entraîne l’obligation de faire la vérité, de signaler à la justice les faits, d’inciter les victimes à saisir la justice et de les accompagner.

Un fonds de dotation

Les décisions les plus attendues portaient sur l’indemnisation des victimes (résolutions 9 et 10). Le principe de cette dimension financière avait été adopté en novembre 2019. Le document en précise la procédure, sans pour autant apporter de données chiffrées. Le texte prévoit une contribution forfaitaire ou individualisée selon les cas et les besoins de la personne concernée.

Ne pourront toutefois accéder à cette indemnisation que les victimes reconnues comme telles par leur diocèse et pour lesquelles les procédures civiles et canoniques sont arrivées à terme. Les sommes versées aux victimes proviendront d’un fonds de dotation dont le montant initial est de 5 millions d’euros.

Un lieu de mémoire

La reconnaissance des victimes se déclinera encore par la création d’un lieu national de mémoire très certainement à Lourdes (résolution 7), et l’instauration d’une Journée de prière pour les personnes victimes de violence et d’agressions sexuelles et d’abus de pouvoir et de conscience au sein de l’Église (8), comme l’avait demandé le pape François. Cette journée est fixée au 3e vendredi de Carême.

Les autres décisions portent sur la création de structures destinées à répondre aux besoins et accompagner les victimes. Cette démarche sera notamment composée d’un conseil pour la prévention et la lutte contre la pédophilie (résolution 2) auquel est adjoint un nouveau service national (3).

Dans chaque commission ou service de l’Église de France au contact des jeunes (catéchèse, enseignement catholique, pastorale des jeunes), une personne référente sera nommée pour assurer la protection des mineurs (4). Cette professionnalisation sera complétée avec la création d’une équipe nationale d’écoutants permanente (5), qui pourra prendre le relais des cellules d’écoute diocésaines et de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) qui achèvera ses travaux dans quelques mois.

Engager l’avenir

Toujours dans le souci de rationaliser les dispositifs, les évêques veulent créer un tribunal pénal canonique interdiocésain pour la France. (6) Une cellule de veille et d’accompagnement des prêtres mis en cause ou condamnés sera également mise en place (11).

À ces onze résolutions, les évêques de France ajoutent une Lettre aux catholiques sur la lutte contre la pédophilie, reconnaissant que «notre Église n’a pas toujours été une maison sûre» et que «des vies entières ont été bouleversées, rendues compliquées et douloureuses».

«Ces mesures décevront certains, elles étonneront d’autres, a souligné Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la CEF, dans son discours de clôture. Elles sont modestes en fait, mais elles nous engagent pour l’avenir». (cath.ch/cx/mp)

Mgr Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, président de la Conférence des évêques de France | © I.Media
26 mars 2021 | 15:23
par Maurice Page
Abus sexuels (735), CEF (95), Pédophilie (134), Prévention (6)
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