Rome: Le Saint-Siège renforce sensiblement son contrôle sur Caritas Internationalis
Accentuer «l’identité catholique» de l’œuvre d’entraide
Rome, 2 mai 2012 (Apic) Par un décret publié le 2 mai 2012 et de nouveaux statuts, la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège a renouvelé le cadre juridique de Caritas Internationalis. Le Conseil pontifical Cor Unum et la Secrétairerie d’Etat augmentent sensiblement leur contrôle sur cette organisation qui intervient dans le monde entier dans le domaine humanitaire et dont ils souhaitent renforcer «l’identité catholique».
Ce décret résulte de plusieurs mois de discussions visant à accentuer la fidélité de l’organisation caritative avec la doctrine de l’Eglise et améliorer sa transparence financière.
Dans une note publiée le 2 mai, le président du Conseil pontifical Cor Unum se dit particulièrement satisfait par les nouveaux statuts mais aussi par le nouveau règlement interne de Caritas Internationalis. Le cardinal Robert Sarah relève que Benoît XVI souhaite que l’organisation, «grâce à son lien vital avec l’Eglise, puisse toujours mieux accomplir son activité caritative». Il note enfin que si ces nouvelles normes s’appliquent uniquement à l’organisation qui fédère les 162 Caritas nationales restées autonomes, les évêques qui ont la charge à travers le monde pourront s’en inspirer pour établir de nouveaux statuts.
De son côté, joint par I.MEDIA, le secrétaire général de l’organisation, Michel Roy, veut y voir les aspects «positifs» et met en avant «l’interaction plus forte de Caritas Internationalis avec le Saint-Siège» qui pourra permettre à l’Eglise de «porter encore davantage le souci des plus pauvres». Arrivé à la tête de l’organisation en mai 2011 après le départ forcé de la Britannique Lesley-Anne Knight, le Français estime que «la page est tournée».
La supervision de Cor Unum
Le décret, qui est entré en vigueur le jour même de sa publication, définit clairement quels sont les domaines de contrôle du Conseil pontifical Cor Unum, de la première et de la seconde section de la Secrétairerie d’Etat. Par exemple, il est expliqué que «tout texte émis par Caritas Internationalis dont le contenu ou l’orientation porte sur la doctrine et la morale doit être soumis à l’approbation préalable du Conseil pontifical Cor Unum». Le dicastère doit également approuver les accords noués avec les Organisations non gouvernementales, sauf «en cas d’urgence humanitaire grave». Cor Unum doit aussi garantir la transparence de l’administration du patrimoine et des finances de l’organisation caritative.
La première section de la Secrétairerie d’Etat est tutélaire de la personnalité juridique canonique publique de Caritas Internationalis mais aussi de sa personnalité civile vaticane. Par ailleurs, l’organisation doit informer la seconde section de la secrétairerie d’Etat, au moins trois fois par an, des rapports qu’elle entretient avec les gouvernements dans le monde entier et les missions diplomatiques accréditées près le Saint-Siège.
Lien étroit
Afin de souligner «le lien étroit qui unit l’organisme en question avec le Successeur de Pierre», au moins trois membres du Conseil exécutif de Caritas Internationalis seront nommés par le pape, explique Mgr Osvaldo Neves de Almeida, de la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège, dans une note. Ils devront provenir de «régions pauvres ou qui méritent une attention particulière». Pour l’heure, et jusqu’à la prochaine assemblée générale, ont été choisis trois évêques: un Burkinabé, un Américain et un Libanais.
Les nouveaux statuts, qui devraient être rendus publics de façon imminente sur le site www.caritas.org, prévoient aussi la création d’une «commission d’assistance» dont les compétences doivent encore être fixées par le Saint-Siège. Elle sera composée de trois experts en matière juridique, organisationnelle et technique, nommés par le pape, qui auront un rôle consultatif.
Par ailleurs, le décret redéfinit plus précisément les compétences de l’assistant ecclésiastique, chargé de promouvoir «l’identité catholique» de Caritas Internationalis. Le nouvel assistant sera le père congolais Pierre Cibambo, responsable de l’Afrique au sein de l’organisation depuis une dizaine d’années.
Enfin, en plus du président et du secrétaire général, le trésorier de la Caritas devra désormais lui aussi recevoir l’approbation du Saint-Siège, «dans la mesure où cette charge joue un rôle fondamental dans la protection des droits des organisations membres et aussi, dans une certaine mesure, du Saint-Siège».
Dans son commentaire, Mgr Neves de Almeida souligne le rôle de Benoît XVI dans l’élaboration des nouveaux statuts. Le pape, rappelle-t-il, en s’adressant aux participants de l’assemblée générale de Caritas Internationalis en mai 2011, «a fourni les principes fondamentaux à développer dans la nouvelle réglementation», alors qu’un groupe de travail composé de membres de la Caritas et du Saint-Siège planchait déjà sur la nouvelle version des statuts depuis janvier 2011. Le projet a été adopté à l’automne de la même année.
Caritas Internationalis se rapproche ainsi du statut qu’ont les différents dicastères de la curie romaine, tous placés sous l’autorité du pape et de la secrétairerie d’Etat. Ses dirigeants, ainsi que ses employés, devront d’ailleurs désormais prêter serment. La «promesse» prononcée par les responsables de l’organisation devant le président du Conseil pontifical Cor Unum, a appris I.MEDIA de sources vaticanes, contient en particulier l’engagement à «toujours conserver la communion avec l’Eglise catholique, dans les paroles comme dans les actes», à réfuter toute doctrine «contraire» à celle de l’Eglise. (apic/imedia/cp/ami/bb)



