«Accuser le pape actuel d’avoir occulté la question est pure calomnie»

Rome: La Congrégation pour la doctrine de la foi défend le cardinal Ratzinger

Rome, 14 mars 2010 (Apic) Alors que le cardinal Joseph Ratzinger, aujourd’hui Benoît XVI, est accusé par certains d’avoir «occulté la question» de cas de pédophilie lorsqu’il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), Mgr Charles J. Scicluna, promoteur de justice de la CDF, s’est élevé contre cette «pure calomnie, (…) sans fondement». Dans une interview publiée le 13 mars dans Avvenire, le quotidien de la Conférence des évêques italiens, le prélat a en outre indiqué que le bureau disciplinaire de la CDF avait recensé quelque 300 cas depuis 2001.

Après une «période d’incertitude sur les Delicta Graviora (délits graves)» dans les années 1980 et 1990, a ainsi d’abord rappelé Mgr Scicluna, «c’est seulement avec le Motu Proprio Sacramentorum Sanctitatis Tutela de Jean Paul II en 2001 que le crime pédophile est redevenu de la compétence exclusive de la CDF». Dès lors, a poursuivi le prélat, le cardinal Joseph Ratzinger, alors à la tête de ce dicastère, «a géré avec fermeté ces affaires» et «a fait preuve de courage dans le traitement de cas extrêmement délicats».

«Accuser le pape actuel d’avoir occulté la question est pure calomnie, (…) sans fondement», a alors déclaré Mgr Scicluna à Avvenire. Cette mise au point intervient quelques jours après que la ministre allemande de la justice, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, eut reproché au cardinal Ratzinger d’avoir entravé, par sa lettre De delictis gravioribus accompagnant le Motu Proprio de 2001, les enquêtes sur les abus sexuels dans des établissements scolaires catholiques.

Publié le 30 avril 2001, le Motu Proprio Sacramentorum Sanctitatis Tutela avait réservé la compétence d’enquêter sur les Delicta Graviora, les crimes que l’Eglise considère comme les plus graves, à la Congrégation pour la doctrine de la foi. A compter de cette date, son promoteur de justice a donc été responsable, entre autres, des affaires de prêtres accusés d’actes pédophiles.

Le prélat, en revanche, a reconnu que «par le passé, en raison d’une mauvaise interprétation de la défense de la réputation de l’institution, des évêques (pouvaient) avoir fait preuve d’indulgence face à ces tristes affaires».

300 cas recensés en 9 ans

Lorsqu’un prêtre est accusé d’un Delictum Gravius et que «l’enquête préliminaire» de l’évêque confirme l’accusation, ce dernier «n’a plus le pouvoir d’agir et doit transmettre le dossier au bureau disciplinaire» de la CDF, a par ailleurs expliqué le prélat dans cette interview. Outre Mgr Scicluna lui-même et le père Pedro Miguel Funes Diaz, chef de service, on compte 7 autres ecclésiastiques et un pénaliste laïque en charge de ces questions.

Entre 2001 et 2010, le bureau disciplinaire a recensé quelque 3000 accusations concernant des prêtres diocésains ou des religieux pour des crimes commis au cours des 50 dernières années. Parmi ces accusations, a nuancé Mgr Scicluna, on compte 60% de cas d’»éphébophilie», 30% «d’attirance hétérosexuelle», seuls «les 10% restants» étant des cas «de véritable attraction physique envers des garçons impubères». Et de résumer: «en 9 ans, les cas de prêtres accusés de pédophilie sont donc environ 300, (…) trop certes, mais il faut constater que le phénomène n’est pas étendu comme on veut le faire croire».

Sur ces 3000 accusations, on compte 20% de «cas particulièrement graves, agrémentés de preuves indubitables», qui, pour moitié, ont conduit le pape à prendre «la douloureuse responsabilité de la réduction à l’état laïque», a confié le promoteur de justice. Pour l’autre moitié, ce sont les prêtres qui ont demandé à être relevés de leurs devoirs sacerdotaux. On compte parmi eux les prêtres trouvés en possession de matériel pédo-pornographique, condamnés pour ce délit par la justice civile.

Dans 20% des cas, en outre, «le procès, pénal ou administratif, s’est déroulé sous la supervision de la CDF dans le diocèse compétent», a poursuivi le prélat. Dans 60% des cas, enfin, «principalement à cause de l’âge avancé des accusés, on n’engage pas de procès mais des mesures disciplinaires sont prises à leur encontre, comme l’interdiction de célébrer la messe en public et de confesser, ou l’obligation de mener une vie retirée et de pénitence».

’Justice spectacle’

Interrogé sur la question du «secret» qui tourne autour de ces instructions, mis en cause par une partie de l’opinion publique, le prélat a souligné que «l’Eglise n’aime pas la justice spectacle», précisant que «les normes relatives aux abus sexuels n’ont jamais été entendues comme une interdiction de leur dénonciation à la justice civile».

Enfin, Mgr Scicluna a souhaité le retour au système fixant «l’imprescriptibilité» de ces Delicta Graviora, alors que le Motu Proprio de 2001 avait introduit «pour les crimes graves une prescription de 10 ans», cette décennie commençant, dans le cas des abus sexuels, au 18e anniversaire de la victime. En 2002, néanmoins, a-t-il précisé, Jean-Paul II avait concédé à la Congrégation pour la doctrine de la foi une faculté de dérogation au cas par cas, sur demande de l’évêque intéressé, et généralement accordée. (apic/imedia/cp/bb)

14 mars 2010 | 10:03
par webmaster@kath.ch
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