Actualité: Mgr Tomas Balduino, dominicain, (76 ans) évêque de Goias Velho, dans l’Etat de Goias, au Brésil, figure marquante l’aile progressiste de l’Eglise brésilienne part à la retraite.

APIC – Interview

Brésil: Mgr Thomas Balduino, évêque de Goias Vehlo, part à la retraite

La libération sociale et politique est essentielle pour un chrétien

Par Paulo, Pereira Lima, correspondant APIC à Sao Paulo

Goias Velho, 7 décembre 1998 (APIC) Mgr Tomas Balduino, évêque de Goias Velho, dans l’Etat de Goias, au Brésil part à la retraite. Ce dominicain âgé de 76 ans est une figure marquante l’aile progressiste de l’Eglise brésilienne. Dans un entretien avec le correspondant de l’agence APIC, dom Tomas Balduino explique ce qu’il nomme «sa passion»: Le chrétien, s’il se veut crédible, doit être un agent d’espérance. Et un participant à la libération sociale et politique de son pays. Le successeur de Mgr Balduino vient d’être nommé par Rome. Il s’agit du Belge Eugène Lambert Adrian Rixen, jusqu’à présent évêque auxiliaire d’Assis, dans l’Etat de Sao Paulo.

APIC: Durant ces 30 ans à la tête de votre diocèse, quels furent les moments les plus difficiles de votre travail pastoral ?

T. B : Ceux vécus durant la période de la dictature militaire. Mes collaborateurs et moi-même avons souffert de très nombreuses persécutions. Venues aussi de l’intérieur de l’Eglise.

APIC: Comment avez-vous vécu la Conférence épiscopale latino-américaine de Medellin en 1968 ?

T. B. : J’ai essayé d’appliquer concrètement les décisions de Medellin dans mon diocèse. Cette assemblée fut notre Pentecôte. C’était en quelque sorte le Concile Vatican II qui prenait un visage métisse et latino-américain. Sans Medellin, Vatican II, au Brésil, devenait lettre morte.

APIC: Aujourd’hui au Brésil, le renouveau charismatique avec ses grands rassemblements, comme les messes du Père Marcelo Rossi, à Sao Paulo, semble avoir plus de succès que le travail pastoral au sein des petites communautés de base. Comment analysez-vous ce succès ?

T. B. : C’est un mouvement basé sur l’émotion, qui a toutes les ambiguïtés du marketing. Dans ce sens, cette manière de faire est dangereuse parce qu’on utilise consciemment ou non – la religion à d’autres fins que la seule évangélisation. Il est important de se rappeler la prédication de Jésus. Le Christ n’était évidemment pas «catholique» au sens où on l’entend en cette fin de siècle, mais un être profondément religieux. Il osait relativiser la religion, car il en connaissait les ambiguïtés et les risques. Il savait que la religion, si on y prend garde, peut devenir un instrument de pouvoir, d’oppression et de discrimination.

Je me suis toujours méfié quelque peu des mouvements religieux qui remplissent les stades. Parce qu’ils ne conduisent pas à la «conscientisation» ni aux changements politiques et sociaux. Chacun essaye de résoudre son problème personnel ou sa tension intérieure de manière individuelle. Des mouvements de masse doit naître une recherche de libération. Il est très dangereux d’utiliser la foule pour en faire une manœuvre religieuse. Il est difficile par ailleurs qu’une foule devienne «peuple» s’il n’y a pas eu d’abord prise de conscience de la rééalité et des causes concrètes de l’oppression ou de la misère. Le passage de «la foule» vers un «peuple organisé» se fait à travers la conscience et l’organisation. C’est une condition «sine qua non» des conquêtes sociales. Et pour nous qui suivons le Christ, une condition de la construction du Règne de Dieu sur la terre.

APIC: Plusieurs évêques progressistes ont pris leur retraite ou vont le faire. Entre autres, les cardinaux Paulo Arns et Aloisio Lorscheider, les évêques Waldir Calheiros et Antônio Fragoso. En ce début décembre, c’est votre tour. Est-ce la fin de l’aile progressiste des évêques dans l’Eglise brésilienne?

T. B ..: Je ne crois pas. Même si la majorité des évêques est peut-être d’une ligne pastorale différente, j’observe, avec curiosité et espoir, des évêques nouveaux et anciens ayant «une bonne apparence». Et d’autres qui se convertissent peu à peu à la réalité en travaillant en symbiose avec le peuple. Je crois que le processus actuel ne ressemble pas du tout à un club de football ancienet fameux qui n’existerait que dans la mémoire des gens. Nous ne sommes pas en train de mettre définitivement nos souliers de foot sur une armoire près de l’ancienne coupe du souvenir… Grâce à Dieu, la réalité est autre, malgré tous les filtres de la curie romaine…

Il est d’ailleurs significatif de constater que dans la grande crise économique que vit actuellement le Brésil – une crise dans laquelle le gouvernement est impliqué en protégeant une dictature économique – la position de l’Eglise commence à devenir plus claire et plus courageuse. Comme a dit quelqu’un, «quand le gouvernement se ferme, l’Eglise s’ouvre».

APIC: La question de la réforme agraire réclamé depuis des lustres au Brésil n’est toujours pas résolue. Elle vous tient particulièrement à cœur.

T.B. : Dès le début de mon épiscopat, j’ai toujours travaillé avec les paysans sans terre qui réclament la réforme agraire. Au début ma maison était d’ailleurs occupée par des paysans. Ici, dans la région, grâce à l’action du Mouvement des paysans sans terre (MST), il y a bien 40 campements (»assentamentos»), tous conquis à la base d’une occupation pacifique de la terre. Le gouvernement m’accuse d’être le grand inspirateur de ces occupations. Je réponds que le peuple est adulte. Ce peuple réfléchit avec sa tête et utilise ses jambes en toute autonomie et liberté. (apic/plp/ba)

8 décembre 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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