Actualité: Samedi 6 juin, Mgr Wolfgang Haas, administrateur apostolique de Coire, ordonnera huit nouveaux prêtres du diocèse de Coire, tandis que Mgr Kurt Koch en ordonnera le lendemain trois autres pour le diocèse de Bâle.

APIC – Enquête

Situation des vocations sacerdotales en Suisse: optimisme prudent

La pénurie de prêtres, souci majeur des évêques

Clemens Locher, pour l’agence APIC

Fribourg, 3 juin 1998 (APIC) Le manque de prêtres peut être interprété comme le symptôme d’une crise des communautés chrétiennes, estiment les évêques suisses. En vue d e la Journée mondiale de prière pour les vocations, le 3 mai dernier, ils rappelaient une nouvelle fois que la pénurie de prêtres est un de leurs soucis majeurs. Dans certains diocèses de Suisse, en effet, la moitié des paroisses se trouvent aujourd’hui sans prêtre résident. Un manque de relève qui affecte un peu moins durement la Romandie que le reste de la Suisse, mais si la tendance persiste l’Eglise se trouvera dans une situation difficile.

Une enquête de l’agence APIC auprès des responsables de la formation des prêtres diocésains en Suisse montre que la situation des vocations sacerdotales est «stationnaire». Elle permet pourtant un optimisme prudent.

Il n’est pas facile d’avoir une vue d’ensemble sur la relève sacerdotale dans les différentes régions de la Suisse. D’abord, la formation des futurs prêtres ne suit pas partout le même schéma et diffère selon les diocèses. Ensuite, dans ce domaine, on n’a pas affaire sans autres à des chiffres exacts, comme le souligne l’abbé Josef Wick, qui accompagne la formation des étudiants en théologie de St-Gall (ces derniers étudient à l’extérieur du diocèse, et non plus dans l’ancien séminaire diocésain de Sankt-Georgen).

Au cours des études, il faut toujours compter avec des changements de décision et des réorientations professionnelles. Cela vaut en particulier pour les diocèses de Bâle et de St-Gall, où la formation des futurs prêtres est étroitement liée à celle des théologiens et des théologiennes laïques et où maint étudiant en théologie ne sait pas encore durant les premières années d’études quel «plan de carrière» dans l’Eglise il va finalement adopter.

Entrées en hausse en Suisse romande

En Suisse romande, on note une hausse des entrées au séminaire ces dernières années, confie l’abbé Bernard Genoud, supérieur du séminaire diocésain de Lausanne, Genève et Fribourg. Cette institution accueille les candidats à la prêtrise de Suisse romande, à l’exception du Jura et du Valais. L’abbé Genoud se montre satisfait des 4 à 6 entrées qu’il enregistre annuellement. Il y a quelques années, il n’y avait souvent qu’un candidat. «La courbe est à nouveau à la hausse», constate-t-il, optimiste. Cette année, il y a 4 ordinations sacerdotales sur les 26 séminaristes en formation à Villars-sur-Glâne (FR).

Le supérieur du séminaire du diocèse de Sion à Givisiez (FR), l’abbé Stephan Roth, confirme la tendance à la reprise, mais seulement pour la partie francophone du Valais, où la crise des vocations a été plus précoce. Ainsi, dans les volées de séminaristes plus avancés dans les études, on trouve très peu de Bas-Valaisans, tandis que parmi les 4 nouveaux arrivants de 1997, il n’y a aucun Haut-Valaisan. Actuellement, le séminaire de Sion compte 10 candidats au sacerdoce, dont un va être ordonné cet été. Avec les ordinations de ces dernières années, l’âge moyen des prêtres actifs en pastorale dans le Haut-Valais est repassé sous la barre des 60 ans, précise l’abbé Roth.

Coire: 12 ordinations cette année

Avec 12 ordinations cette année, le diocèse de Coire détient la palme. Le supérieur du séminaire, Peter Rutz, relève que le diocèse compte 47 candidats à la prêtrise. 8 d’entre eux seront ordonnés samedi 6 juin. L’abbé Rutz ne manque pas de souligner que ce nombre record doit être mis en relation avec «la restructuration du séminaire mise en œuvre par Mgr Wolfgang Haas». Si l’on enlève les 12 séminaristes qui vont devenir prêtres cette année, il faut compter sur les cinq ans d’études une moyenne annuelle de 7 nouveaux prêtres, même si l’abbé Rutz admet que l’un ou l’autre séminariste pourrait changer d’orientation en cours de route.

Bâle et St-Gall: formation intégrée des séminaristes et des assistants pastoraux

Les deux diocèses alémaniques de Bâle et St-Gall, mettent volontairement l’accent sur la formation intégrée des candidats au sacerdoce et des futurs assistants pastoraux, femmes et hommes. C’est pour ainsi dire le principe de base de leur concept de formation.

Ce concept, souligne Walter Bühlmann, supérieur du séminaire du diocèse de Bâle à Lucerne, «a fait ses preuves». L’accompagnement des étudiants à Lucerne est meilleur que partout ailleurs, souligne l’abbé Bühlmann, et ils ont davantage de temps pour mûrir leur décision personnelle. D’où le fait que depuis 1985, un seul jeune prêtre formé à Sankt-Beat ait quitté son ministère. Le supérieur de Sankt-Beat refuserait un séminaire réservé aux seuls candidats au sacerdoce.

Il compte pour le diocèse de Bâle, où la formation compte les 5 années ordinaires d’études, plus un stage pastoral de deux ans, 36 futurs prêtres, dont 3 seront ordonnés dimanche 7 juin. A leurs côtés, 72 futurs assistants pastoraux et 62 assistantes pastorales. De 1989 à 1997, le diocèse a eu 46 nouveaux prêtres, soit une moyenne de 5 par an.

A St-Gall, où l’on n’a qu’une année pastorale après les 5 ans d’études, 10 étudiants en théologie se préparent à la prêtrise, dont 3 seront ordonnés le 16 août prochain, précise Josef Wick. Ce chiffre est particulièrement réjouissant, car il n’y a jamais plus de deux nouveaux prêtres par an ces dernières années. 50 candidats au sacerdoce, théologiens laïcs – hommes et femmes – et futurs catéchistes en provenance du diocèse de St-Gall étudient à Fribourg, Lucerne, Munich, Innsbruck et Rome.

Don Ernesto Ratti, supérieur du séminaire de Lugano, qualifie la situation des vocations dans son diocèse de «stationnaire» comme c’est le cas pour les autres régions de Suisse,. A Lugano, les candidats au sacerdoce sont 12, dont 3 seront ordonnés dans l’année.

L’Eglise en Suisse n’est «pas encore sortie de l’auberge»

Au vu de ces données, l’Eglise catholique en Suisse n’est «pas encore sortie de l’auberge» en ce qui concerne le renouvellement de son clergé, d’autant plus que des changements dans les critères d’admission au ministère presbytéral ne sont pas en vue. Parmi les raisons de la pénurie actuelle, les évêques suisses mentionnent dans une récente note pastorale (*) le célibat des prêtres souvent évoqué dans l’opinion publique: «On accuse souvent, et peut-être un peu trop rapidement, l’exigence du célibat pour les prêtres. Sans vouloir nier cet aspect important dans la crise actuelle, il convient aussi de rappeler d’autres raisons: la pénurie de prêtres peut être interprétée comme un symptôme d’une crise profonde, d’une crise de la foi et de la société tout entière».

Ils reconnaissent toutefois que le célibat, comme état de vie choisi, a perdu sa valeur et sa reconnaissance dans la société. Le phénomène courant que de plus en plus de personnes vivent seules n’y change pas grand chose. «Bien au contraire, cela montre que ce n’est pas le célibat en soi, mais l’engagement des prêtres dans le célibat consacré qui aujourd’hui ne semble plus une évidence. Le célibat consacré du prêtre n’est plus crédible, comme allant de soi, mais perçu comme posant question».

Le célibat n’est pas seul en cause

Autres causes de la pénurie des prêtres pour les évêques: le nombre d’enfants dans les familles: «En effet avec une moyenne de 1,5 enfant par foyer, la question de candidats possibles au sacerdoce se pose d’une façon toute différente de lors des époques précédentes». Les auteurs de la note constatent aussi que les parents actuels désirent pour leurs enfants des promotions dans la société. «Devenir prêtre, à l’heure actuelle, n’est plus comme ce fut le cas auparavant , une promotion sociale».

Les observateurs notent également que d’autres obstacles expliquent la situation actuelle des vocations, comme les difficultés des contemporains avec «l’institution Eglise» et le recul des structures du catholicisme populaire. La disparition inéluctable du «milieu catholique», même dans les cantons traditionnellement catholiques, a elle aussi asséché un important réservoir de vocations. (apic/cl/job/be)

3 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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