Actualité: Visite du pape au Brésil
La prochaine visite du pape au Brésil est attendue avec beaucoup d’espérance par la population. Pour la troisième fois, Jean Paul II rencontre l’Eglise catholique connue pour ses positions courageuses dans le domaine de la justice sociale. Le correspondant d’APIC au Brésil présente un dossier sur les préparatifs de la visite et sur les derniers engagements de l’Eglise.
APIC – Dossier
De notre correspondant à Sao Paulo, Eugênio Menezes
Brésil: Préparatifs de la visite du pape début octobre
«Jean de Dieu», une lumière dans le tunnel de notre misère
Brasilia, 18 septembre 1997 (APIC) La visite de Jean Paul II au Brésil, du 2 au 5 octobre à Rio de Janeiro, mobilise toutes les forces de l’Eglise catholique. La venue du pape, pour la 2ème Rencontre mondiale des familles, est perçue par les observateurs religieux comme «un stimulant de la vie du catholicisme brésilien». Grâce aux télévisions, on souhaite la présenter au niveau mondial, un peu dans le style des Journées mondiales de la Jeunesse à Paris couronnées d’un grand succès religieux et médiatique.
Les médias donnent déjà une ample couverture à l’événement, en critiquant parfois les dépenses engagées par les autorités publiques. Cette visite est la 80ème du pape hors d’Italie et la 3ème au Brésil, après celles de juillet 1980 et d’octobre 1991.
Le pape vient donner courage à une Eglise locale qui espère être confirmée dans ses valeurs (famille, lutte pour la justice) et qui a justement besoin d’éléments nouveaux pour créer de nouvelles impulsions nationales». Cette manière de décrire l’objectif principal de la visite du pape revient fréquemment dans les commentaires des médias.
Le but central de la visite papale reste cependant la transmission d’un message aux familles. Tous les catholiques du pays se mobilisent pour envoyer leurs représentants à Rio de Janeiro. Dans les endroits les plus reculés du Brésil, des communautés organisent des fêtes et des lotos pour récolter de l’argent en vue de payer le voyage de quelques couples.
Les pauvres et «Jean de Dieu»
Beaucoup de gestes dénotent l’affection des plus pauvres pour le successeur de Pierre. Pour eux, il continue d’être «le Jean de Dieu» (»O Juan de Deus»), une lumière au milieu du tunnel de la misère. Pour beaucoup de pauvres, voir le pape signifie une rencontre avec le sacré qui fortifie l’espérance en des jours meilleurs, ou même comme ils disent: «voir ici sur la terre, le représentant du Christ». Car l’image du pape est profondément présente dans l’imaginaire d’une population majoritairement catholique.
Près de 11’000 familles à Rio ouvriront les portes de leurs maisons pour accueillir les pèlerins venant d’autres régions du pays. Geste solidaire significatif pour celui qui offre ou reçoit ce moment fort de l’hospitalité.
Le cardinal Eugenio de Araujo Sales, archevêque de Rio de Janeiro, bien introduit à la curie romaine comme auprès du gouvernement de Brasilia, est la personne idéale, aux dires des organisateurs, pour préparer un événement qui certes concerne d’abord l’Eglise catholique en réunissant les personnes et en offrant des symboles de la vie de la foi, mais qui permet aussi à l’Etat brésilien – médiatisation oblige! – de se profiler en bienfaiteur de l’Eglise. Ne serait-ce qu’en octroyant des avantages fiscaux aux entreprises qui donnent de l’argent pour couvrir les dépenses de la visite du pape.
Pour Mgr Angelo Sandalo Bernardino, évêque-auxiliaire de Sao Paulo et membre de la Commission de préparation, le plus important reste la préparation spirituelle de l’événement: «Dans ses voyages apostoliques, le pape parcourt le monde pour nous confirmer dans la foi. Comme pasteur de toute l’Eglise, en chacun de ses voyage il nous apporte son amour et sa sollicitude de père. Il nous avertit de possibles erreurs doctrinales dans lesquelles nous pourrions tomber et qui nous mèneraient à des impasses dangereuses. Le pape nous stimule pour vivre en profondeur en communion avec Dieu et entre nous. Il nous défend enfin en dénonçant et condamnant des politiques sociales et économiques qui sèment la misère et la mort «.
Commission organisatrice en quête de finances
Les données actuelles sur le coût de la visite du pape prévoient une dépense de plus de 7 millions de dollars. La fête prévue au majestueux stade de football du Maracana (le plus grand du monde, pouvant accueillir 200’000 personnes), devra coûter plus de 2 millions de dollars. Le 6 septembre, la commission souhaitait trouver encore1,3 million de dollars pour couvrir le budget prévu. Dans ce but, Jomar Pereira, grand coordinateur du marketing de la visite, a fait ouvrir des comptes dans les grandes banques du pays pour recevoir les dons des fidèles. Pour stimuler le versement d’offrandes de riches donateurs, on raconte que Pelé, la grande figure du football brésilien dans les années 70, et actuellement ministre des Sports dans le gouvernement brésilien, a déjà offert la somme de 5000 dollars. L’influence politique de la commission organisatrice de la visite du pape a, dit-on, été suffisamment convainquante pour que l’Assemblée législative de l’Etat de Rio de Janeiro garantisse des avantages fiscaux aux entreprises qui feront des dons substantiels à la commission organisatrice.
La visite de Jean Paul II suscite des initiatives dans tous les domaines. Avec l’appui financier de la municipalité de Rio de Janeiro, les quinze églises situées près des rues ou des avenues où doit passer le pape sont en train d’être rénovées ou remises en état. La ville de Rio elle-même en profite pour faire sa toilette. Comme cela s’était déjà produit en 1992 lors du grand rassemblement écologique mondial ECO 92, en présence d’une centaine de chefs d’Etats. La commune de Rio de Janeiro, avec l’apport de subsides fédéraux, a investi un million de dollars pour la rénovation du stade de football Maracana. Les collines de Tijuca, région où se trouve la résidence du cardinal Sales, ont été occupées depuis le 26 août par la Police militaire. Dans cette région, il est courant d’entendre, de jour comme de nuit, le tir d’armes à feu des trafiquants de drogue ou des policiers qui les pourchassent. Ces jours tout est plus calme. Près du «Parque de Flamengo» où le pape célébrera une messe, les gens qui vivent dans la rue, ont été ramassés par la police et amenés dans des abris provisoires fort loin de leur domicile habituel. Plusieurs refusent de se laisser embarquer en déplorant que «les organisateurs de la visite du pape ne veulent pas que Jean Paul II rencontre les pauvres tels qu’ils sont». «Les pèlerins seront accueillis, mais les pauvres sont chassés», a titré «VEJA», l’un des plus grands hebdomadaires du pays. L’archevêque de Rio a répliqué: «Ce n’est pas moi qui ai demandé que l’on enlève les gens des rues . Au contraire, je souhaite que le pape voit la ville de Rio telle qu’elle est». (apic/em/ba)



