Jérusalem: Cri d’alarme de l’évêque anglican Riah Abu el-Assal
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Les Palestiniens sont dans la misère et souffrent de la faim
Londres/Jérusalem/Bruxelles, 15 mars 2001 (APIC) Les Palestiniens sont dans la misère et souffrent de la faim, tel est le SOS lancé de Londres par le Révérend Riah Abu el-Assal, évêque anglican de Jérusalem. Le prélat précise que les hôtels sont vides, les collèges internationaux sans étudiants et leurs programmes annulés, tandis que le taux de chômage est de 81% à Gaza.
De passage à Londres, le Révérend Riah Abu el-Assal a lancé dimanche un vibrant appel au Conseil Oecuménique des Eglises en demandant aux Eglises membres d’aider les Palestiniens et es communautés chrétiennes de Terre Sainte confrontés à la misère et à la faim. L’évêque anglican interpelle en particulier les Eglises des Etats-Unis, d’Australie, du Canada et de Grande-Bretagne. A ses yeux, elles ont beaucoup moins réagi que les chrétiens de Malaisie et du Soudan.
Le désespoir des Palestiniens peut être dangereux
«L’économie de la Palestine, déclare l’évêque, a atteint désormais le point de rupture: la situation n’est pas sans dangers, parce que le désespoir risque d’envenimer le conflit». Le Père Hanna Mansour, de l’hôpital saint Luc de Naplouse, en Cisjordanie, qui accompagne l’évêque dans sa tournée, qualifie les violences entraînées par le bouclage israélien d’»intolérables». Ainsi les mouvements autour de Naplouse sont devenus impossibles. Pour les familles, il n’y a aucun moyen de se procurer de la nourriture et du pain. «Elles viennent chez nous, à l’hôpital, à l’église, et nous demandent aide et assistance».
Le Révérend Riah Abu el-Assal souligne la solidarité entre les chrétiens de Terre Sainte eux-mêmes: «A Nazareth, les Arabes israéliens savent qu’ils sont dans une situation bien meilleure que leurs frères et sœurs de Gaza et de la Cisjordanie». A cause de l’isolement, les dons sont transportés par des camions de l’ONU, à Jérusalem d’abord, puis dans les territoires occupés. A Jérusalem, la cathédrale Saint Georges a recueilli de la nourriture et des vêtements pour 30 familles de Ramallah. Le diocèse anglican de Jérusalem a la responsabilité de 34 institutions (hôpitaux, dispensaires, écoles, maisons pour handicapés et pour personnes âgées), et donne du travail à 1’200 personnes.
Une délégation du Mouvement Chrétien pour la Paix de retour de Terre Sainte
De retour de Jérusalem, une délégation du Mouvement Chrétien pour la Paix (MCP) a lancé mercredi à Bruxelles un appel pressant aux croyants de Belgique et d’autres pays pour qu’ils se rendent en pèlerinage en Terre Sainte afin d’y manifester leur soutien aux Palestiniens et d’inciter «les autorités israéliennes à se comporter plus humainement». Responsable du mouvement, Pierrette Nicolosi, membre du Conseil d’administration du MCP, témoigne du harcèlement pesant et constant de la population palestinienne par les Israéliens.
Territoires palestiniens bouclés et asphyxiés
Durant son séjour, raconte-t-elle, elle a vu la gradation du harcèlement israélien: «les barrages partout; l’attitude brutale et indigne de tout jeunes soldats israéliens criant sur les civils, les bousculant, les insultant, refusant arbitrairement le passage sous le regard indifférent des officiers; la destruction des rues, le creusement de fossés autour des villes et des villages; les oliviers coupés par l’armée pour appauvrir davantage les paysans; les tirs des colonies juives installées sur les collines surplombant les villes et villages palestiniens. Ces tirs visent le plus souvent les citernes d’eau qui se trouvent sur les toits des maisons et
immeubles.»
Toutes ces actions, selon Pierrette Nicolosi, visent à «asphyxier économiquement» la population palestinienne. Elles sont ressenties comme de la provocation pure: «elles visent à créer des incidents qui serviront de prétexte pour une intervention de l’armée israélienne».
Cette responsable du MCP et aussi entrée dans «Bethléem assiégée». Probablement du fait que le pourcentage de la population chrétienne y demeure important, explique-t-elle, ce lien culturel avec l’Occident constitue encore un fragile rempart face aux exactions israéliennes qui pourraient être plus graves encore.
Confrontée au bouclage de Bethléem et aux humiliations que font subir les soldats aux barrages, Pierrette Nicolosi dénonce «le règne de l’arbitraire.» «Ce fut très choquant pour moi qui ai aussi des amis juifs. Je suis revenue avec un poids sur l’estomac: sur quelle voie les autorités d’un peuple qui a manifesté tant de génie sont-elles en train d’engager la population et notamment la jeunesse ?»
Comment empêcher la destruction des maisons ?
Pierrette Nicolosi a été particulièrement interpellée par le message de Carême de Mgr Michel Sabbah. Le patriarche latin de Jérusalem y fait état des bombardements israéliens et invite les Palestiniens à supplier les Israéliens en ces termes : «Détruisez nos églises, mais épargnez les maisons de nos fidèles». Il supplie pareillement les militants palestiniens d’obéir aux ordres «de ne pas transformer les maisons tranquilles en ligne de feu». «Nous ne pouvons pas consentir à ce que les maisons de nos enfants soient démolies et qu’ils soient forcés à quitter leur terre», insiste Mgr Sabbah, invitant chacun à voir «la face de Dieu dans tout homme, le Palestinien et l’Israélien à la fois».
Bien qu’elle n’ait pas été directement témoin des bombardements rapportés par le patriarche de Jérusalem, la responsable du MCP a pu constater les dégâts infligés aux maisons par des projectiles de gros calibre. «Non seulement j’ai vu des murs criblés de balles et des vitres brisées, a-t-elle précisé, mais à Beit Jala, dans les environs de Bethléem, notamment, j’ai vu des murs éventrés. Des habitants m’ont montré aussi des balles israéliennes qui avaient réussi à traverser un mur de part en part. Certains m’ont rapporté qu’on leur tirait dans les jambes pendant qu’ils rentraient se mettre à l’abri dans leur propre maison. Les familles sont désemparées et angoissées, les jeunes enfants traumatisés, surtout quand le soir arrive. Les gens sont contraints de dormir dans les coins les plus reculés de leur maison. Les adolescents, que les parents essaient de contenir, sont carrément révoltés. Quant aux soldats palestiniens, ils sont pathétiques dans leur impuissance.»
Appel à la solidarité des pèlerins
«Les lieux saints étaient auparavant bondés de pèlerins et de touristes. Aujourd’hui, ils sont désertés». La responsable du Mouvement Chrétien pour la Paix lance donc un appel aux communautés religieuses qui sont toutes représentées sur cette terre d’Orient, afin qu’elles se mobilisent et mobilisent leurs membres. Pierrette Nicolosi suggère que l’on organise d’urgence des pèlerinages: «Ce serait pour les communautés sur place, chrétiennes et musulmanes, pour la population, un soutien moral important. Le témoignage visuel potentiel que constituerait la venue des groupes extérieurs amènerait peut-être les autorités israéliennes à se comporter plus humainement. Elles se sentiraient alors tenues d’entretenir leur image de marque, et cela donnerait peut-être un peu de répit à la population palestinienne. La venue de groupes serait aussi un apport économie vital dans la situation actuelle.» (apic/fides/cip/be)




