Moluques: les violences se poursuivent et le président Wahid a les mains liées
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L’ancien président Suharto et le général Wiranto attisent le feu Moluques, 20 juillet 2000 (APIC) Des groupes d’affaires et des militaires seraient à la base des affrontements interreligieux dans les îles Moluques depuis quelques mois. C’est ce qu’affirme, George Aditjondro, professeur de sociologie et d’anthropologie à l’Université de Newcastle en Australie.
Selon lui, ces groupes sont à la solde de l’ancien président Suharto et du général Wiranto. «Leur but, assure-t-il, est de déstabiliser le régime du président Wahid arrivé au pouvoir par des élections démocratiques. Ce dernier a d’ailleurs les mains liées.
Derrière les violences interreligieuses des îles Moluques, il y a les groupes d’affaires et les groupes militaires puissants du président Suharto et du général Wiranto, affirme en effet dans une déclaration publiée par le «Sydney Morning Herald» George Aditjondro, un catholique indonésien, professeur de sociologie et d’anthropologie à l’Université de Newcastle en Australie. Pour lui comme cela s’est passé avec la violence qui a éclaté après le référendum au Timor Oriental, ces manipulations ont pour but de déstabiliser les bases du pouvoir actuel. Les forces armées fidèles au général Wiranto veulent aussi prendre le commandement dans ces régions comme c’est le cas à Pattimura et Amboine.
«Après s’être servis de bandes à Amboine pour détourner l’attention, les forces paramilitaires ont multiplié les meurtres et les destructions, en faisant des victimes et en alimentant ainsi des sentiments de vengeance dans les deux camps», relève le professeur.
Echec des efforts de paix
Les efforts de dialogue et de paix des dirigeants chrétiens et musulmans ont échoué, rappelle George Aditjondro, en raison aussi de l’action des deux colonels du commandement de Pattimura, de Budiatmo et de Nono.
Selon le professeur, deux autres groupes sont intéressés par la poursuite des violences aux Moluques. Le premier est emmené par les musulmans radicaux qui s’opposent à la présidence modérée du président Wahid. Ils sont soutenus financièrement par Fouad Bawazier, ancien ministre des Finances dans le gouvernement de Suharto et ami de Amien Rais, porte-parole du parlement. Le second est un groupe d’hommes d’affaires indonésiens qui profitent de la crise des Moluques pour ne pas payer des milliards de roupies à des banques indonésiennes.
Les musulmans radicaux, explique le professeur Aditjondro, ont envoyé aux Moluques les militants du djihad, aidés par les militaires de l’armée indonésienne. Parmi les hommes d’affaires indonésiens, il y a les entreprises Jayanti, Barito Pacific, Sinar Mas, Artha Grana, proches de l’ancien président Suharto.
Avec les officiers de l’armée fidèles au général Wiranto, le président Wahid a désormais les mains liées, estime enfin le professeur. «Chaque fois que l’ancien président Suharto et le général Wiranto sont mis en accusation, la violence éclate aux Moluques».
Le «nettoyage ethnique» des chrétiens se poursuit
Les chrétiens disparaissent peu à peu de l’Indonésie orientale, assure de son côté l’Agence vaticane Fides, qui cite des «sources sûres» pour affirmer que dans les Moluques, les groupes protestants et catholiques se concentrent à présent uniquement dans trois zones: Amboine, les Moluques sud-orientales et Tobelo. Dans l’île de Seram, la présence des chrétiens est équivalente à celle des musulmans. Buru est désormais entièrement musulmane.
L’élimination progressive de la présence chrétienne dans la zone se poursuit comme une manoeuvre en tenaille: les extrémistes islamiques, écrit Fides, veulent exterminer les chrétiens jusque dans l’île de Sulawesi. «La forteresse chrétienne reste Sulawesi Nord et sa capitale Mindanao. Les guerriers de la jihad le savent et s’organisent» témoigne Ratty Sukit, pasteur protestant originaire de Manado et membre du groupe religieux «Madia», qui oeuvre pour le dialogue islamo-chrétien.
Suite aux affrontements interreligieux du mois de mai dans la ville de Poso, diocèse de Manado, dans la province de Sulawesi Centre, tous les catholiques ont disparus. Toutes les activités missionnaires sont bloquées et toutes les propriétés de l’Eglise et de la population chrétienne ont été détruites. La ville est aux mains des milices musulmanes protégées par l’armée. Le père Antonio Bayu Nuyartanto, curé à Poso, a été obligé de s’éloigner en raison de l’insécurité qui règne en ville. «Les activités missionnaires, dont la réalisation a nécessité des années de travail, sont perdues», constate le catholique Aloysius Laka, vice-président du conseil pastoral de Poso.
Avant le début des affrontements, environ 4’000 catholiques vivaient à Poso. Selon certaines ONG locales, seulement 10% des 40’000 habitants de Poso est encore en ville. Plus de 35’000 personnes se sont réfugiées dans les villes voisines de Palu, Tentena et Ampana. (apic/zn/fides/pr)



