La peur s’installe après un attentat contre des femmes à Djalalabad

Afghanistan: Les extrémistes ne veulent pas des femmes dans les bureaux de vote

Djalalabad, 5 juillet 2004 (Apic) «Si vous utilisez votre carte de vote, vous allez mourir». Les femmes sont empêchées de voter par des actes violents et par des menaces d’atteinte à leur vie. Sur les 4,6 millions de votants dûment enregistrés en prévision des élections de l’automne, l’ONU déplore que les femmes ne représentent que 36% des votants inscrits.

A la fin du mois de juin un attentat à la bombe perpétré par des talibans contre un bus qui amenait des femmes à un bureau d’enregistrement électoral près de Djalababad, dans l’est de l’Afghanistan, a tué deux femmes et un enfant. Elles ne faisaient qu’aller chercher une carte d’identification leur permettant de mettre leur bulletin dans l’urne aux prochaines élections de l’automne.

Comme l’explique une correspondance de Djalalabad au Daily Telegraph, les Nations Unies organisent l’enregistrement des 9 millions de votants. Sur les 4, 5 millions de personnes enregistrées, seulement 36% sont des femmes. Ce chiffre a augmenté de 15% il y a quelques mois, mais les femmes sont inquiètes à cause de l’attitude hostile des hommes.

L’une des femmes victimes de l’attentat contre le bus a déclaré depuis son lit d’hôpital, où elle est soignée pour sa jambe gauche brûlée, que les hommes passant devant le bus en feu criaient: «Laissez-les mourir ! Ce sont des femmes qui mendient les dollars américains. Ne les aidez pas!» «Et ils brandissaient nos sandales et nos habits bûlés», a-t-elle ajouté.

Dans la province de Nangahar, à l’est du pays, dont la capitale est Djalalabad, les femmes sont constamment menacées à propos des élections. Depuis trois ans à peine après la chute des talibans, les femmes ont obtenu le droit de vote et le retour de bâton est sévère, a déclaré cette victime de l’attentat. «Ces attentats vont continuer pendant des années, prédit- elle, et ce ne sera pas facile pour nous d’entrer en politique».

Un code tribal fait la loi

Dans cette région de Djalalabad, qui fait partie de la ceinture tribale Pathan, qui s’étend du sud à l’est, les gens vivent sous la loi d’un code tribal violemment conservateur, appellé pashtunwali. Un homme peut être tué simplement parce qu’il demande le nom du mari de telle ou telle femme

Le bureau des Nations Unies qui s’occupe de l’organisation des futures élections en Afghanistan, a été obligé d’ouvrir des bureaux d’enregistrement séparés pour hommes et femmes et comme il est quasi impossible de concevoir qu’une femme travaille au bureau d’enregistrement, les responsables politiques locaux choisissent un aîné du village pour traiter les inscriptions de vote des femmes, seul interlocuteur jugé acceptable par la coutume, face à des femmes.

La femme doit être dans la maison de son mari ou au cimetière

Dans cette région d’Afghanistan, des lettres de menaces sont apposées de nuit dans des arbres, sur des façades ou des éclairages publics avertissant les Afghans «de ne pas coopérer avec les Américains et de boycotter les élections». L’un de ces billets de menace dit: «Une femme afghane qui travaille avec des étrangers, spécialement des Américains, verra quel type de mort nous avons prévu pour elle». Dans le quartier où ces mots ont été déposés, les femmes reconsidèrent leur décision d’aller voter. Selon le témoignage d’une femme de 29 ans, qui aide des femmes pauvres à lire et à coudre: «Il y a beaucoup de ces lettres. Sur l’une d’entre elles est écrit: «La femme doit être dans la maison de son mari ou au cimetière». (apic/bbcnews/vb)

5 juillet 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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