Afrique: Appel à la communauté international de religieuses dominicaines
Quel avenir pour «une veuve endeuillée et dépouillée»?
Kinshasa/Maputo, 16 août 1999 (APIC) Dans la foulée de leur assemblée continentale, tenue du 15 au 25 juillet à Maputo au Mozambique, les Soeurs missionnaires dominicaines du Rosaire viennent d’adresser un texte d’interpellation à la communauté internationale. Pour dénoncer «les conséquences inhumaines des systèmes néocolonial et néolibéral imposés à l’Afrique». Le continent africain, écrivent-elles, demeure encore la scène du drame de la mort. Il «ressemble à une veuve endeuillée et dépouillée». Dans un terrible réquisitoire, elles dénoncent: des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont tués par des armes que l’Afrique ne fabrique pas. «La guerre n’est pas des Africains mais pour les Africains».
La déclaration de ces missionnaires dominicaines s’adresse en particulier à l’ONU, à l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), au Fonds Monétaire Internationale et à la Banque Mondiale, ainsi qu’à l’Union Européenne et aux Etats-Unis.
Les religieuses africaines, qui ont consacré leur assemblé d’été à analyser les situations auxquelles elles sont confrontées dans divers pays, ont le sentiment de vivre jusque dans leur «propre chair», écrivent-elles, «les conséquences inhumaines des systèmes néocolonial et néolibéral imposés à l’Afrique». Le spectacle que leur offre leur continent, à la veille du XXIe siècle et 50 ans après la Déclaration universelle des droits de l’Homme, provoque leur indignation, qu’elles traduisent en ces termes: «L’Afrique demeure encore la scène du drame de la mort. Elle ressemble à une veuve endeuillée et dépouillée».
Et d’expliquer: «Les guerres sous toutes formes: armées, politiques, économiques se généralisent au vu et au su de tout le monde dans le continent. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont tués par des armes que l’Afrique ne fabrique pas. Il est évident aujourd’hui que les puissances étrangères fournissent aux belligérants du continent de l’argent, des armes ou un appui logistique pour perpétuer les guerres sur la terre africaine. Elles favorisent à leur profit des clivages idéologiques, des conflits frontaliers et le jeu des alliances pour faire de l’Afrique leur champs de bataille. C’est dire que les guerres et les conflits vécus aujourd’hui en Afrique sont de pures manipulations de grandes puissances. Par conséquent, la guerre n’est pas des Africains mais pour les Africains».
Confiscation des biens africains
Les religieuses insistent pour que l’on ne s’indigne pas seulement avec elles devant l’extension des conflits armés. Car «d’autres types de guerre» font aussi de nombreuses victimes: «Le peuple africain n’a ni la liberté ni le pouvoir pour organiser son économie et sa politique car confisquées par les grandes puissances. Ces dernières continuent à piller les richesses de l’Afrique, imposant à ses peuples des dirigeants programmés par elles pour les intérêts de l’extérieur. Des dirigeants qui consentent volontairement à vendre leur conscience au détriment de leurs nations». Les Dominicaines missionnaires parlent globalement de «confiscation» pour souligner que la terre d’Afrique et ses richesses «n’appartiennent pas à ses habitants».
Parmi les injustices les plus criantes car elles portent gravement atteinte à la dignité des personnes, les religieuses citent «la militarisation croissante de mineurs; les réfugiés et les déplacés de guerre qui errent partout en Afrique, soumis aux conditions infrahumaines; les mines antipersonnel qui limitent les espaces vitaux et les possibilités d’activités agricoles, source de tout développement durable et maîtrisé; la privatisation des entreprises et la dette extérieure qui augmentent chaque fois le chômage, la misère et la dépendance totale».
Politique étrangère en cause
«Pour tout cela et pour notre amour du peuple africain, conclut la Dééclaration, nous nous unissons à tant de voix et d’actions de contestation pour exprimer notre solidarité et notre indignation en dénonçant: la fabrication et la vente des armes aux Africains; la politique africaine des puissances étrangères et des multinationaux; la lutte de grandes puissances pour l’hégémonie en Afrique déplaçant les conflits occidentaux en terre africaine; la manipulation des moyens de communication sociale en faveur des plus forts; la philosophie cachée dans l’aide humanitaire qui maintient l’Afrique dans une situation de dépendance continue; le silence complice de grandes instances mondiales face au drame des guerres interminables en Afrique et aux clameurs de ses populations».
La Déclaration, qui réclame des grandes instances internationales «des solutions efficaces et humaines pour une paix durable en Afrique», est signée par la trentaine de religieuses qui représentaient les missionnaires dominicaines d’Afrique à la session de Maputo, dont la supérieure générale, Soeur Hernandez Mari Auxiliadora et la secrétaire générale, Soeur Fernandez Carmina Sofia. (apic/cip/pr)




