Malgré des accords signés, un odieux trafic prolifère

Afrique de l’Ouest: Bilan du trafic d’enfants

Par Ibrahima Cissé, Apic

Dakar, 25 juillet 2004 (Apic) Certains Etats africains ont intensifié cette semaine la mobilisation autour de l’enfance. Mais le fléau est loin d’être éradiqué. Le trafic transfrontalier des enfants, les pires formes du travail des enfants, les abus de toute sorte sur des êtres sans défense s’ajoutent au sombre tableau de la mortalité des enfants en Afrique.

De longue date, des gouvernements adoptent de nombreuses mesures. Tout récemment, le Mali et le Sénégal ont signé un accord de collaboration entre leurs deux pays. Cependant le trafic des enfants et de la main d’oeuvre juvénile sont loin d’être éradiqués, comme le rapporte le correspondant de l’Apic à Dakar. Outre les difficiles conditions de vie des enfants, leur situation est plus éprouvante encore pour les quelque trois millions d’entre eux qui ont perdu l’un de leurs parents ou les deux, à cause du sida.

Plusieurs organismes et agences des Nations Unies se lancent dans une nouvelle offensive contre le trafic des enfants. Ce fléau gangrène l’Afrique de l’ouest. Selon l’Organisation Internationale des Migrations (Oim), la traite des êtres humains serait particulièrement intense dans cette partie de l’Afrique. Les statistiques de l’organisation font état de 1178 femmes et enfants nigérians déportés de leur pays entre 1999 et 2000.

Les services de l’immigration du Ghana estiment, de leur côté, qu’au moins 3’582 femmes sont victimes de cette traite entre 1998 et 2000. Seules 535 d’entre elles ont pu rejoindre leur pays d’origine. Des circuits complexes et de nombreuses connexions sont établis entre les pays de la sous-région pour l’organisation de cette traite, malgré les conventions et accords internationaux.

Le Bénin, plaque tournante

Le Bénin est considéré comme une plaque tournante du trafic des enfants. La semaine dernière, 27 enfants mineurs âgés de 6 à 12 ans accompagnés de leurs quatre convoyeurs ont été interceptés par la police des frontières, au Bénin. Victimes de trafic d’enfants, leurs destinations finales étaient la Côte-d’Ivoire et le Ghana, en passant par le Togo, a rapporté l’agence de presse de l’Onu, «Irin» (Réseau d’Information régionale Intégrée). Le Gabon, le Nigeria, la Côte-d’Ivoire, le Ghana et le Cameroun sont les principales destinations des enfants victimes du trafic.

Arrachés à leurs parents pauvres en échange de petites sommes d’argent évaluées à 30’000 francs CFA (environ 75 francs suisses), ils sont ensuite vendus comme esclaves à des planteurs. Dans certains cas, ils sont utilisés pour travailler dans des carrières de sable ou de granit. Les plus chanceux sont placés comme domestiques dans des familles.

200’000 enfants victimes de trafic en Afrique de l ’Ouest

L’Unicef estime que près de 200’000 enfants sont victimes de trafic en Afrique occidentale et centrale. Le Mali est particulièrement touché par le phénomène du trafic des enfants en Afrique de l’Ouest. Vaste pays de plus d’un million de km2, ses dirigeants intensifient désormais la lutte contre le mal. Dans ce cadre, ils ont négocié et signé des accords avec les pays voisins, la Côte- d’Ivoire, le Burkina-Faso et le Sénégal.

De juin 2000 à juillet 2004, 277 enfants ont été interceptés par les forces de sécurité et de contrôle, sur le territoire malien, sur la frontière avec la Côte d’Ivoire. Un autre accord sera signé dans le même sens avec l’ensemble des pays membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Le Mali a également signé un accord avec le Ghana.

Enfants-guerriers, enfants dans des camps, enfants victimes du sida

Le Burkina-Faso s’est aussi engagé en faveur de l’enfance. La province du Boulkiemdé, voisine du Ghana, a ainsi décidé que le mois de juillet de chaque année sera celui de l’enfant. Boukari Bara Kalhil, haut-commissaire de la province et représentant local de l’Etat a estimé que les enfants ont plus que besoin d’un cadre d’expression, de solidarité permanente et d’épanouissement. Car, a-t- il dit, ils sont utilisés dans les guerres, souffrent dans les camps de réfugiés, sont victimes du sida, des pires formes d’exploitation et de la délinquance juvénile.

La Côte-d’Ivoire qui a de tout temps été accusée de favoriser le trafic d’enfants, comme le rapporte le correspondant de l’Apic en Afrique de l’Ouest, a décidé de s’engager dans la lutte contre le fléau. Une Commission permanente de suivi d’un accord de coopération Mali-Côte- d’Ivoire, réunie à Abidjan le 16 juillet dernier, a recommandé l’adoption dans les meilleurs délais, de textes spécifiques sur la traite des enfants en Côte-d’Ivoire. Elle a aussi, préconisé, entre autres, la réalisation d’une étude nationale sur la traite des enfants en Côte-d’Ivoire, la vulgarisation des études déjà réalisées dans les deux pays en matière de lutte contre le trafic d’enfants, ainsi que l’accélération de l’élaboration du manuel de procédures en matière de traite des enfants.

Le quotidien ivoirien «Fraternité Matin» a rapporté que la crise politico- militaire que traverse le pays depuis le 19 septembre 2002 engendre un flux migratoire en direction de la Côte d’Ivoire. Il concerne surtout les enfants

Au Sénégal, le travail des enfants touche un demi-million d’entre eux

Le Sénégal est touché, à moindre degré, par le trafic ou la traite des enfants. En revanche, il est confronté à grande échelle, par le travail des enfants. Jeudi 22 juillet, il a lancé un «Programme Assorti de Délais pour l’Abolition des Pires Formes de Travail des Enfants» (Padapfte). Financé par le ministère américain du Travail, il vise les enfants des secteurs de la mendicité, du travail domestique, de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage. Le pays compte 458’000 enfants âgés entre 5 et 15 ans, employés dans ces différents domaines, a déclaré à cette occasion, Yéro Déh, ministre de la Fonction publique, du travail, de l’emploi et des organisations professionnelles. Citant une enquête datée de juin 2000, il a indiqué que 39,4% sont des garçons et 35,7% des filles. (apic/ibc/vb)

25 juillet 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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