Afrique: Des responsables d’Eglises réfléchissent sur les «genres» dans leurs communautés

Sus au sexisme dans les Eglises réformées

Atakpamé, 28 septembre 1999 (APIC) Atakpamé, deuxième ville du Togo, a servi de cadre fin août à un atelier régional organisé par l’Alliance réformée mondiale (ARM) sur le thème «Genres, théologie et Eglises». La rencontre visait à sensibiliser les responsables ecclésiastiques africains à la nouvelle compréhension de la question des «genres».

Renonçant au terme de «sexes», les participants ont évalué le rôle des genres dans la société africaine pour mieux saisir la discrimination qui y est liée et instaurer au sein de l’Eglise «une justice relative aux genres». «Les rôles relatifs aux genres, ont souligné les organisateurs de l’atelier, sont déterminés par des facteurs sociaux et historiques et peuvent être modifiés.» C’est pourquoi, l’accent a été mis sur la formation d’animateurs de structures ecclésiastiques capables d’opérer des changements en Afrique.

Une telle initiative ne va pas sans passer par le développement de réflexions théologiques sur la question. En outre, l’introduction du terme «genre» vise à dépasser la notion restrictive de «sexe» renvoyant aux différences biologiques pour aborder des préoccupations d’ordre général. Car, indiquent les responsables de l’ARM, les questions qui concernent les femmes ne sont pas seulement des «problèmes féminins».

Pas de femmes pasteurs au Niger

Mais bien des difficultés vont se présenter tout au long de cette démarche. Pour le pasteur Harouna Labo, président de l’Eglise évangélique de la République du Niger (EERN) et délégué du Niger, les raisons culturelles sont incontournables: «Nous avons hérité d’une culture qui met plus l’accent sur le rôle que joue l’homme, reléguant la femme au second plan et cela même dans l’Eglise.» Et de citer en exemple le fait qu’actuellement, une femme ne peut prétendre assurer les charges de pasteur dans une paroisse du Niger. Quel que soit son niveau de connaissances bibliques ou théologiques, elle se verra confier un poste d’enseignante, de monitrice d’école du dimanche ou d’animatrice d’un groupe de femmes.

Pour l’Eglise, cette situation représente un gaspillage de ressources, surtout à un moment où les femmes acquièrent un niveau de formation de plus en plus élevé. En outre, la tradition nigérienne se montre très exigeante à l’égard de la femme: la jeune fille est par exemple tenue de rester vierge jusqu’au mariage, alors que le champ est laissé libre au garçon. «Ce séminaire est un éveil de conscience des chrétiens par rapport à cette situation», a ajouté le pasteur Harouna Labo, avant de préciser qu’il s’agit pour l’Eglise du Niger de ne pas être en marge du combat pour la revalorisation et la défense des intérêts de la femme.

La rencontre d’Atakpamé a ainsi fourni l’occasion à la dizaine de participants de Madagascar, de l’Ile de la Réunion, de l’Ile Maurice, du Rwanda, de la République Démocratique du Congo, de Centrafrique, du Cameroun, du Sénégal, du Togo, du Burkina et du Niger de se pencher sur les entraves culturelles au changement. Pour favoriser l’évolution des mentalités, le Département «Partenariat entre femmes et hommes» de l’ARM a débloqué un fonds de 7’000 dollars qui servira à la production et à la diffusion d’une documentation audiovisuelle et écrite, adaptée aux réalités locales.

Malgré des progrès, la femme est toujours discriminée

La question des genres est d’actualité et a déjà fait l’objet de débats et d’études, ces quarante dernières années. Malgré les progrès – enregistrés principalement dans les pays développés – les relations entre l’homme et la femme ne sont toujours pas exemptes de discriminations. «Les hommes continuent d’occuper des positions dominantes dans la plupart des secteurs de la vie publique et d’exercer les professions les plus appréciées», constatent les organisateurs. C’est ainsi que des termes tels que «sexisme» ou «patriarcat» sont apparus pour qualifier la situation. Depuis 1992, l’ARM s’efforce de faire naître au sein des Eglises réformées une nouvelle perception de la notion de genre basée sur la justice. Elle entend ainsi former «une communauté de foi sans exclusive» telle que voulue par Jésus-Christ, et «répondre par là même aux besoins de l’Eglise et de la société aujourd’hui». (apic/spp/be)

28 septembre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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