Ni grands procès ni véritable réconciliation
Afrique du Sud: Commission Vérité et Réconciliation: les victimes restent sur leur faim
Johannesburg, 13 mars 2000 (APIC) Plus d’un an après la remise du rapport final des travaux de la Commission vérité et réconciliation (TRC), en octobre 1998, l’Afrique du Sud n’a eu ni grands procès ni véritable réconciliation. Les dossiers paraissent bel et bien enterrés. Le bilan est amer, titre le quotidien catholique français «La Croix», qui consacre une analyse sur le sujet.
En théorie, les personnes reconnues responsables de violations des droits de l’homme pendant l’apartheid et n’ayant pas demandé (ou obtenu) l’amnistie doivent faire l’objet de poursuites judiciaires. A plusieurs reprises, Nelson Mandela, lorsqu’il était encore président, a insisté sur la nécessité d’aller jusqu’au bout de ce processus. Mais son successeur, Thabo Mbeki, ne montre pas la même détermination, estime Sabine Cessou, dans sa correspondance particulière de Johannesbourg.
Par ailleurs, gêné de voir écornée son image par les atrocités qu’il a lui-même commises, le Congrès national africain (ANC), au pouvoir, s’est opposé à la dernière minute à la publication du rapport de la TRC. Ainsi, depuis le départ de Nelson Mandela, la question d’éventuelles suites judiciaires a été érigée en tabou. Et pour cause: sur le banc des accusés se trouvent les généraux et anciens dignitaires de l’apartheid et des partis noirs, comme Winnie Madikizela-Mandela et Mongosuthu Buthelezi.
L’ex-femme de Nelson Mandela, par exemple, jouit d’une popularité dont l’ANC ne veut pas se passer. Même si un nouveau procureur général chargé de ce dossier a été nommé, Bulelani Ngucka, il s’est bien gardé de trancher. Sur le terrain, les plaies sont encore vives.
Pour les «héros inconnus», comme se désignent eux-mêmes les militants ordinaires de la lutte anti-aparteid, la pilule est amère. On est loin de l’esprit de réconciliation. De plus comme l’a fait remarquer Desmond Tutu, l’archevêque anglican aujourd’hui en retraite à Atlanta (Etats-Unis), aucun des grands responsables politiques de l’ancien régime n’a fait son mea culpa. «La réticence des dirigeants blancs, a-t-il regretté, est revenue cracher à la figure des victimes».
De fait, l’ancien président Pieter Willen Botha a été assigné à comparaître devant la TRC, mais il n’a pas cédé. L’artisan des pires années de l’apartheid a préféré se plier à un procès de pure forme, taxant la TRC de «cirque» et ses travaux de «chasse aux sorcières». Pourtant grâce à cette commission, la vérité, même partielle, a éclaté. Ce qui est un pas important dans un pays où les atrocités commises pendant l’apartheid sont toujours niées ou minimisées par la communauté blanche. (apic/cx/mk/pr)




