Il avait choisi la voie de la lutte contre l’apartheid
Afrique du Sud: Décès du théologien réformé sud-africain Beyers Naudé
Le Cap, 9 septembre (Apic) Le théologien sud-africain Beyers Naudé, importante figure de la lutte contre l’apartheid, est décédé mardi 7 septembre à Johannesburg. Alors qu’il aurait pu se trouver à la tête de l’Eglise réformée hollandaise (NGK) et de la puissante société secrète de la minorité blanche dominante, le Broederbond, il avait préféré la voie solitaire de l’opposition à l’apartheid.
Le militant anti-apartheid, décédé à l’âge de 89 ans dans une maison de retraite à Johannesburg, non loin de son ancienne paroisse de Northcliff, a été décrit par l’ancien président Nelson Mandela comme un «vrai fils de l’Afrique». Dans sa déclaration, Nelson Mandela a déclaré qu’il était «un brave» qui s’était opposé l’apartheid alors que, «pour les Blancs, il était alors très impopulaire de le faire».
Il avait provoqué la colère des autorités sud-africaines
C.F. Beyers Naudé – nommé d’après un général de la guerre des Britanniques contre les boers – avait dû quitter son Eglise en 1963 en raison de sa prise de position contre l’apartheid. Il avait été obligé de démissionner de son poste de président du synode régional du Transvaal du Sud de l’Eglise réformée hollandaise.
Pendant 15 ans, son travail pour l’Institut chrétien, créé en août 1963, et pour la revue mensuelle Pro Veritate, qu’il avait lancée en 1962, a provoqué la colère des autorités sud-africaines. En 1977, il a été frappé d’une «mesure d’interdiction» pendant sept ans: ses déplacements et ses actions publiques étaient sévèrement limités.
Après la traversée du désert, la consécration
Après cette traversée du désert, il a succédé en 1985 au lauréat du Prix Nobel de la paix Desmond Tutu, comme secrétaire général du Conseil des Eglises d’Afrique du Sud, poste qu’il a occupé jusqu’à sa retraite en 1987. Fils d’un pasteur, Beyers Naudé a rejoint en 1939 le Broederbond, la société secrète afrikaner fondée par son propre père. Cette alliance secrète cherchait à promouvoir les intérêts des Afrikaners blancs, les descendants des colons principalement néerlandais et français, dans les organisations de l’Etat, de l’Eglise, de la politique et de l’économie.
Son changement de direction politique a été provoqué par le massacre par les autorités sud-africaines, en 1960, de 69 Sud-Africains noirs à Sharpeville, près de Johannesburg, alors qu’ils manifestaient contre les lois relatives aux laissez-passer limitant les mouvements des Africains noirs.
Si Beyers Naudé a été isolé de ses compagnons afrikaners durant les années de l’apartheid, il est devenu une icône de la résistance à l’apartheid et un héros parmi les Africains noirs. A l’occasion de son 80e anniversaire, Nelson Mandela l’a décrit comme un prophète. «Beyers Naudé est devenu un paria parmi les Afrikaners, de nombreux Blancs et dans l’Eglise qu’il aimait.»
Une icône de la liberté
Pour le président sud-africain Thabo Mbeki, Beyers Naudé était «une icône de la liberté». En Norvège, où il se trouvait, l’archevêque Desmond Tutu, ancien leader anglican sud-africain, a déclaré en apprenant le décès de Beyers Naudé: «C’était sans aucun doute l’un des plus grands fils que notre terre ait portés. Son intégrité l’a obligé à obéir à sa conscience quel qu’en soit le prix. Il s’est attiré une animosité très forte de la part de sa communauté afrikaner. Il a montré que les blancs n’étaient pas tous les mêmes.»
Du Kenya, le pasteur Sam Kobia, secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE), a rendu hommage à Beyers Naudé en ces termes: «Beyers Naudé a toujours défendu la vérité, défiant tous les efforts du régime de l’apartheid d’Afrique du Sud pour le réduire au silence. Sa voix et l’exemple de sa vie ont été une source d’inspiration et d’espoir pour le peuple chrétien à travers le monde.» Pour le secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale, Ishmael Noko, un Zimbabwéen qui a étudié en Afrique du Sud, Beyers Naudé était «un prophète de son temps», dont la vie a été marquée par la «désobéissance évangélique». (apic/eni/be)



