Certaines n’ont pas su ni voulu résister à l’hérésie de l’apartheid

Afrique du Sud: Les Eglises confessent leur complicité avec l’ancien régime raciste

East London (Afrique du Sud), 23 novembre 1997 (APIC) Pour Desmond Tutu, ancien archevêque anglican du Cap, aujourd’hui président de la Commission «Vérité et Réconciliation», qui enquête sur les violations des droits de la personne commises sous le régime de l’apartheid, aucune Eglise sud-africaine n’est dispensée de l’obligation de confesser ses actions durant cette période.

Durant trois jours, à partir du 17 novembre, la Commission a entendu les représentants d’Eglises chrétiennes et d’organisations qui y sont rattachées, des responsables des communautés juives, hindoues et musulmanes et de communautés religieuses africaines traditionnelles. Tous sont venus à East London témoigner devant la Commission et rappeler leurs actions et leurs souffrances sous le régime de l’apartheid. Les délégués des religions représentées ont aussi évoqué les mesures prises pour favoriser la réconciliation nationale.

Certains ont raconté ce qu’ils avaient fait ou dit pour s’opposer à l’apartheid, tout en admettant qu’ils n’avaient pas fait assez. D’autres ont reconnu avoir été aveuglés par la propagande du régime, et n’avoir pas su rassembler leurs efforts pour s’opposer à l’hérésie de l’apartheid parce que ceux qui luttaient contre ce système étaient des «communistes». Tous ont reconnu avoir, à un certain degré, favorisé les pratiques de l’apartheid dans leurs propres structures.

Ce sont des chrétiens allemands qui ont soutenu Hitler…

«Ceux qui témoignent, a déclaré Desmond Tutu, ne sont pas tenus de confesser les péchés des autres, ni de vouloir se justifier. «Vous êtes ici pour dire pour parler de ce que vous avez fait. L’Afrique du Sud est un pays très religieux. La pratique religieuse, en ce domaine, n’est pas forcément le gage d’une action exemplaire en politique. Après tout, ce sont des chrétiens allemands qui ont soutenu Hitler. Mais ce sont aussi des chrétiens qui ont résisté avec un courage admirable à l’horreur du nazisme».

Au début, la Commission, qui a commencé ses débats en mai de l’an dernier, a entendu les témoignages de particuliers, puis de groupes de médecins, d’avocats, d’hommes d’affaires et de journalistes. Les juges ont aussi été invités à expliquer comment le système judiciaire était devenu complice de l’Etat de l’apartheid et des forces de sécurité – mais ils ont refusé de venir témoigner devant la Commission.

Le comité d’amnistie de la Commission peut en certains cas accorder l’amnistie et éviter d’éventuels procès civils ou criminels à ceux qui ont bafoué les droits de la personne. Un autre comité fera l’an prochain des propositions au président Nelson Mandela en vue de l’indemnisation des victimes.

A la demande de la Commission, la majorité des communautés religieuses ont déjà présenté des rapports écrits sur leur rôle durant l’apartheid. Les débats de cette semaine sont consacrés aux déclarations publiques.

Le deuxième jour des débats, durant lequel les représentants de communautés juives, hindoues et musulmanes ont témoigné, l’archevêque Tutu a présenté «des excuses aux membres des autres religions pour notre arrogance en tant que chrétiens. Pendant longtemps, a-t-il ajouté, nous nous sommes comportés comme si nous étions la seule religion dans notre pays alors que nous sommes une société multiconfessionnelle depuis des siècles.». Par exemple, les religions non chrétiennes n’avaient obtenu aucun temps d’antenne à la radio et à la télévision

Les pays «chrétiens» n’ont pas toujours été les meilleurs

«Nous avons prétendu avec arrogance, déclaration difficile à justifier, que c’était un pays chrétien. Je n’ai jamais su si cela signifiait seulement que la majorité des habitants étaient chrétiens. L’expérience nous apprend que dans ce monde ceux qui se prétendaient être des pays chrétiens n’ont pas toujours été les meilleurs. Les chrétiens n’ont pas le monopole de Dieu. Reconnaître la réalité de l’existence d’autres religions ne signifie pas que les chrétiens doivent remettre en question les principes auxquels ils sont attachés», a fait encore observer l’archevêque Desmond Tutu. (apic/eni/ba)

30 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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