Sans elles, je ne serais pas là en ce jour

Afrique du Sud: Nelson Mandela a rendu hommage aux institutions religieuses de son pays

Le Cap, 7 décembre 1999 (APIC) Salué par des applaudissements chaleureux, des sifflements et des participants qui s’étaient levés pour l’ovationner, l’ancien président de l’Afrique du Sud Nelson Mandela a rendu hommage, le 5 décembre, aux institutions religieuses de son pays. «Sans elles», a-t-il dit, «je ne serais pas là en ce jour».

Nelson Mandela était l’orateur principal du Parlement des religions mondiales, tenu du 1er au 8 décembre au Cap, en Afrique du Sud. Le dimanche 5 décembre, il s’est adressé en session plénière devant quelque 6’500 participants, leaders spirituels et délégués venus de 90 pays et représentant différentes traditions religieuses.

Admiré dans le monde entier pour son charisme et son rôle d’artisan de la paix et de défenseur de la justice, Mandela s’est fait encore davantage applaudir lorsque les participants ont su qu’il aurait dû être aux Etats-Unis le 1er décembre pour honorer un engagement pris antérieurement.

«Mais lorsque l’on m’a parlé de ce rassemblement, j’ai changé tout mon programme pour être ici», a-t-il dit. «Cette rencontre peu avant la fin de ce siècle est une réponse au cynisme désespéré et nous invite à la reconnaissance et à la réaffirmation de ce qui est grand, généreux, et bienveillant dans l’esprit humain.»

L’ancien leader de la lutte contre l’apartheid, aujourd’hui âgé de 81 ans, a rappelé que sa génération était le produit de l’éducation religieuse. «Nous avons grandi en un temps où le gouvernement de ce pays ne se souciait que des blancs, minorité de moins de 15% de la population, et ne s’intéressait pas du tout à notre éducation».

Un rôle primordial dans l’éducation des Noirs

Ce furent les institutions religieuses, chrétiennes, musulmanes, hindoues et juives, qui achetaient des terres, construisaient et équipaient des écoles, employaient des professeurs et les payaient. «Sans les institutions religieuses, je ne serais pas parmi vous aujourd’hui», a souligné Nelson Mandela. «Mais pour apprécier l’importance de la religion, il faut avoir été dans une prison sud-africaine sous le régime de l’apartheid, il faut avoir vu la cruauté, sous sa forme brute, d’êtres humains à l’encontre d’autres êtres humains. Ce furent encore les institutions religieuses qui nous ont apporté l’espoir qu’un jour nous sortirions de prison.» C’est pourquoi Nelson Mandela a déclaré respecter les institutions religieuses et essayer autant que possible de lire les livres sacrés des différentes religions.

Passant de ce témoignage personnel au travail du Parlement des religions mondiales, Nelson Mandela a poursuivi: «Nous devons aller au plus profond de notre foi alors que nous sommes au seuil d’un nouveau siècle. La religion aura un rôle crucial à jouer en guidant et en inspirant l’humanité et en l’aidant à faire face aux énormes défis qui l’attendent». En Afrique du Sud, a-t-il dit, il est nécessaire et urgent que les efforts déployés dans les domaines du développement et de la reconstruction sociale et matérielle soient accompagnés d’un «PRD de l’âme» – référence au Programme de reconstruction et de développement, stratégie de développement économique et social de la période qui a suivi l’apartheid. «Cela est tout aussi vrai pour le monde entier».

La mondialisation de l’économie et les progrès de la technologie de la communication ont rapproché les nations. Ces progrès peuvent, cependant, avoir contribué à une confusion croissante des valeurs, a-t-il poursuivi. Les religions, comme les autres aspects de la vie humaine, doivent relever des défis. «Nous avons vu comment la religion fournit parfois une base, voire une légitimation, aux expressions violentes de l’intolérance et de la haine. La religion semble parfois, et c’est tragique, avoir perdu son pouvoir d’inspirer aux gens les valeurs justes». (apic/eni/tg)

8 décembre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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