Caritas et la CIDSE ont enquêté en Afrique et appellent à l’action

Afrique : Le commerce non équitable du coton

Michel Bavarel, Genève

Genève, 10 novembre (APIC) Jacques Bertrand, de Caritas Internationalis à Rome et Jean-Claude Michellod, délégué du même organisme à Genève, ont participé à une mission d’enquête en Afrique sur le « commerce non équitable » du coton qui porte préjudice à des millions de producteurs. Ils présentaient ce mardi le rapport de cette mission.

Quatre pays africains, le Tchad, le Mali, le Bénin et le Burkina Faso ont mené, lors de la réunion de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) de Cancun, au Mexique, en septembre 2003, une offensive diplomatique pour obtenir l’élimination des subventions des pays du Nord, en premier lieu des Etats-Unis, qui faussent le marché du coton.

Les dix millions de personnes vivant de cette culture dans cette partie de l’Afrique voient leurs conditions de vie se détériorer. Cela, entre autres, parce que les 25’000 producteurs américains se partagent une aide de leur gouvernement de 2 à 3 milliards de dollars (soit environ un million par producteur). L’Union européenne soutient également ses producteurs d’Espagne et de Grèce. Ces subventions entraînent une surproduction qui déprime les prix sur le marché mondial. Voila comment des Africains qui, sinon, seraient compétitifs, se trouvent en difficulté.

Face à cette situation, Caritas Internationalis et la CIDSE (Coopération internationale pour le Développement et la Solidarité, regroupant les « actions de carême ») ont envoyé une mission d’enquête de sept personnes dans les quatre pays cités. Durant trois semaines, ces personnes ont rencontré des paysans, et spécialement des femmes qui effectuent une lourde besogne, comme des ministres ou des évêques. Elles ont rédigé un rapport intitulé « Commerce non équitable, le coton. » En espérant que ce rapport incitera la « société civile » à faire pression sur les gouvernements pour aboutir à un changement.

C’est d’autant plus urgent que la situation s’est encore aggravée dernièrement. Alors que la récolte de coton commence, son prix chute à nouveau, le dollar baisse, le pétrole s’envole, ce qui accroît les frais de transport, et les criquets pèlerins ravagent les champs.

De lentes négociations

A l’OMC, un sous-comité du coton a été constitué en juillet et le Brésil qui, de son côté, avait déposé une plainte, a obtenu gain de cause (mais les Etats-Unis ont fait appel). Les négociations exigent du temps et de la patience. Or les paysans africains ont faim aujourd’hui. C’est pourquoi des représentants d’organismes participant à la présentation de ce rapport ont évoqué la constitution d’un fonds de soutien provisoire, jusqu’à ce qu’une solution entre en vigueur. Même cela semble problématique.

Les auteurs du rapport en conviennent : bien qu’essentielle, la suppression des subventions ne résoudrait pas tous les problèmes, même si elle permettrait une remontée des prix estimée entre 3 et 15 %. L’actuelle chute des cours est principalement due à une production excédentaire en Chine. On peut également relever que le paysan africain ne met dans sa poche qu’à peine la moitié du prix mondial, le reste allant on ne sait trop où, alors que le paysan indien reçoit 80 ou 90 % de ce prix. Le rapport souligne encore que les programmes d’ajustement structurel du FMI conduisent à un retrait des pouvoirs publics dans les quatre pays examinés.

« Agir aux niveaux local et international ». C’est l’appel lancé par Caritas Internationalis et la CIDSE. Il s’agit de restructurer le secteur cotonnier et de mettre en place un filet de sécurité, « en vue de réduire la vulnérabilité des producteurs et de rétablir leur confiance ». Et, bien sûr, d’accomplir tout un travail de lobby, tant aux Etats-Unis qu’auprès de la Communauté européenne ou en Afrique. C’est à quoi entendent s’employer Caritas Internationalis et la CIDSE, avec d’autres entités de la société civile. MBA

Encadré

Le coton est tout pour nous

« Le coton est tout pour nous, nos médicaments, notre hôpital, nos écoles, nos enfants », explique le Burkinabé Joseph Kaboré, qui cultive le coton depuis 1986. « Au début, le coton nous donnait de l’espoir ; mais avec le faible prix du marché et le coût élevé des intrants, nous n’avons pas l’argent nécessaire pour subvenir aux besoins de nos familles. (.) La baisse des prix mondiaux du coton a porté un rude coup au pouvoir d’achat des plus de deux millions de personnes dépendant de la filière du coton au Burkina Faso, dont bon nombre de familles de cultivateurs pauvres. La forte baisse n’a pas seulement causé des pertes importantes de recettes publiques tirées de l’exportation, mais a contribué à accroître la pauvreté au sein des communautés rurales, l’insécurité alimentaire, la migration et les tensions sociales ». (apic/mba)

10 novembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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