Conquérir un marché de 700 millions de personnes
Afrique: Le pape Jean Paul II s’en va le jour de l’arrivée du président Clinton
Rome, 26 mars 1998 (APIC) Le jour même où le pape Jean Paul II a quitté le Nigéria pour rentrer à Rome, Bill Clinton, président des Etats-Unis, est arrivé en Afrique. La plus haute autorité morale et religieuse du monde, sans armes politiques ou économiques, a fait place à la plus haute autorité politique et économique de la planète.
Même si 14% des citoyens des Etats-Unis sont afro-américains, la dernière visite d’un Chef d’Etat américain en Afrique remonte à 1978. Pour combler ce vide de vingt ans, le président Clinton a songé à ce voyage presque pharaonique: onze jours de déplacements et de rendez-vous dans six Etats du continent, trois avions, et huit cents personnes dans sa suite, dont 250 journalistes. Le voyage papal avait mobilisé, quant à lui, 25 accompagnants et 65 journalistes.
Les six pays retenus (Ghana, Ouganda, Rwanda, Afrique du Sud, Botswana, et Sénégal) ont été choisis parce que leurs chefs d’Etat actuels ont été désignés ou confirmés par des élections libres auxquelles participaient de nombreux autres candidats. Avec une seule exception pour le Rwanda, dirigé par des militaires Tutsis, qui a mérité une visite éclair mercredi pour rendre hommage aux victimes du génocide de 1994. Deux des principaux partenaires économiques et politiques, le Nigéria et le Zaïre, ont été écartés parce que «politiquement incorrects».
Tous ces pays sont dans l’orbite américaine.
Le Ghana et l’Ouganda représentent des modèles de redressement économique. L’Ouganda est aussi un allié géopolitique face au radicalisme islamique de son voisin le Soudan. L’Afrique du Sud est le partenaire commercial les plus important (avec le Nigéria) et une étape symbolique, tandis que le Sénégal est un des rares pays francophones où sont présents des instructeurs américains pour la création de l’ACRI (la force militaire panafricaine d’intervention rapide parrainée par les Etats-Unis).
La caravane présidentielle est franchement disproportionnée si l’on considère que les exportations vers l’Afrique noire représentent à peine 1% des exportations totales des Etats-Unis et que les importations représentent à peine 2% de leur total, et comprennent presque exclusivement du pétrole en provenance du Nigéria, de l’Angola et du Gabon. Le discours est le même pour les échanges financiers: les investissements des Etats-Unis sont concentrés à 97% en Afrique du Sud et au Nigéria.
Enfin, les aides apportées au continent noir ont connu, ces dernières années, une diminution constante: il y a trois ans, elles ont été diminuées de 25% et de 17% l’an dernier. Elles s’élèvent actuellement à plus d’un milliard de dollars, mais c’est moins que ce que la France et le Japon versent respectivement à l’Afrique et moins de ce que les Etats-Unis accordent à Israël et à l’Egypte.
Avenir économique prometteur
Le marathon africain du président Clinton aura son point culminant politique dans un sommet avec une dizaine de chefs d’Etat à Kampala. Pourquoi tout cela? Une explication est fournie par sa sous-secrétaire pour les Affaires africaines, Susan Rice: «A mesure que s’accroîtra l’immense marché africain de 700 millions de personnes, actuellement inexploité, et que s’accroîtront nos parts de marché, des millions de postes de travail seront créés aux Etats-Unis».
Une donnée parle d’elle-même de manière claire: les maigres investissements des Etats-Unis en Afrique noire sont plus rentables que les énormes investissements réservés à l’Asie et à l’Amérique Latine. Selon plusieurs instituts, ils auraient été, entre 1990 et 1994, en moyenne trois fois plus rentables que dans les autres parties du monde. Malgré un volume encore très bas, les échanges américains avec l’Afrique ont augmenté de 18% en 1996: une croissance supérieure à celle des échanges globaux américains.
Enfin, le total de l’import-export entre les Etats-Unis et l’Afrique sub-saharienne continue à être supérieur à celui entre Washington et l’ex Union Soviétique. Les multinationales et les hommes d’affaires des Etats-Unis se disputent les places de premier rang sur le marché africain, non seulement pour les grandes réserves de matières premières du Congo, redevenues matières d’affaires après la longue parenthèse «mobutiste», mais aussi pour le pétrole et pour les diamants. (apic/fides/ab)



