Pour résoudre les crises africaines
Afrique: Le Saint-Siège appuie les efforts du Conseil de sécurité de l’ONU
Rome, 27 avril 1998 (APIC) L’Eglise soutient les efforts actuellement menés par le Conseil de Sécurité de l’ONU pour stabiliser la situation africaine, a garanti vendredi dernier devant ce conseil, Mgr Jean-Louis Tauran, «ministre des Affaires étrangères du Vatican». Ce dernier a réaffirmé les cinq priorités du Saint-Siège pour l’Afrique: «Eduquer les personnes aux droits de l’homme pour que cesse la loi du plus fort; aboutir à l’annulation de la dette extérieure; faire grandir la démocratie et le dialogue politique; considérer les exportations d’armes comme une coopération aux conflits et aux génocides; aider enfin l’Afrique de façon désintéressée».
Publiée lundi par le Vatican, l’intervention de Mgr Tauran, secrétaire pour les relations avec les Etats, a été prononcée à New-York, vendredi devant les ministres des Affaires étrangères des pays membres du Conseil de Sécurité de l’ONU alors que le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, exposait le même jour devant le même Conseil un rapport sur la situation africaine.
Partageant les « analyses empruntes de réalisme et de solidarité>> de M. Kofi Annan, Mgr Tauran a constaté que l’Afrique ne manque «ni de ressources matérielles, ni de ressources humaines», a-t-il remarqué. «Qui d’entre nous ne partagerait pas ce que nous signale ce même rapport?: la dégradation continue des richesses naturelles et d’immenses superficies de terre improductives, une malnutrition massive, une politique de santé déficiente, des conflits ethniques cruels, une démocratie fragile, la corruption systématique et le poids de la dette extérieure».
Les injustices engendrent les guerres
«En réalité, tous ces problèmes sont liés: les injustices engendrent les guerres, les conflits causent la pénurie, l’extrême pauvreté provoque les déplacements de personnes, l’appauvrissement de sociétés entières suscite désespoir et passivité».
Devant «autant de défis» posés à la communauté internationale, le représentant du Saint-Siège précise: «Permettez-moi de vous assurer que, dans vos efforts, vous trouverez toujours à vos côtés, l’Eglise catholique dont la sollicitude empressée envers l’Afrique a déjà une longue histoire».
Mgr Tauran s’est ensuite exprimé sur les «priorités du Saint-Siège pour l’Afrique». Au premier rang de celles-ci, il y voit la lutte contre le «manque de respect pour la personne humaine». Il faut créer une nouvelle conscience qui respecte la vie, les diversités ethniques et le savoir faire de chacun. En un mot, il faut une éducation aux droits de l’homme lucide et immédiate pour que cesse la loi du plus fort.
La recherche de mécanismes capables d’aboutir à l’annulation de la dette extérieure est également importante: L’ouverture des marchés sans trop exiger de contreparties onéreuses tout en respectant le rythme propre du développement africain en est une condition primordiale.
Autre priorité: «Seule l’éducation à une démocratie respectueuse des traditions locales et le dialogue politique pourront apporter justice et paix». Et Mgr Tauran, en reprenant une phrase de Jean Paul II dans le discours au Corps diplomatique de janvier 1998, de dénoncer «la conquête violente du pouvoir, l’ethnocentrisme le mépris de la représentation démocratique, la corruption et le commerce des armes». Il conclut: «La sagesse des responsables, éclairée par les progrès de la science politique et administrative, devrait les aider à mieux comprendre l’engagement politique comme un service avant tout.
Exporter des armes, c’est coopérer aux conflits et aux génocides
Il faut aussi, a poursuivi le secrétaire pour les relations avec les Etats, développer la lutte contre le flux constant d’armes» qui aggrave la violence, mais aussi incite les gouvernements à s’endetter au préjudice du développement économique et social. La communauté internationale est fort heureusement de plus en plus consciente que cela est injustifiable et que l’exportation d’armes devient coopération aux conflits et aux génocides».
«Les problèmes de l’Afrique devront être résolus par les Africains eux-mêmes. Car ils sont encore trop souvent sont le jouet d’hégémonies ou d’interférences étrangères. L’Afrique a besoin d’amis désintéressés. Et les progrès économiques et le développement social que connaissent certains pays africains, grâce aussi à une coopération régionale effective, montre que l’on peut garder l’espérance», a conclu Mgr Jean-Louis Tauran (apic/imed/ba)




