Afrique: Les évêques catholiques dénoncent les tares de la société
Corruption et «mensonges» d’Etat au centre de leurs homélies
Dakar, 27 mars 2008 (Apic) Les évêques des capitales africaines n’en démordent pas. Ils sont toujours aussi virulents contre certaines pratiques érigées en règle dans leurs pays. Parmi celles-ci, la corruption et la mauvaise gestion des ressources économiques qui entraînent de mauvaises conditions de vie pour les populations. Ces préoccupations ont été au centre de leurs homélies lors des messes de Pâques.
L’archevêque de Kinshasa, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, a demandé aux catholiques congolais de «renoncer aux pêchés». Dans une lettre pastorale, adressée à tous les chrétiens de son archidiocèse, publiée par le quotidien kinois, «Le Potentiel», il a estimé que «c’est en se débarrassant» des pêchés – notamment de ce qu’il a nommé des «anti-valeurs» – que l’on peut prétendre à appartenir à la famille du Christ.
Pour Mgr Laurent Monsengwo, les chrétiens de l’archidiocèse de Kinshasa ont «intérêt à se conformer aux Ecritures saintes, en bannissant les mauvais comportements». Il s’est dit hostile aux anti-valeurs, avant de décrier la sorcellerie, l’escroquerie, le mensonge, le vol, le viol et tout autre forme d’anti-valeurs. La lettre pastorale du chef de l’Eglise catholique en République Démocratique du Congo (RDC) a été lue dans toutes les paroisses de la capitale, à l’occasion de Pâques.
Au même moment, Mgr Basile Mvé Engone, archevêque de Libreville, au Gabon, exhortait ses fidèles «à la conversion (morale), au changement des mauvaises habitudes, ainsi qu’au changement de vie, pour vivre selon les recommandations de Dieu» , a rapporté l’agence de presse gabonaise «Gabonews».
Au Cameroun voisin, «Le Messager», quotidien publié à Douala, seconde ville du pays, a rapporté que l’archevêque de Yaoundé, Mgr Simon-Victor Tonyé Bakot, s’en est vivement pris «aux menteurs de la République et aux responsables de la situation de misère dans laquelle vit le Cameroun». Faisant référence, à ce sujet, aux violentes émeutes qui ont secoué fin février le pays, il a répété plusieurs fois: «Plus jamais ça !». Liés à la vie chère, ces troubles ont fait officiellement une vingtaine de morts.
Quitter le monde du mensonge
L’archevêque camerounais a déploré cette misère qui dépouille l’être humain de sa dignité, une jeunesse abandonnée en grande partie à elle-même, une courbe de prix des produits de consommation en permanente ascension, un fossé toujours grandissant entre les pauvres et les riches, des personnes âgées abandonnées à leur triste sort, la manipulation des consciences et des excitations à la violence et au vandalisme qui sont autant d’images qu’il voudrait voir disparaître du Cameroun.
Pour ce faire, il faut faire triompher la vérité et «quitter résolument le monde du mensonge, de la duplicité, de l’hypocrisie, de la délation, de la médisance et des calomnies», a-t-il insisté.
Au Burkina-Faso, Mgr Jean-Marie Untaani Compaoré, archevêque de Ouagadougou, la capitale, a lui aussi appelé les hommes politiques de son pays, à «abandonner la politique politicienne qui les cristallise» sur leurs intérêts personnels, pour faire une politique «servante des intérêts des populations». Cité par un quotidien local, «Le Pays», il invite aussi les opérateurs économiques à ne pas courir le risque de ne servir que les nantis, tout en dénonçant la corruption, l’absentéisme et le manque d’ardeur des fonctionnaires. Ces tares, a-t-il dit, minent leur dignité, et finissent par faire «désespérer d’eux».
Revenant sur de récents troubles sociaux dans le pays, liés au coût élevé de la vie, Mgr Compaoré a souligné que le monde «souffre et se décompose au point que les honnêtes gens ne s’y retrouvent plus et s’y sentent perdus». Avec ces troubles, «nous avons réalisé en fin de compte que nous portions tous la responsabilité de ce ras-le-bol d’une partie marginalisée de notre société, grande victime de la corruption, de l’égoïsme de ceux qui deviennent toujours plus riches alors que l’ensemble de notre société devient toujours plus pauvre», a-t-il notamment souligné.
Rompre avec les rancunes
En Côte-d’Ivoire voisin, Mgr Jean Pierre Kutwa, archevêque d’Abidjan a plaidé pour une rupture avec la corruption. S’adressant à cinq mille fidèles qui célébraient avec lui Pâques à la grande cathédrale d’Abidjan, il a souligné la nécessité, pour les Ivoiriens, de «rompre avec nos rancunes, nos égoïsmes, et les dessous de table», a rapporté le quotidien «Le Nouveau Réveil» d’Abidjan, ajoutant qu’il avait à ses côtés dix autres prêtres. Il aussi invité ses compatriotes «à la moralisation» de leur vie, a ajouté pour sa part, le quotidien «Notre Voie».
Participer à la construction de l’Etat
En Angola, le Père José Alfredo Tchimbinda a appelé la population à participer au processus électoral, à l’occasion de Pâques. Le prêtre de la ville de Caala, située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Huambo, a conseillé aux populations de participer librement au processus électoral en cours, pour l’élection, en 2009, des futurs dirigeants du pays. En prenant part à ce processus, elles aideront à «définir une gouvernance transparente et juste» pour leur bien-être.
«La paix et la liberté du peuple sont des éléments fondamentaux pour l’exercice démocratique, tout comme elles sont déterminants dans le processus d’élection des futures dirigeants de l’Angola qui vont contribuer à la reconstruction et à l’unité nationale pour le développement socio-économique de la nation», a-t-il fait observer. Il a invité les chrétiens angolais à combattre la haine, l’intrigue, la jalousie et l’indifférence à la religion. Après plus de 40 ans de guerre civile, l’Angola est engagée dans la paix depuis 2002. (apic/ibc/js)



