Coupables d’innombrables tragédies

Afrique : Les sectes suscitent de plus en plus d’inquiétudes

Rome, 6 avril 2000 (APIC) Millénarisme, intérêts ambigus et manipulations politiques sont les ingrédients à la base du phénomène des sectes en Afrique. Cette question a suscité beaucoup d’intérêt dans les médias occidentaux après la tragédie de Kanungu, en Ouganda, où environ 1’000 adeptes du «Mouvement pour la restauration des dix commandements de Dieu» ont trouvé la mort le 17 mars.

En Ouganda, outre la secte citée, on dénombre un certain nombre d’expériences semblables, signale l’agence missionnaire Fides. C’est le cas de «L’Armée de Résistance du Seigneur», dirigée par Joseph Kony, un mouvement de rebelles qui se dit chrétien et s’oppose, armes à la main, au régime du président Museveni. Ces dernières années, il s’est rendu coupable d’innombrables tragédies et d’enlèvements de centaines d’enfants, utilisés soit pour combattre soit pour des abus sexuels.

Toujours en Ouganda, les autorités gouvernementales ont démantelé, en septembre de l’année passée, les activités d’une autre secte apocalyptique, «L’Eglise du dernier message d’avertissement mondial», dont les adeptes étaient accusés d’enlèvements d’enfants et de violences sexuelles sur des enfants mineurs. En novembre de la même année, la police a mis fin à l’action d’une autre secte, à la tête de laquelle se trouvait une jeune fille de 19 ans, Nabassa Gwajwa. Elle se disait prophète, affirmait être morte en 1996 et avoir été renvoyée par Dieu sur terre pour inviter les fidèles au repentir à l’occasion de l’an 2000.

…..Au Rwanda et au Burundi aussi

Le phénomène des sectes touche aussi d’autres pays voisins comme le Rwanda et le Burundi. «Au Rwanda, écrit Fides, la propagande gouvernementale a attaqué de façon répétée l’Eglise catholique, accusée notamment de responsabilités dans le génocide de 1994. Et bien que l’on dénombre 248 religieux catholiques, dont 3 évêques, 103 prêtres et 65 soeurs, parmi les victimes, les autorités ont entamé un procès contre un évêque, accusé de génocide». Ces attaques répétées ont créé un profond sentiment de désorientation parmi les fidèles. Qui plus est, les autorités ont mis en acte une libéralisation religieuse qui a eu pour effet de multiplier le nombre d’Eglises, (de 8 à 300), qui se définissent chrétiennes.

La situation est semblable au Burundi, où sept sectes richement financées attirent des adeptes avec l’appât de l’argent, profitant de la misère et de la souffrance du peuple. «Les sectes sont en train d’envahir le Burundi et les pays de la région», déclare Mgr Simon Ntamwana. Celles-ci sont souvent financées depuis les Etats-Unis d’Amérique. «Elles naissent là, puis se répandent dans le monde en déstabilisant les situations politiques. Il ne me semble pas que le fait qu’elles gagnent du terrain au Burundi soit un acte gratuit ; au contraire, elles ont tout intérêt à déstabiliser l’Eglise et l’ordre social. C’est une sorte de proposition de libéralisme et de pluralisme religieux qui va de pair avec le libre-échange économique et la mondialisation culturelle», ajoute le prélat.

«En Angola, les sectes se multiplient surtout dans les villes. Elles poussent comme des champignons dans les nouvelles périphéries, explique pour sa part le missionnaire Giovanni Lazzara, capucin. Elles sont souvent construites sur un fond national et patriotique, avec des connotations magiques. Chaque secte a peu d’adeptes mais, dans l’ensemble, elles réussissent à détruire le tissu des communautés catholiques. Nombre de ces sectes, en raison de la guerre, se transfèrent de la campagne dans les villes et làà, elles ne trouvent pas une communauté catholique prête à les accueillir parce que l’Eglise a du mal à suivre le mouvement migratoire, avec une action pastorale immédiate. C’est ainsi que se créent les conditions pour la prolifération des sectes qui représentent, de toute façon, un défi pour les catholiques». (apic/cip/mk)

6 avril 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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