«Afrique lève-toi et resplendis de la lumière du Christ»

Rome: Le futur cardinal Monsengwo lance un appel à son continent

Rome,19 novembre 2010 (Apic) A la veille de son élévation au cardinalat, l’archevêque de Kinshasa (République démocratique du Congo), Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, lance un appel à son Eglise, à son pays et à tout le continent africain.

Dans une interview accordée à I.MEDIA, le futur cardinal souhaite aussi une Eglise «cohérente» avec son enseignement.

I.Media: Benoît XVI vous a appelé à faire partie du Sacré collège, comment accueillez-vous cette nouvelle charge?

Mgr Monsengwo: Je reçois cette charge avec gratitude, comme un engagement à professer moi-même la foi chrétienne, et à aider mon peuple à la professer. Notre devise à Kinshasa est ›Kinshasa lève-toi et resplendis de la lumière du Christ’. Alors c’est ce que je dis à mon pays: ›Congo, lève-toi et resplendis de la lumière du Christ’, et au continent: ›Afrique lève-toi et resplendis de la lumière du Christ’. C’est l’essentiel, il nous faut vivre une vie cohérente avec cette lumière du Christ et en tirer toutes les conséquences.

I.Media: A Kisangani comme à Kinshasa, vous n’avez pas hésité à hausser le ton, lorsque c’était nécessaire, y compris en matière de politique. Votre cardinalat vous aidera-t-il à poursuivre cet engagement pour la paix?

Mgr Monsengwo: L’engagement pour la paix est évidemment un défi permanent pour lequel il faut chercher les vraies solutions, d’autant que l’Afrique est encore en guerre. Les vraies solutions à la guerre qui se passe chez nous ce ne sont pas forcément les armes, mais le droit national et international qui permettent aux gens de savoir ce qui est juste et qui apportera la paix. Les peuples ont le droit de se défendre. Mais en Afrique, il faut résoudre les problèmes par le dialogue.

I.Media: Le regard de l’Occident sur l’Afrique, aujourd’hui, vous semble-t-il correct?

Mgr Monsengwo: L’Afrique n’est pas seulement l’Afrique de la mort, sinon elle aurait déjà disparu! Elle a connu l’esclavagisme, le colonialisme, la décolonisation, et elle n’est pas morte, elle n’a pas disparu. Cela signifie que l’Afrique a en elle un ensemble de potentialités et, malheureusement, les médias occidentaux ne le voient pas, ils ne voient que ce qui va moins bien. Dans mon pays, par exemple, deux provinces de l’Est sont en guerre. Mais le Congo compte 11 provinces. Il y en a donc 9 qui sont en paix, mais l’on n’en parle pas. Dans les médias, on a l’impression que tout flambe au Congo!

I.Media: Vous êtes évêque depuis 30 ans. Dans ce laps de temps, avez-vous le sentiment que ce rôle de pasteur a changé?

Mgr Monsengwo: J’ai été nommé évêque en 1980, 20 après l’indépendance de mon pays, à l’époque de la Guerre froide. C’était «l’Afrique des colonels» et les préoccupations étaient différentes: l’évêque devait exercer son ministère dans ce cadre. Peu après, la Perestroïka est arrivée, avec la recherche des droits de l’homme. L’Eglise a alors accompagné cette Afrique qui cherchait une nouvelle voie, de nouveaux équilibres. Maintenant, le premier rôle du pasteur africain est de s’occuper de justice et de réconciliation.

I.Media: La curie romaine vous semble-t-elle à l’écoute des fidèles à travers le monde, des Eglises locales et de leurs pasteurs ?

Mgr Monsengwo: La curie romaine est en contact et en dialogue avec nous. De fait, plusieurs évêques diocésains sont membres des dicastères romains et, par ce biais, la curie peut saisir pas mal de problèmes. Les membres de la curie ne sont évidemment pas sur le terrain, et ils possèdent une perception légèrement différente de la nôtre. Mais lorsque l’on s’écoute les uns les autres, on parvient à tirer le maximum de ce qu’il faut faire. La curie fait ce qu’elle peut, et nous aussi! (apic/imedia/ami/bb)

19 novembre 2010 | 17:35
par webmaster@kath.ch
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