Collaboration Sud-Sud
Afrique: Quatre paysans haïtiens échangent leurs compétences avec des collègues africains
Par Michel Bavarel, correspondant pour l’APIC
Genève, 3 décembre 2002 (APIC) Quatre paysans haïtiens ont séjourné pendant trois semaines au Burkina Faso et au Togo. Ils ont ainsi pu échanger expériences et connaissances avec des collègues africains. L’opération a été rendue possible par la fondation suisse FIDES et une ONG franco-suisse.
Sur le chemin du retour en Haïti, Adrienne Samedi, Lina Jérôme, Destin Ligène et Yvon François, tous quatre agriculteurs en Haïti et militants de divers mouvements, se sont arrêtés à Bonneville (Haute Savoie), siège du GRAD (Groupe de réalisations et d’animation pour le développement), l’ONG franco-helvétique qui avait organisé leur voyage. Ils étaient accompagnés par l’agronome Hervé Philippe, secrétaire de FIDES-Haïti, antenne locale d’une fondation helvétique, le Fonds international de développement économique et social. Fondation animée par quelques personnalités ayant des liens avec Haïti.
Un étonnement et un apprentissage réciproque
Qu’est-ce qui a étonné les Haïtiens en Afrique ? «La capacité des groupements de paysans à négocier avec l’Etat, pour obtenir des crédits ou le soutien de techniciens agricoles. Nos propres organisations se situent à un niveau plus local et manquent de poids». Qu’est-ce qui a étonné les Africains ? «Ils pensaient que nous étions des Américains et ils ont été surpris de rencontrer des Noirs. Ils ne savaient pas que nous sommes d’anciens esclaves venus d’Afrique.»
Qu’ont-ils appris en matière de techniques agricoles ? «Par exemple, pour l’irrigation, ils élèvent l’eau avec une pompe, puis la distribuent par des tuyaux d’acier galvanisé. Cela leur évite de la transporter à la main, comme nous le faisons».
Ont-ils pu enseigner quelque chose aux Africains ? «Nous leur avons expliqué comment nous cultivons les légumes. Nous mettons des tuteurs aux tomates et les ébourgeonnons, ce qu’ils ne font pas.» Les Haïtiens ont également mis en garde des cultivateurs du Burkina Faso contre l’utilisation d’un certain insecticide pour le stockage du mil ou du maïs, ce qui présente un danger pour la santé.
Polygamie et rôle des anciens
Ils se sont en outre intéressés aux us et coutumes de leurs hôtes. «Dans les régions musulmanes, un homme peut avoir quatre épouses. Nous avons compris que les femmes africaines sont obligées de se soumettre à la polygamie, mais qu’elle n’aiment pas ce système». «Un groupe de jeunes voulait nous montrer des cultures. Avant d’aller dans les champs, nous sommes passés par le village pour saluer l’ancien et recevoir sa bénédiction. Les vieux ont plus d’importance en Afrique qu’en Haïti.» Est- ce un bien ou un mal ? «Le respect des anciens est une bonne chose, mais il risque d’empêcher les jeunes de prendre leur place».
Ils ont aussi noté des similitudes. Adrienne a acheté un tableau au Burkina Faso. Il représente une femme avec une multitude de mains, pour s’occuper du mari, des enfants, aller chercher l’eau, faire la lessive, cuisiner. «Les femmes africaines font tout, comme les femmes en Haïti.» Ils ont appris à préparer le «foufou» et montré aux Africains comment ils font des jus de fruits. Ils ont dansé ensemble des danses africaines et haïtiennes, ont échangé des salutations en langue locale et en créole.
Quelle suite à ce voyage ? «Nous en parlerons en Haïti, au niveau local, régional et national. Une telle expérience accroît notre capacité et nous donne plus de force. Elle nous encourage à nous organiser pour amener l’Etat à assumer ses responsabilités.» Les Européens ont maintenant l’intention de remettre le gouvernail de FIDES aux Haïtiens, tout en continuant de leur apporter un soutien. Et les Africains rêvent de se rendre à leur tour en Haït. (apic/mba/sh)




