Albanie: Des enfants esclaves arrachés par les autorités italiennes à leurs tortionnaires

Victimes du «racket des aumônes» à Milan

Fier, 18 janvier 1999 (APIC) Véritables esclaves du «racket des aumônes» à Milan, un groupe d’adolescents albanais, libérés par les Carabiniers italiens, ont été rapatriés en Albanie. Les enfants, reconnaissants d’avoir été arrachés à leurs tortionnaires – des compatriotes adultes qui les torturaient s’ils ne ramenaient pas assez d’argent – , ont été recueillis à Fier, ville du centre de l’Albanie. Des religieux italiens, membres de la congrégation de Joséphites du Murialdo, y ont ouvert une école afin de donner à ces jeunes la possibilité d’avoir une vie nouvelle.

Au cours de l’opération «Orco» menée dès la mi-décembre par les Carabiniers italien, une vingtaine d’adolescents contraints à mendier ont pu être libérés et ceux qui les exploitaient ont été arrêtés. Les personnes arrêtées ont pourtant été remises presque aussitôt en liberté, le juge pour les enquêtes préliminaires estimant que les preuves recueillies contre elles étaient insuffisantes.

Les enfants-mendiants recevaient peu de nourriture et vivaient dans des conditions précaires d’hygiène. Les petites victimes étaient tenues de rentrer chaque soir avec au moins 50’000 lires (environ 40 francs suisses) pour éviter d’être battus ou torturés avec des cigarettes allumées.

Arrachés par les autorités italiennes à leurs tortionnaires, six des enfants ont été confiés aux Joséphites pour assurer leur réinsertion. «Nous ne leur demandons pas ce qu’ils ont subi, a déclaré à l’agence «Fides» le Père Tullio Locatelli. Nous attendons qu’ils nous le racontent eux-mêmes, s’ils le veulent bien. Le soir, ils ont la possibilité de rentrer dans leurs familles. Le jour, ils viennent dans nos Centres pour apprendre un métier. Ils sont sereins et nous espérons qu’ils oublieront rapidement les violences et les abus».

Pour le Père Locatelli, assurer un avenir aux enfants en Albanie est indispensable pour dissuader la population à partir en se mettant dans les mains de la maffia. Cette dernière, en effet, affrète chaque nuit des canots pneumatiques qui traversent l’Adriatique en direction de l’Italie.

Les Joséphites sont présents à Fier depuis trois ans. En 1997, ils ont ouvert l’école qui accueille actuellement une centaine de jeunes. Des cours pour électriciens et pour tailleurs sont organisés. Les jeunes peuvent apprendre à se servir d’un ordinateur. Des cours de langues sont également à leur disposition.

La crainte des enlèvements d’enfants, contraints ensuite à demander l’aumône dans les villes italiennes dans un état d’esclavage, est persistante en Albanie. Les fillettes ne sortent plus de chez elles, dès la fin de l’après-midi ou ne le font qu’accompagnées de leurs parents ou de leurs frères, par crainte d’être enlevées et conduites en Italie pour alimenter le trafic de la prostitution.

«Pour la tombola de la nuit de Noël, il n’y avait que deux fillettes, accompagnées de leurs parents; tous les autres étaient des garçons, parce que la crainte pour les fillettes est toujours très vive», précise le Père Locatelli. (apic/fides/ab)

18 janvier 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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